3 Septembre 1916.

Ma chère petite Maman,

Hélas! vous pleurerez en lisant ces lignes: votre fils sera mort pour

la France, Dieu l'aura voulu ainsi et sûrement pour son bien. Ma chère

maman, je veux une dernière fois vous écrire combien je vous aime; mon

grand chagrin en pensant à ma mort est de penser à votre peine, pauvre

chère maman; je ne serai plus là pour soutenir tant d'espérances, mais

je serai là-haut auprès de mon père et nous nous retrouverons. La

vie éternelle est tout! Je sais combien votre magnifique foi vous

soutiendra. Enfin, je serai mort en plein combat, après avoir reconquis

un peu de notre sol de France; on ne peut envier une plus belle mort; je

vous supplie de conserver votre courage. Dieu n'éprouve que ceux qu'il

aime et au milieu de vos enfants et de vos petits-enfants vous revivrez

en les regardant vivre.

Priez pour moi, chère petite maman; je n'ai pas besoin de vous parler

ainsi, vous m'avez donné le grand exemple de la religion et je vous en

remercie. Dieu vous dispensera la force. Que je regrette, à la veille de

l'attaque, de ne pouvoir vous embrasser une dernière fois, vous redire

l'immensité de ma tendresse. J'aurais été si heureux d'essayer de vous

rendre encore un peu heureuse en vivant une vie qui vous eût plu.

J'embrasse avec toutes les forces de mon coeur mes frères et mes

soeurs pour lesquels j'ai une telle affection; que tous se souviennent

quelquefois du petit frère. Que l'on parle de lui. Au revoir, adieu,

chère petite maman chérie. Si je continuais, je pleurerais peut-être et

sous le canon on ne pleure pas....

...Je vous embrasse, ma mère chérie, merci de la tendresse de votre

coeur pour moi, merci de m'avoir tant aimé.

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 67 / 150 题