Chers Parents,
Voilà cinq jours que le 210e attaque sur la rive gauche du lac de
Prespa; le 6e bataillon, dont je fais partie, est parti l'avant-dernière
nuit pour attaquer à son tour, mais a été rappelé à l'arrière au moment
où j'allais aborder les Allemands avec ma section. J'ai été chargé par
le commandant de protéger la retraite du bataillon.
Voilà la situation, pas brillante, il est vrai, mais pas désespérée; il
est fort probable que nous repartirons à l'attaque cette nuit peut-être
et je voudrais vous dire adieu avant.
Quand vous recevrez ces mots, je serai certainement mort.
Croyez que j'aurai fait mon devoir de Français et de chef comme tous
ceux qui sont tombés jusqu'ici.
Je viens vous demander de me pardonner tout le mal que j'ai pu vous
causer durant ma vie....
Je vous demanderai de conserver mon souvenir sur cette terre de France,
où je n'aurai pas eu l'honneur de verser mon sang.
Au revoir, chers parents, ainsi qu'à tous mes parents et amis. J'espère
vous revoir un jour au ciel.
Votre fils qui vous aime,