GEORGES.

_Lettre écrite par l'Aspirant LORMIER, 54e Régiment d'Infanterie

Coloniale, tombé glorieusement au champ d'honneur le 15 Septembre 1918._

Aux armées, le 2 Septembre 1918.

Mon cher Papa,

Nous allons attaquer sous peu. La compagnie est en première ligne; si tu

reçois cette lettre, c'est que je serai tombé au champ d'honneur, comme

je l'ai toujours souhaité, car c'est la seule mort pour un soldat.

Je ne veux pas que l'on porte mon deuil, car il n'y a pas à pleurer dès

l'instant que j'ai terminé ma vie en campagne et face à l'ennemi.

Je demande qu'on laisse mon corps là où je serai tombé, parmi mes

camarades de combat.

Notre attaque sera dure, très dure, mais je pense qu'elle réussira quand

même, ce qui permettra de libérer Monastir de ces êtres exécrés que nous

aurons bientôt. Ma mort n'est rien si nous avons la victoire et si

le drapeau français continue à flotter sur tout l'univers comme

précédemment et si je ferme les yeux en voyant l'objectif atteint.

Je te prie de faire savoir ma mort aux parents, aux proviseurs des

Lycées Henri IV et Michelet, ainsi qu'à Madame Magnien, à Brémont, par

Rotter (Saône-et-Loire), et à mon camarade Henri Blin, dont les parents

habitent 27, rue d'Ulm, à Paris (5e). Je te prie, en outre, d'annoncer

au commandant ma joie de tomber à l'attaque, en tête de ma section et en

contemplant le drapeau tricolore sur lequel vos têtes qui me sont chères

apparaissent à la place des victoires, gravées en lettres d'or, de la

France.

Encore une fois, je ne veux pas que l'on porte mon deuil, car j'ai 22

ans et l'on attaque, c'est-à-dire que j'ai fait volontiers le sacrifice

de ma vie pour la victoire de mon pays et l'écrasement de l'hydre

germanique.

Nous allons sortir dans peu d'instants, je pense en revenir et, si

je meurs, ce ne sera pas sans avoir embrassé une dernière fois votre

photographie qui est placée dans mon portefeuille. Je regarde aussi

une dernière fois notre drapeau et le portrait du Maréchal Joffre,

qui symbolisent la France et que je mets au-dessus de vous, mes chers

parents, car c'est pour elle que je mourrai au champ d'honneur.

Vive la France!

Adieu, mes chers parents.

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 112 / 150 题