_M. le ministre des affaires étrangères._--Je croyais que le traité
des dix-huit articles liait les puissances, recevait légitimement son
exécution, et qu'il n'y avait pas là un cas de guerre.
Reste la question italienne. En vérité, je ne supposais pas que, quand
on parlait tout à l'heure de la question italienne, on fit allusion à
Ancône... (_Bruit._)
_À gauche._--Ce déshonneur...
_M. le président._--Ces interruptions continuelles ne conviennent ni à
la dignité de la Chambre, ni à la grandeur de la discussion.
_M. le ministre des affaires étrangères._--Il n'est entré, à aucun
moment, dans la tête de personne, que la question d'Ancône fût un cas
de paix ou de guerre. On a pu désapprouver l'évacuation d'Ancône; je
l'ai désapprouvée; mais il ne s'ensuit pas qu'on ait le droit de dire
que c'était là une question qui pouvait être résolue par la guerre et
qu'on a eu tort de résoudre par la paix. La question d'Ancône n'a
aucun rapport avec celle qui nous occupe en ce moment.
Quand l'honorable M. Thiers a parlé de la question espagnole, de la
question belge, de la question italienne, il n'a parlé, il n'a pu
parler que de questions dans lesquelles un cas de guerre ou de paix
avait été posé. (_Bruit._)
_Une voix à gauche._--M. Thiers a dit: malheureusement résolues.
_M. le ministre des affaires étrangères._--Il en a parlé comme d'un
cas de guerre, ou bien ce qu'il a dit à cet égard n'aurait pas de
sens.
Eh bien, nous, messieurs, nous croyons que, dans l'ensemble des actes,
depuis 1830, et malgré les dissidences réelles et profondes qui ont pu
exister sur tel ou tel acte en particulier, nous croyons que la
politique qui a régi les affaires de la France a été une politique
juste, raisonnable, honorable, dont la France n'a pas à se reprocher,
que la France n'a pas à regretter, qui n'offre rien à réparer, et que
ce n'est pas une raison à donner aujourd'hui, pour pousser la France à
telle ou telle guerre, que de lui dire qu'elle a des réparations à
prendre pour la paix qu'elle a gardée à telle ou telle époque. Depuis
dix ans, la France a eu raison de garder la paix, de ne pas poser les
cas de guerre qu'elle n'a pas posés. Elle n'a, je le répète, rien à
regretter, rien à réparer. Il ne faut pas venir lui dire aujourd'hui
devant l'Europe qu'elle a des réparations à prendre, des vengeances à
exercer, qu'il y a une portion de sa politique qu'elle doit compenser
par quelque acte éclatant. Non, nous ne le pensons pas; nous pensons
que la politique que nous voulons suivre aujourd'hui est la même
politique générale qui a été suivie depuis 1830, et que nous avons
aujourd'hui, pour la suivre, d'aussi bonnes raisons, des raisons plus
puissantes que lorsqu'il s'agissait de la Pologne ou de l'Italie.
(_Aux centres_: Très-bien!)
Je ne veux pas traiter aujourd'hui l'ensemble de la question; je
reprendrai demain l'histoire des négociations, et je discuterai le
tableau qu'en a présenté M. Thiers. Je me rencontrerai quelquefois
avec lui, je différerai quelquefois; j'ajourne cela à demain.
Aujourd'hui, je me borne à dire: oui, la question avec nous est
résolue, en ce sens que nous voulons le maintien de la paix et que
nous y croyons. (_Murmures._) Nous croyons le maintien de la paix
possible avec sûreté et honneur pour la France. La question était
résolue dans l'autre sens par le cabinet précédent; sa prévoyance
était que le maintien de la paix n'était pas possible avec honneur et
sûreté pour la France. Je ne le lui reproche pas; je ne lui reproche
pas de s'être conduit et préparé dans cette vue, puisqu'il le pensait;
je crois qu'il avait tort de le penser, je crois que sa politique
était mauvaise; nous en avons une autre. (_Murmures à gauche._)