C'est quelques heures avant le «Grand Coup» que je trace ces quelques
lignes, renfermant tout mon espoir et tout mon coeur! Un vague
pressentiment me dit que, en même temps que beaucoup de mes camarades,
je suis appelé à y rester, sur ce terrible plateau de Lorette, où je
combats depuis le mois de mars! C'est ma destinée qui l'aura voulu.
Aussi ma dernière pensée est-elle pour vous, qui avez toujours été si
dévoués pour moi, vous qui avez pris tant de peine, qui vous êtes tant
privés pour me donner l'éducation que j'ai en ce moment. Aucun geste,
aucune parole ne pourront vous remercier assez de tous les bienfaits
dont vous m'avez comblé: une reconnaissance éternelle, voilà
malheureusement tous les remerciements que je puis vous adresser; car au
moment où vous recevrez cette lettre, je ne serai plus de ce monde.
Grande sera votre douleur, mais vous aurez une consolation. Votre fils
sera mort en brave; il sera digne de vous, vous pourrez parler de lui,
car il aura mérité de la patrie. Quelle plus douce consolation, en des
temps si cruels où la vie d'un homme ne tient à rien.
Adieu, bien chers tous; que mon sacrifice soit pour vous un
porte-bonheur. Ayez confiance comme je l'ai en ce moment, et que cette
horde de sauvages soit bientôt acculée à la défaite.
Tous mes souhaits, tout mon coeur sont enfermés dans cette lettre, à
laquelle je joins mes plus ardents baisers.
Votre malheureux fils,