14 Juin.

Mes chéris,

Ne pleurez pas. Pendant toute ma vie, j'ai été heureux autant qu'on peut

le rêver, autant, je crois, qu'on peut le réaliser et c'est vous qui

m'avez tout donné. Je vous ai aimés de tout coeur, de toutes forces.

Peut-être aurais-je souffert plus tard, et je m'en vais pour la plus

belle cause: pour qu'en France on ait encore le droit d'aimer. J'espère

être tombé face à la victoire. Alors, c'est bien!

Moi qui aurais tant voulu ne jamais vous faire de peine! Enfin, puisque

je ne laisse ni haines, ni dégoûts, que tout m'a semblé beau et m'a

été doux, je m'en vais encore heureux, puisque c'est pour permettre à

d'autres de l'être. Comme c'était facile d'être heureux! Dites-le à

Jacquot.

Je vous aime et tout doucement je vous embrasse.

La dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914-1918 · 第 4 / 150 题