Le poing brisé d'avoir frappé l'envahisseur,
Permets que poursuivi par l'invincible mort,
De mon exil sonore, amante aux chairs perdues,
Je rêve aux soirs heureux où j'encerclais, vainqueur,
Et ne pressentant pas mon misérable sort,
En mes bras fortunés, ta jeunesse éperdue.
Vous aussi, notre mère, enclose en la maison
D'où jadis s'envolaient nos désirs d'hirondelle;
Toi, la plus tendre amie, aussi franche que belle;
Vous, la femme inconnue et pourtant désirée,
Anges éblouissants, Françaises adorées,
Recueillez les soldats épuisés sous vos ailes.
Ton orage implacable énerve l'horizon.
Quand la vapeur de soufre et les éclairs de flamme
Calcineront ce coeur qui vous a tant aimées,
Qu'il repose à jamais sur vos seins frémissants.
Ne laissez pas la boue ensevelir nos âmes.
Il serait dur qu'en vain fût versé notre sang,
Veuillez le recevoir en vos mains parfumées.
Gabriel-Tristan FRANCONI.
_Lettre écrite par FRAYSSE, 7e Colonial, tombé au champ d'honneur._
Le 25 Juin 1916.
Bien chers Amis,
Voici le moment arrivé où tout bon Français doit faire voir qu'il a du
coeur. On croit qu'il y aura bientôt une offensive, moi, je n'en sais
rien. Mais, par mesure de prudence, je viens vous adresser mes meilleurs
souvenirs, vous remercier de tout le dévouement que vous avez bien voulu
me montrer, vous souhaitant une bonne santé, une vieillesse heureuse.
Nous allons peut-être courir la chance. Mais si la Providence veut que
nous ne nous revoyions, ça va sans dire que mon amitié vivra toujours
avec vous. Et une fois ce massacre terminé, je serai content de refaire
une petite promenade pour oublier les dangers que nous aurons dû courir.
Recevez, Monsieur et Madame, la plus chère amitié d'un soldat qui vous
aime.