HENRI.

_Lettre de Charles ADRIEN, Adjudant-Chef, 361e R.I., mort le 27 Mars

1916, à Verdun._

Mon cher petit Père,

Je suis heureux en ce jour de pouvoir t'adresser du fond de mon coeur

mes voeux et souhaits de bonne fête.

Je sais que tu préfèrerais que tous tes gars soient là pour te les

exprimer de vive voix, mais sois bien certain, où qu'ils se trouvent,

qu'ils ne t'oublient pas en ce triste jour qui devrait être si gai.

Les dures nécessités de l'existence nous imposent ce triste moment;

soyons convaincus, cependant, que bientôt tous réunis, de notre franc

sourire, nous ferons oublier à tous et à nous-mêmes ces mauvais

passages.

Ce 24 Juin 1915 ne se passera pas sans que les pensées de mon coeur et

de mon âme te soient adressées, à toi, mon cher petit Père bien-aimé,

qui sut faire de nous des hommes.

Sans penser à ce que nous sommes en ce moment, sois fier de tes enfants

et de toi-même, car tu les as faits d'un moral et d'une santé assez

élevés pour qu'ils puissent passer le plus aisément cette dure épreuve.

Tu as donc pour ta part contribué à nous donner une bonne chance de

revenir. Nous saurons trouver les autres.

Je souhaite que cette lettre t'arrive pour le 24, pour bien te marquer

que nous pensons beaucoup à toi que nous aimons si tendrement.

J'espère que mon cher frère Baptiste, dans la dure épreuve morale qu'il

traverse, ne doutera pas que nos pensées vont un peu vers lui aussi.

Ayons confiance qu'un jour proche nous retrouvera tous joyeusement

réunis et que si nous avons raté nos fêtes de famille cette année, nous

puissions faire celle du coeur et du bonheur de nous revoir.

Je t'envoie de ma tranchée nouvellement conquise, bien près des Boches

qui nous marmitent en ce moment, ces petites fleurs que j'ai cueillies à

Hébuterne avant de partir.

Puisses-tu trouver dans elles l'expression de mes plus tendres

sentiments affectueux.

Ton fils,

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 6 / 150 题