UNE HÉROIQUE ENFANT DE PARIS

Les avions allemands continuent à venir, de temps à autre, lancer

des bombes sur Paris, causant des dommages matériels insignifiants,

mais faisant malheureusement quelques victimes. Une des premières fut

une fillette de 13 ans, Denise Cartier, dont le courage souriant et

l'abnégation héroïque symboliseront pour les générations futures l'âme

de Paris au cours de ces heures tragiques.

C'était un dimanche de septembre, par un soleil radieux. La gracieuse

enfant jouait à quelques pas de sa porte, près de l'avenue du

Trocadéro, regardant peut-être, comme tant d'autres grandes personnes,

avec une curiosité inconsciente, le Taube dont la cuirasse étincelante

glissait sous le ciel bleu. Soudain, on entend une explosion

formidable, et la petite Denise est atteinte par un éclat de bombe qui

lui fracasse la jambe. D'abord étourdie par le choc, elle se laisse

relever sans une plainte, sans un mot, par les passants accourus à son

secours; puis, au moment où on va l'emporter vers l'hôpital le plus

proche, elle ouvre ses beaux yeux qui essayent de sourire pour rassurer

tout le monde et murmure: «Si c'est grave, ne le dites pas à maman.»

[Illustration: Denise Cartier sur son lit d'hôpital.--_Phot. Gilles de

la Loriais._]

C'était grave et Denise Cartier a dû subir l'amputation de la jambe

atteinte. Elle est aujourd'hui hors de danger, et, sur son lit

d'hôpital, elle tricote des lainages pour nos soldats... Voilà un de

ces «effets moraux» que produit la barbarie teutonne au pays de Jeanne

d'Arc.

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[Illustration: LES RENFORTS VENUS DE L'INDE

Lanciers du Bengale, guerriers sikhs, contingents du Pendjab et du

Cachemire, ghurkas du Nepal, remontant de Marseille vers le Nord

de la France, sont accueillis par la curiosité et la sympathie des

populations.]

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[Illustration: LE TRICOT DU COMBATTANT

Nos soldats se pressant autour des automobiles qui leur apportent des

lots d'effets de lainage. _Photos M. B._]

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[Illustration: ENGAGEMENT DE CAVALERIE: DRAGONS FRANÇAIS CHARGEANT

DES UHLANS. _Dessin de GEORGES SCOTT._]

_Au début des hostilités, le rôle de la cavalerie s'est borné, le plus

souvent, à des reconnaissances, à des prises de contact. Au contraire,

depuis quelques jours, au cours des batailles engagées dans le Nord,

de véritables duels, des combats acharnés se sont produits, à maintes

reprises, entre nos cavaliers et les leurs, et, plus d'une fois, nos

dragons et leurs uhlans se sont affrontés à la lance et au sabre.

L'ennemi avait dessiné, sur notre aile gauche, un large mouvement de

cavalerie. Il n'a pas donné pour lui le résultat qu'il en attendait.

Partout, de ce côté, nous le tenons en échec._

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[Illustration: LA GUERRE DE FRANCE VUE PAR LES DESSINATEURS ANGLAIS

UN ÉPISODE DES COMBATS AUTOUR DE REIMS.--Tranchée allemande sous la

position de Nogent-l'Abbesse enlevée par l'infanterie française.

_Dessin de R. Caton Woodville, d'après un croquis de Frédéric Villiers._]

_Un dessinateur anglais, M. Frédéric Villiers, qui suit la campagne

de France comme correspondant de l'_Illustrated London News _a eu

la fortune rare de pouvoir assister à quelques-unes des opérations

militaires qui se sont déroulées autour de Reims. Le dessin ci-dessus,

exécuté d'après un de ses croquis, reproduit un épisode des combats

livrés sous le fort de Nogent-l'Abbesse, réoccupé et armé par les

Allemands, et d'où fut commencé, on se le rappelle, le bombardement de

Reims et de sa basilique. Le dessinateur a accompagné cette émouvante

page d'album de quelques lignes de commentaires qui en précisent le

sujet: «L'action à laquelle j'assistai se déroula dans l'après-midi du

jeudi 24 septembre, le douzième jour de la grande bataille de l'Aisne.

Les Allemands étaient établis à la lisière des bois, sous le fort de

Nogent, à la droite du village de Sillery. L'ennemi s'était avancé

pour attaquer les Français, mais fut repoussé dans ses retranchements,

d'où bientôt les Français le rejetèrent. Il était environ six heures

du soir. Le jour tombait. Les shrapnells, en éclatant, produisaient

comme une pluie d'étoiles filantes, l'un des plus extraordinaires

spectacles qu'il m'ait jamais été donné de voir.» C'est le moment où

nos troupes, se précipitant dans un élan irrésistible hors du bois

où elles s'abritaient, vont enfin emporter la position si ardemment

disputée. Les Allemands, tassés dans leurs tranchées, coude à coude,

les accueillent par un feu violent. Mais nos shrapnells ont une belle

moisson à faire, dans ces rangs pressés. Déjà les morts et les blessés

de la contre-attaque jonchent le terrain. Notre bon 75 désormais peut

se taire: il le dut pour ne pas décimer les nôtres,--et l'artiste

anglais, en réalité, a condensé ici deux phases de l'action. Le rôle

demeure à la baïonnette. Une charge éperdue aura vite achevé de

déblayer le terrain: la tranchée ennemie est à nous. Et puis, il faudra

recommencer, le lendemain, avant la nuit peut-être, le siège d'une

nouvelle position._

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[Illustration: UNE DES TACTIQUES ALLEMANDES.--La ruée en formations

massives pour passer coûte que coûte.

_Dessin de A. C. Michaël._]

_Tout, dans cette invasion des Allemands, jusqu'au moment où les

échecs éprouvés sur la Marne leur ont imposé une tactique défensive

plus prudente,--tout a contribué à donner l'impression d'une ruée

de hordes barbares. Voici un dessin où un autre artiste anglais, M.

A. C. Michaël, a rendu avec une belle énergie «ce que Tommy Atkins

(le fantassin anglais) a devant lui quand l'ennemi charge». C'est la

réalisation saisissante, par l'image, de cette description extraite

d'une lettre d'un soldat britannique, un de ces «Tommies» aussi braves

au feu que coquets à la parade, relatant une action à laquelle il

assista: «Nous ne pouvions pas les manquer, écrit ce bon soldat qui

sait voir et décrire. Nous les aperçûmes d'abord à 800 mètres environ,

s'avançant en tas comme une foule au retour d'un match de football...

Pour un qui tombait de notre côté, ils perdaient dix ou douze hommes.

Ce fut un feu roulant, et nous leur donnâmes chaud.» D'autre part,

un officier anglais qui servit quelque temps dans l'armée allemande

constate: «Il est intéressant de noter que cette formation en masses

est parfaitement conforme aux formations du temps de Frédéric le Grand,

au point que des sous-officiers sont placés derrière les lignes de

combattants, sans doute pour encourager les hommes à l'assaut, à la

suave manière prussienne.» De fait, il a été constaté, dès le début

de la campagne, que nombre de prisonniers allemands portaient, dans

le dos, des blessures provenant des coups de sabre qui leur avaient

été prodigués à titre d'excitant. On voit quelles cibles admirables

constituent, pour nos canons, des formations pareilles. On ne peut pas

les rater, selon l'expression du soldat anglais plus haut cité. Ce qui

n'empêche pas aujourd'hui, et depuis le commencement de la bataille de

l'Aisne, les soldats du kaiser de montrer des dispositions non moins

remarquables, et peut-être plus instinctives, pour la prudente guerre

de tranchées._

L'Illustration, No. 3737, 17 Octobre 1914 · 第 13 / 37 题