Ne te fais pas de mauvais sang. J'ai bon espoir de te revoir, ainsi que
mon cher Raymond. Je te recommande de te soigner, ainsi que mon fils,
car, tu sais, je ne te pardonnerais jamais s'il t'arrivait quelque chose
ainsi qu'à lui.
Maintenant, si, par hasard, il m'arrivait quelque chose, car, après
tout, nous sommes en guerre et, ma foi, nous risquons quelque chose, eh
bien! j'espère que tu seras courageuse et sache bien, si je meurs, je
mets toute ma confiance en toi et je te demande de vivre pour élever mon
fils en homme de coeur et donne-lui une instruction assez forte et selon
les moyens que tu disposeras.
Et surtout tu lui diras, quand il sera grand, que son père est mort
pour lui ou tout au moins pour une cause qui doit lui servir à lui et à
toutes les générations à venir.
Maintenant, ma chère Yvonne, tout ceci n'est que simple précaution et
je pense être là pour t'aider dans cette tâche, mais enfin, comme je te
l'ai dit, on ne sait pas ce qui peut arriver. En tout cas, nous partons
tous de bon coeur et dans le ferme espoir de vaincre.
Pour toi, ma chère Yvonne, saches bien que je t'ai toujours aimée et
que je t'aime toujours quoi qu'il arrive; et j'espère que, quand je
reviendrai, tu ne m'en feras plus jamais le reproche.
Aussitôt que tu le pourras, pars pour Fontenay, car, à mon retour,
j'aimerai mieux te trouver là-bas et, encore une fois, je compte sur toi
et tu seras courageuse et je ne te fais plus de recommandations car je
crois que ce serait superflu.
Pour m'écrire, renseigne-toi, je suis au 369e d'Infanterie, mais au lieu
du 5e Corps, c'est au 20e.
Ton petit homme qui t'embrasse bien fort ainsi que mon cher petit
Raymond.