AKRAKOU.

J’étais encore à Agoué, lorsque le Père Ménager fit une excursion à

Akrakou, ville de deux à trois mille âmes, située au nord-est d’Agoué.

Parti à six heures du matin, notre excursionniste traversa la lagune en

pirogue, et se mit ensuite dans son hamac porté par deux noirs

vigoureux. «Doucement balancé sur leurs fortes épaules, écrivit-il à ses

parents, je laissai avec bonheur mes pensées se reporter aux belles et

fraîches matinées d’été et de printemps passées auprès de vous. Des

centaines d’oiseaux au brillant plumage et au chant varié animaient

gaiement cette nature parfois si sauvage, à laquelle la main de l’homme

n’a jamais disputé que quelques pieds de terre pour construire sa case.

Chaque année, cette plaine se couvre d’une nappe d’eau. Récemment

desséchée et engraissée par les détritus qu’y déposent les eaux

limoneuses, elle offrait le spectacle d’une végétation des plus

luxuriantes...

«Il est près de dix heures. Nous arrivons à Akrakou. On entre dans la

ville par un petit chemin qui conduit directement à la maison du

cabécère...

«Je témoignai le désir de visiter la ville. Le cabécère fit porter

devant moi son bâton, et je parcourus ainsi, suivi des grands et de la

foule, les rues tortueuses et étroites d’Akrakou. Au fond d’une grande

place, se dresse, environné de hauts et magnifiques arbres, le seul

monument de la cité; c’est une vaste maison ouverte où le roi rend la

justice devant son peuple.

«A Akrakou, on se sent déjà à l’intérieur. La végétation est toute

différente.»

Avant de repartir, le Père Ménager visita la foire. Elle se tient à

quelques minutes de la ville, près d’une lagune dont les eaux coulent

vers Grand-Popo ou Agbananquein.

Le Père Ménager rentra à Agoué à huit heures du soir environ, harassé de

fatigue, mais très-satisfait. Nous nous disions combien il serait

avantageux de relier Agoué à Akrakou par un canal.

Sept ans en Afrique Occidentale · 第 71 / 101 题