L’Holocauste.
Et Charles VII, le roi de France, le Lieutenant de Jésus-Christ, que
faisait-il? Absolument rien. Il avait son séjour à Poitiers ou à Chinon,
demeurant à peu près aussi étranger au gouvernement que l’avait été son
père en la dernière période de sa vie et de sa démence. La Trémouille et
Regnauld de Chartres n’étaient-ils pas là pour gouverner à sa place?
Charles continuait de ne pas voir, d’ignorer les affaires et de ne point
régner. Probablement il ne savait rien ou peu de chose touchant la cause
qui se débattait à Rouen contre son honneur et à son évident préjudice,
ni touchant la moribonde qui lui avait conservé son royaume et qu’il
croyait ne lui être plus bonne à rien.
Il aurait pu, cependant, sans risques ni fatigue, exercer au moins un
recours direct soit au Pape, soit au concile de Bâle, en ce moment même
convoqué. C’eût été un secours immense pour Jeanne à qui on cachait
soigneusement qu’elle pouvait en appeler à cette grande assemblée
jugeant en dernier ressort. L’enquête de Poitiers, que Jeanne invoqua si
vainement, avait reçu la sanction de l’Inquisiteur général de Toulouse,
la sanction du clergé de Poitiers et enfin la sanction de Regnauld de
Chartres lui-même, supérieurement qualifié pour intenter auprès du
tribunal de Rouen une action efficace. Aucune instance de ce genre ne
fut introduite. Jeanne devait périr sans qu’un seul clerc ou avocat de
son parti se présentât pour la défendre.
Aucune démarche non plus n’avait été tentée par le roi pour obtenir
Jeanne à rançon. Le sordide Luxembourg se serait prêté si volontiers,
pourtant, à une surenchère, mais comment y faire consentir La Trémouille
qui tenait les cordons de la bourse royale et qui ne les desserrait que
pour lui seul?
Enfin et surtout il y avait la voie des armes. La Hire était maître de
Louviers près de Rouen, les Français occupaient Beauvais et Compiègne.
De ces divers points les garnisons pouvaient se porter rapidement sur la
Normandie supérieure. Ce voisinage inquiétait beaucoup les Anglais,
«gens superstitieux» d’après un commun proverbe, qui n’osaient se
remettre en campagne, la Pucelle vivant encore. «Les archives de La
Rochelle, de Tours, d’Orléans, de Compiègne», dit l’historien de Charles
VII, Vallet de Viriville, «témoignent assez combien le peuple des villes
et des campagnes était demeuré fidèle, dans ses sympathies, à celle que
trahissaient les grands et la fortune. Charles VII n’eût-il pas eu
d’armée à sa solde, ces villes dévouées la lui eussent fournie. Un ordre
du roi eût suffi pour la mettre en mouvement. Les milices urbaines, que
dis-je? les populations entières que Jeanne avait remplies
d’enthousiasme, auraient marché à sa délivrance, hommes, femmes et
enfants, comme les croisés à la délivrance du Saint Sépulcre.»
Mais c’était trop demander à un roi fainéant. Il préludait d’ailleurs,
dès cette époque très probablement, par diverses farces, à son rôle
fameux d’amant d’Agnès Sorel qui devait lui mériter le surnom peu
héroïque de Charles le _Bien servi_. Ce prince, à qui Dieu avait fait la
grâce inouïe de lui envoyer Jeanne d’Arc, ne paraît pas même avoir senti
le remords de sa monstrueuse ingratitude.
Le 10 novembre 1449, Charles VII faisait son entrée triomphale dans la
capitale normande reconquise. Il y séjourna plus d’une semaine, au
milieu de toute sa cour où se trouvait Agnès Sorel, partageant
l’exaltation et l’ivresse de la foule. Pendant ce temps, que fit-il pour
Jeanne d’Arc? Rien. Pas un souvenir pour celle à qui les Anglais
eux-mêmes attribuaient leur ruine, pour celle dont le martyre avait fait
pleurer les pierres, ayant expié, sur ce lieu même, le crime de l’avoir
sauvé! Comment expliquer qu’en un tel moment, sous cette pression
patriotique de tout un peuple affranchi, Charles VII n’ait pas, à Rouen
même, anéanti sur l’heure la sentence odieuse? Tout le lui commandait:
la mémoire de la victime, l’étendue du service, sa rentrée dans cette
ville où elle était morte pour lui, l’outrage fait par sa mort au pays
entier, et cette hypocrisie sans égale qui avait sacrifié la sainte à
une haine antifrançaise! Il fallait un acte prompt et éclatant... Il ne
trouva pas mieux que de s’en aller silencieusement, en caressant sa Dame
de Beauté qui mourut, d’ailleurs, quatre mois plus tard, de façon assez
mystérieuse.
Il fallut l’opiniâtreté généreuse du cardinal d’Estouteville, qui sentit
la nécessité d’exonérer l’Église d’un forfait dont on avait voulu se
décharger sur elle, et l’énergique volonté de Calixte III pour obtenir
enfin la révision du procès et la sentence de réhabilitation proclamée
en 1456, vingt-cinq ans après la sentence abominable.
Ce qu’il y a de plus infâme dans ce poème de toute infamie, c’est la
prétendue abjuration de Jeanne d’Arc. On sait qu’il y eut, en réalité,
deux procès: la cause de _lapse_ et la cause de _relapse_. La première
qui avait duré trois mois était entendue et Jeanne condamnée. Il n’y
avait plus qu’à la brûler comme sorcière. Mais cela n’était pas la
victoire complète. Il fallait que Jeanne se rétractât, qu’il fût dit par
elle que ses Voix l’avaient trompée, qu’elle s’accusât elle-même, ou
qu’on pût croire qu’elle s’accusait d’imposture, ce qui aurait eu pour
effet de disqualifier ses victoires, d’infirmer le sacre et de
déshonorer le roi de France.
L’héroïne, en son état normal, aurait préféré la mort. On profita d’une
heure d’extrême épuisement très calculé pour lui faire signer par force
une cédule d’abjuration à laquelle elle ne comprit rien, sinon peut-être
qu’on cesserait ensuite de la tourmenter. A l’enquête de 1456, plusieurs
témoins ont déposé qu’à ce moment même où on lui tenait la main pour
écrire, elle riait comme une insensée!... «Considérant», dit la sentence
de réhabilitation, «que l’abjuration a été extorquée par fraude et
violence, en présence du bourreau et sous menace du feu, sans que
l’accusée en ait compris la portée et les termes, etc...»
La grâce qu’on paraissait vouloir lui faire à ce prix c’était déjà la
prison infamante et perpétuelle, «le pain de douleur et l’eau
d’angoisse», comme on disait. Or les Anglais voulaient le bûcher. Il
fallait le bûcher pour contenter ces bêtes féroces, _crudelis et
horrenda crematio_. Cauchon le savait, mais il était sûr de pouvoir les
satisfaire, ayant prévu diaboliquement que Jeanne rendue à elle-même
invaliderait avec énergie la rétractation de pacotille arrachée à son
agonie. A un grand personnage, Warwick ou Bedfort, lui reprochant avec
rage d’avoir déçu la vengeance anglaise, il répondit: «N’ayez cure, nous
la rattraperons bientôt»: _Mox rehabebimus eam._
Dans ce procès fameux et misérable dont certains aspects nous paraissent
aujourd’hui singulièrement puérils, l’un des chefs d’accusation était
les vêtements d’homme de Jeanne d’Arc nécessités par sa présence
continuelle au milieu des soldats et son refus de les quitter dans une
prison où elle était exposée sans défense à la brutalité de ses
gardiens. On voulut absolument que ce fût un crime contre la morale, un
attentat sacrilège à la loi divine, aux saintes Écritures, aux canons de
l’Église. La reprise des vêtements féminins était une conséquence de
l’abjuration. Elle y consentit, croyant qu’on allait la conduire dans
une prison ecclésiastique, où elle eût été peut-être aussi exposée. On
la ramena aux goujats militaires qu’elle venait de quitter et, la nuit
suivante, un seigneur anglais, un lord qu’on ne nomme pas, affidé
probable de son Cauchon de juge, essaya de la violer. Elle remit alors
les vêtements d’homme qu’on avait laissés perfidement _à sa portée_. De
ce fait elle était relapse, d’autant plus qu’elle s’empressa de
désavouer formellement l’abjuration. Allégresse de Cauchon qui déclara
aussitôt à Warwick et aux personnes de son entourage: «_Farewell!
Farewell!_ Faictes bonne chière. Cette fois, elle est bien prise.» Le
procès de relapse fut bâclé instantanément. Oui, cette fois c’était le
bûcher sans rémission.
J’ai parlé des larmes... Comment ne pas penser aux larmes de Jeanne
d’Arc? et comment y penser autant qu’il faudrait? Car elle pleura dans
une excessive amertume, non pas seulement à cause de l’affreux supplice
qui l’attendait, mais surtout, on peut le croire, en voyant, de sa
sainte vue, toute l’iniquité humaine dont elle était, accidentellement,
une des victimes,--ses dernières larmes ayant dû être aussi mystérieuses
que sa destinée.
Quel délice pour les ennemis de la France de faire pleurer ainsi une
pauvre fille qui les avait tant épouvantés! L’éblouissante victorieuse
n’était plus que cela pour ces brutes atroces, une pauvre fille qui ne
méritait aucune pitié. Lorsque frère Martin Ladvenu, envoyé par Cauchon,
lui eut annoncé la dure et méchante mort qu’elle subirait dans quelques
heures: «Hélas!» cria-t-elle, «me traite-t-on ainsi horriblement et
cruellement qu’il faille que mon corps net et entier, qui ne fut jamais
corrompu, soit aujourd’hui consumé et réduit en cendres! Ha! Ha!
J’aimerais mieux être décapitée sept fois que d’être ainsi brûlée.
Hélas! si j’eusse été en la prison ecclésiastique à laquelle je m’étais
soumise et que j’eusse été gardée par les gens d’Église, non par mes
ennemis et adversaires, il ne me fust pas si misérablement meschu comme
il est! Oh! j’en appelle devant Dieu, le grand Juge, des grands torts et
ingravances qu’on me fait!»
La fin est insoutenable. «Elle sortit en costume de femme et je la
conduisis alors au lieu du supplice», a raconté l’huissier Massieu. «En
route, elle faisait de si pieuses lamentations que mon compagnon frère
Martin et moi ne pouvions retenir nos larmes. Elle recommandait son âme
à Dieu et aux saints si dévotement que tous ceux qui l’entendaient
pleuraient.» Toutefois, avant de mourir, il lui fallut endurer encore un
dernier et outrageant sermon de Maître Nicolas Midi, un de ses juges les
plus frénétiques. «Pour préserver les autres membres», lui dit cet
assassin, «force nous est de couper le membre pourri. Jeanne, l’Église
voulant éviter l’infection, te retranche de son corps. Elle ne peut plus
te défendre. _Vade in pace!_» L’Église, naturellement, c’était la clique
de ces pharisiens damnés.
Il est à remarquer que le même Nicolas Midi, devenu lépreux, peu de
temps après ce sermon, fut désigné, six ans plus tard, pour haranguer
Charles VII, à son entrée dans Paris. La prostitution de ces théologiens
et de leurs auditeurs, couronnés ou non, est à faire chavirer la raison.
A la fin du sermon, Jeanne pria tous les prêtres qui étaient là en grand
nombre, de lui dire chacun une messe. Quelle messe auraient-ils pu dire,
sinon la messe des vierges martyres, et comment leur fut-il possible de
s’en acquitter, avec leurs mains pleines de sang innocent pour tenir le
calice, avec leurs doigts rouges de ce sang pour porter à leurs bouches
de réprouvés le Corps du Christ?
Le cœur manque pour aller plus loin. Comment lire, sans trembler et sans
pleurer, cette page horrible du _Bourgeois de Paris_: «Et tantost elle
fut de tous jugée à mourir et fut liée à une estache qui estoit sur
l’eschaffaut qui estoit fait de plastre, et le feu sus lui: et là fut
bientost esteinte et sa robe toute arse, et puis fut le feu tiré
arrière; et fut veue de tout le peuple toute nue, et tous les secrets
qui peuvent estre ou doibvent en femme, pour oster les doubtes du
peuple. Et quand ils l’eurent assez à leur gré veue toute morte liée à
l’estache, le bourrel remit le feu grand sur sa povre charogne qui
tantost fut toute comburée et os et chair mis en cendres. Assez avoit là
et ailleurs qui disoient qu’elle estoit martyre et pour son droit
seigneur; autres disoient que non. Ainsi disoit le peuple; mais quelle
mauvaiseté ou bonté qu’elle eust faite, elle fut arse cestuy jour.»
Le chef de guerre incomparable, le vainqueur d’armées, le preneur de
villes, sainte Jeanne d’Arc finissant ainsi! Et la justice ou la
compassion du monde mettant plus de quatre siècles à venir!
Conclusion.
La Croix de bois et la Croix de fer.
Lorsque Jeanne d’Arc fut conduite au bêcher, elle demanda une croix pour
la contempler dans ses derniers moments. Un Anglais en fit une avec deux
morceaux de bois et la lui présenta.
Cet Anglais, moins méchant que les autres, qui représentait alors toute
l’Angleterre catholique encore, malgré tout, aurait pu dire à la
martyre, comme le prêtre s’adressant au peuple, le Vendredi Saint, à
l’Adoration de la Croix: _Ecce Lignum Crucis_: «Voici le Bois de la
Croix où est pendu le salut du monde.»
A ce moment la Pucelle comprit ce que les Saintes lui avaient annoncé de
sa délivrance et de sa suprême victoire, et elle cria du milieu des
flammes que ses Voix ne l’avaient pas trompée. Cette illuminative croix
de bois fabriquée par un goujat compatissant était la récompense
terrestre de ses exploits et de ses vertus. Elle lui suffisait pour
mourir.
Le Goujat haineux et cruel qui est empereur de l’hérétique Allemagne
offre aujourd’hui la Croix de fer aux assassins et aux incendiaires pour
les récompenser de leurs crimes et il la leur donne devant le brasier
des villes en feu, les pieds dans le sang des populations égorgées. Ce
symbole des Hohenzollern, cette apostate croix de fer est un prestige
sûr pour exalter jusqu’à la démence la férocité naturelle de ses
soldats. Au lieu du salut du monde, c’est la ruine et le désespoir qui
sont attachés à ce signe d’où tombent les ténèbres. Et quelles ténèbres!
C’est le chef-d’œuvre de Luther, cent ans après que la Fleur du Moyen
Age avait été suffoquée dans les flammes horribles d’un bûcher, d’avoir
substitué à la douce Croix de bois qui avait consolé les peuples et
fortifié les Martyrs, cette croix de fer implacable dont le monde est
épouvanté. Ce que les démons du Nord ont voulu nommer la culture
allemande est, à quatre siècles de distance, la maturité complète,
obtenue enfin, du fruit de l’arbre maudit où se pendit le mauvais
apôtre. C’est l’épanouissement définitif et suprême du luthéranisme.
Luther enseigne, par exemple, que les clercs concubinaires se
_réformeront_ en faisant de leur désordre même la règle générale.
Méthode de réforme particulièrement adaptée au génie germanique, ainsi
que l’a fait remarquer avec profondeur, dans ses conférences sur la
philosophie allemande, Jacques Maritain, l’adversaire victorieux et déjà
célèbre de Bergson.
«Le mal existe? Nous le déclarons légitime et nécessaire par lui-même.
Nous placerons même son premier fondement en Dieu, comme faisait Jacob
Bœhme. Voici le moi allemand avec ses instincts de nature? Nous le
proclamons, avec Fichte, le type humain par excellence, auquel tout doit
céder. Voici la guerre qui réveille toujours, en fait, des impulsions
barbares? Nous ferons de la barbarie la règle même de la guerre qui sera
d’autant meilleure qu’elle sera plus barbare.»
Au résumé: «Révolte de l’Allemagne contre la chrétienté, voilà tout le
fond de la Réforme... Ce qui était rebut et déchéance pour le
catholicisme est devenu norme et fondement dans le protestantisme et,
par lui, dans le monde et la pensée moderne... L’exercice de la haine et
de la cruauté regardé en lui-même comme un office de religion, accompli
au nom du Christ et de l’Évangile. Dieu avec nous, _Gott mit uns!_...
Telle est l’Allemagne de Luther, l’Allemagne que nous voyons à l’œuvre
aujourd’hui, pour laquelle suivre les instincts de convoitise, de
mensonge, de haine et de luxure, c’est être avec Dieu.»
Telle fut l’œuvre de Luther qui trouva une Allemagne si bien préparée à
recevoir sa doctrine qu’aussitôt après le début de son _apostolat_,
entre 1525 et 1530, il put en constater lui-même les effets. Voici les
propres paroles de ce patriarche de la culture allemande: «Aujourd’hui,
les nôtres sont sept fois plus mauvais qu’ils ne l’avaient jamais été
auparavant. Nous volons, nous mentons, nous trompons, nous mangeons et
buvons avec excès et nous nous adonnons à tous les vices... Nous autres
Allemands, nous sommes devenus la risée et la honte de tous les peuples;
ils nous tiennent pour des pourceaux ignominieux et obscènes... Si l’on
voulait maintenant peindre l’Allemagne, il faudrait la représenter sous
les traits d’une truie.» Et le même Luther qu’on croit entendre parler
en 1915, du fond de son gouffre, déplore, sans aucune sincérité
d’ailleurs, «d’être né Allemand, d’avoir parlé et écrit en allemand, et
il désire mourir pour ne pas assister au châtiment divin prêt à tomber
sur l’Allemagne».
On remplirait un volume de ces témoignages de Luther qui ne connut
jamais le repentir, mais qui espérait peut-être sauvegarder ainsi sa
mémoire, en même temps qu’il se réjouissait comme un démon de
l’avilissement épouvantable dont il avait été l’artisan. Pour une nation
de brutes cultivées en tant que brutes, il s’agissait donc uniquement de
devenir la plus forte matériellement et de mériter la Croix de fer qui
est le signe de la force matérielle. C’est l’Allemagne contemporaine
contre laquelle doivent s’armer aujourd’hui toutes les puissances de la
terre.
Les horreurs actuelles ont un aspect d’apocalypse qui se précisera
davantage encore, on peut le prévoir. Mais la Croix de fer sera vaincue
à la fin par la Croix de bois, parce que celle-ci est le choix de Dieu
et le signe de sa dilection. Il se peut, au cours des événements
inimaginables dont la présente guerre paraît être seulement le prélude,
que la France monte à son tour sur le bûcher de l’Héroïne, condamnée
comme elle par ses prêtres apostats qui ont renié la Mère de Dieu
lorsqu’elle pleurait sur la Montagne de la Salette, en les accusant.
Oui, la France, responsable toujours de ses chefs spirituels, pourrait
bien être condamnée, par leur infidélité criminelle, à périr dans
d’horribles flammes. Il lui resterait alors la pauvre Croix de bois de
Jeanne d’Arc dont elle ne veut pas en ce moment, mais qui la sauverait
miraculeusement à la dernière heure pour que le genre humain ne fût pas
perdu.
La Croix des indigents et des vagabonds, la douce Croix des vieux
chemins dans les campagnes, l’accueillante Croix des miséreux, des
courbatus, des pieds en sang, des cœurs en larmes, de ceux qui ont été
mordus par les serpents du désert et qui guérissent de leurs blessures
en la regardant, la Croix de misère et de gloire!
Bourg-la-Reine, 6 février 1915.