Ma chère Caroline,
Vous avez dû être bien étonnés en recevant la lettre que j'ai envoyée il
y a trois jours à Antoinette. Je parlais de la vue; pour le moment, il
n'en est plus question. Les gaz m'ont pris à la poitrine et, comme tu
sais que j'ai toujours été faible, ils ont pris le dessus; ce sera long
à guérir.
Ne vous faites tout de même pas trop de mauvais sang à mon sujet; si la
maladie prend une autre tournure, je vous en aviserai aussitôt.
J'ai le plaisir de t'annoncer qu'en récompense à ma conduite, on
m'accorde la médaille militaire.
Septembre 1918.
Ma chère Caroline,
Les choses se sont passées comme c'était prévu: ma maladie a eu le
dessus.
Je meurs! que cela soit votre consolation à tous: j'ai toujours vécu en
bon Français et en bon chrétien.
Embrasse bien tout le monde de la famille.
_Lettre écrite par le Sergent PESSIN, Robert-Charles-Louis, 313e
Régiment d'Infanterie, tombé au champ d'honneur, à Rarécourt (Meuse), le
5 Juillet 1916._
Argonne, le 29 Novembre 1915.
Mon cher petit Fernand,
Je profite que j'ai un peu de temps à moi aujourd'hui pour t'adresser
ces quelques lignes. Ce sera d'abord pour te féliciter pour les beaux
progrès que j'ai remarqués dans ta dernière lettre. Elle m'a fait bien
plaisir sous tous les rapports. Continue de bien apprendre, fais ton
devoir à l'école comme nous faisons le nôtre ici, apprends à bien
connaître ton beau pays que nous défendons et souviens-toi toujours de
tous ces grands frères et tous ces papas qui sont dans les tranchées,
empêchant la race maudite de pénétrer plus avant. J'espère recevoir
bientôt une belle lettre de mon amour de petit Fernand, sur laquelle je
souhaite remarquer encore de beaux progrès.
Mille baisers du grand à son petit nini, nounou.