A MES PARENTS

Si l'honneur du Pays, de ma jeune existence,

Immole à son salut les rêves d'avenir,

Que de ce sacrifice le noble souvenir

Eteigne en votre âme une injuste souffrance!

Surtout de l'holocauste ignorez le remords!

De me revoir aux cieux que le pieux espoir,

Ressuscitant ma vie à votre dernier soir,

Donne à vos coeurs meurtris le pouvoir d'être forts.

_Lettre écrite par le Sous-Lieutenant Ernest-Augustin BERTAULT, 132e

Régiment d'Infanterie, tombé au champ d'honneur le 22 Septembre 1914._

Ma dernière pensée sera pour tous ceux qui me sont chers, et pour mon

pays qui bientôt sera le plus grand et le plus fier de tous.

A mes camarades, je demande de croire avec quelle fierté je me suis

trouvé parmi eux et quelle affection j'avais vouée à notre cher

régiment. Qu'ils pensent à moi quand on sonnera au Drapeau.

Je demande, et ceci est ma dernière volonté, qu'on ne pleure pas ma

mort. C'est un honneur de pouvoir donner sa vie pour une cause aussi

belle que la nôtre; et mes enfants se souviendront, je l'espère, que

leur père est mort au champ d'honneur.

On doit envier ceux qui sont tombés comme moi en soldat, face à

l'ennemi. Nous monterons, nous autres morts, la garde éternelle et notre

souvenir rappellera aux vivants qu'on ne doit jamais désespérer et que

le droit primera toujours un jour ou l'autre la force.

Je prie Dieu qu'il m'accorde, si telle est sa volonté, de tomber au delà

de la frontière, la vraie, celle d'au delà du Rhin!

Je laisse ma femme libre de disposer de mon corps comme elle l'entendra.

J'aurais voulu reposer parmi mes hommes, mais je n'ose lui demander ce

dernier sacrifice et la laisse libre de me faire inhumer à Reims dans

notre caveau.

Vive la France!

_Lettre écrite par le Caporal Robert BERTRAND, 407e Régiment

d'Infanterie, tombé au champ d'honneur, en Artois, le 28 Septembre

1915._

Chers Parents,

Quand vous recevrez cette carte, je ne serai plus de ce monde; je

l'écris quelques minutes avant l'attaque et ce n'est pas sans émotion

que je m'entretiens pour la dernière fois avec vous.

J'ai chargé un fidèle ami de vous la faire parvenir; il vous narrera

aussi mes dernières heures de vie.

Une recommandation: n'écrivez à personne pour vous renseigner à mon

sujet, car on pourrait apprendre que c'est lui qui vous a annoncé ma

mort, ce qui est formellement interdit.

Bien chers parents, j'ai le coeur bien gros en songeant à tous les

bienfaits dont vous m'avez comblé et qu'une vie trop courte m'a empêché

de vous rendre.

Je vous embrasse de tout mon coeur, chers aimés, et quand je serai

là-haut, près de la chère maman, je veillerai sur vous, comme elle

veillait sur nous.

Ne nous oubliez pas dans vos prières, ne vous laissez pas abattre par ce

malheur: c'est la destinée.

Faites comprendre à tous ceux qui vous parleront de moi que je n'ai fait

que mon devoir en empêchant l'envahisseur de venir vous inquiéter.

Je donne gaiement ma vie, en songeant que c'est une façon pour moi de

racheter tous les sacrifices que vous vous êtes imposés.

Ne me pleurez pas trop, mais songez à moi.

Allons, le devoir m'appelle, j'y cours. Encore une fois de gros baisers.

Vive la France!

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 22 / 150 题