M. THIERS.--Dites-le, il faut s'expliquer sur ce mot.

_M. le président._--Vous n'avez pas la parole.

_M. le garde des sceaux_, de son banc.--Messieurs... (_Bruit._)

M. GUIZOT, _à la tribune_.--M. le garde des sceaux, laissez-moi

parler, veuillez ne pas m'interrompre.

_M. le président._--M. le garde des sceaux, personne n'a le droit

d'interrompre un orateur. La parole est à M. Guizot.

_M. le garde des sceaux._--M. Thiers s'est levé le premier et a

provoqué ma réponse.

_M. le président._--J'ai commencé par lui pour réclamer le silence.

M. GUIZOT.--Je dis, messieurs, qu'il n'y a rien de factieux ni de

révolutionnaire dans ce paragraphe, que c'est le langage de la loi,

que les lois rendues pour consacrer et fonder notre dynastie

s'expriment en ces termes: _Les droits que le roi tient du voeu de la

nation_. (_Très-bien! très-bien!_)

_Plusieurs ministres._--C'est aussi notre opinion.

_M. le ministre de l'intérieur._--Nous ne sommes pas pour la

_quasi-légitimité_! (_Agitation._)

M. GUIZOT.--Si M. le ministre de l'intérieur avait quelque mémoire, il

pourrait se rappeler qu'à cette tribune j'ai déjà plus d'une fois

répondu à l'accusation qu'il renouvelle. Le mot qu'il vient de

prononcer n'est jamais sorti de ma bouche, et je suis étonné de voir

qu'un homme aussi sérieux et aussi sincère que lui ait renouvelé une

pareille accusation. (_Très-bien! très-bien!_)

À cette occasion, je rappellerai que, sur une interpellation de même

nature, j'ai dit que je regardais notre révolution comme pleinement

légitime, qu'elle avait eu pour elle les deux plus grandes sources de

la légitimité en ce monde, la nécessité et le droit, le voeu national

et le succès. Que voulez-vous donc de plus? Quand le droit a commencé

et que le succès a couronné, que peut-il manquer à une révolution?

(_Très-bien! très-bien!_)

Messieurs, je passe au dernier paragraphe.

Je prie la Chambre de remarquer que voilà déjà la question réduite à

des termes bien simples. On parlait de l'adresse tout entière; depuis

le premier mot jusqu'au dernier elle était factieuse. (_Non! non! Oui!

oui! Agitation._)

Comment! Vous venez de le dire à cette tribune après l'avoir dit

partout, et quand on vous le répète, vous n'en convenez pas? (_À

gauche_: Très-bien! très-bien!)

Convenez-en donc, vous l'avez dit. (_Oui! oui!_) Vous avez dit qu'elle

était, du premier mot au dernier, factieuse et révolutionnaire.

(_Non!_--_Oui! oui!_--_Vive agitation._)

J'ai déjà tout disculpé, tout affranchi, excepté un paragraphe. Soyez

sûrs, messieurs, que mon intention n'est pas de reculer devant

celui-là.

Le voici:

«Nous en sommes convaincus, Sire, l'intime union des pouvoirs contenus

dans leurs limites constitutionnelles peut seule fonder la sécurité

du pays et la force de votre gouvernement.»

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 70 / 219 题