25 Septembre 1915.

Mon cher Papa,

Si jamais cette lettre t'arrive, ce sera parce que je serai tombé

glorieusement dans la grande bataille qui va achever le triomphe de la

France. C'est de bon coeur que je donne ma vie pour la plus belle de

toutes les causes. Je n'aurai que le regret de vous faire de la peine

à toi et à maman. Je vous en supplie, ne pleurez pas; c'est si beau

de mourir utilement! Nous sommes régiment d'attaque; les jeunes de la

classe 15 vont montrer le chemin victorieux aux vieux.

Si tu as l'occasion d'écrire à Monsieur Canivinq, dis-lui de dire à mes

camarades de Carnot de faire comme nous, de consacrer leur vie à notre

beau pays de liberté, de se rappeler le cri de ralliement de 1915: «En

avant pour la France!»

Je vous embrasse tous de tout mon coeur.

Claude LANGLE.

_Lettre écrite par Raphaël LAPORTE, Aspirant au 215e Régiment

d'Infanterie, tombé au champ d'honneur, à Crugny (Marne), le 28 Mai

1918._

Langres, 18 Mars 1915.

Cher Papa et chère Maman,

Je vous envoie tout simplement ce petit perce-neige, cueilli dans les

jardins de l'hôpital le 16 Mars 1915, date bénie de mes vingt ans.

Vingt ans! l'âge tant désiré et tant regretté. A cette heure, je n'ose

leur sourire. Que vais-je bien en faire de mes vingt ans? Aidez-moi,

j'ai trop peur de les gaspiller follement et de les perdre à tout

jamais.

J'ai bien réfléchi à toutes ces belles années passées. Plus j'y songe,

plus je vous aime. Merci de tout coeur. Vous les avez faites belles,

bien belles; vous m'avez gâté et à quel prix! Grand merci de votre petit

soldat plein de reconnaissance. Mille fois pardon pour tous les soucis,

les peines grandes et petites, les larmes que pendant ces vingt années

je vous ai coûtés.... Pardon, je vous aime bien quand même.

Vingt ans, être soldat: c'est toute ma fortune en ce moment, et, malgré

moi, de mon coeur à mes lèvres monte la belle phrase, le beau geste du

zouave de Patay. Mon cher papa et ma bien chère maman, ne vous inquiétez

plus si, dans quelques semaines, je tombe frappé en faisant mon devoir;

j'aurai encore le courage de redire et de tout mon coeur:

Mon âme à Dieu, mes vingt ans à la France!...

Je vous aime.

Raphaël LAPORTE.

_Lettre écrite par le Sergent LASCOUX, François-Pierre-Joseph, 412e

Régiment d'infanterie, tombé au champ d'honneur, aux tranchées de la

Miette, le 4 Octobre 1915._

Si vous recevez cette lettre, ce sera pour vous apprendre que je suis

tombé au champ d'honneur et tombé en brave et en chrétien. Je dis en

chrétien, car je suis prêt.

Je vous dis, non pas seulement au revoir, mais à Dieu, c'est là que je

vous attends et que je vous donne rendez-vous, sûr de vous y retrouver

un jour.

Soumettez-vous entièrement à la volonté de Dieu, qui a permis cet

événement pour le plus grand bien de mon âme.

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 103 / 150 题