Paris, 18 Septembre 1914.
Cher Père,
Les forces me manquent pour pouvoir te faire une longue lettre; tu peux
croire que j'y mets toute ma bonne volonté pour t'écrire ces quelques
lignes.
Je suis tombé blessé le 7 Septembre au combat de la Marne. J'ai reçu le
boulet dans le dos en pleine force et cela a produit la paralysie. Les
balles qui m'ont traversé le genou et l'avant-bras droits ce sont des
balles qui se trouvaient dans le boulet. Le dos aussi a été traversé par
une balle; le carnet que j'avais dans ma veste a arrêté une balle.
J'espère guérir, mais il faudra du temps. La paralysie n'est due qu'à la
forte commotion. Je n'ai besoin de rien. Le jeudi et le dimanche,
les Parisiens et les Parisiennes viennent nous rendre visite et nous
inondent de friandises.
Enfin, cher Père, du courage; il faut espérer que je guérirai.
Je t'embrasse bien fort, sans oublier ma maman chérie, mes soeurs, mes
frères et le petit Thomas.