AU LECTEUR

Si de nos jours on voyage beaucoup en Afrique, on se borna longtemps à y

entretenir des relations avec les peuples de la côte. Aussi, les

divisions géographiques portent souvent la dénomination de _côtes_:

_Côte d’ivoire_, _Côte du poivre_, _Côte d’or_. Du Volta au Niger

s’étend une _côte_ tristement célèbre par le trafic infâme que l’on y

fit des Nègres: c’est la CÔTE DES ESCLAVES, ainsi nommée parce que les

marchands d’esclaves allaient s’approvisionner là de préférence.

Je connais cette côte, pour y avoir séjourné sept ans: de janvier à

septembre 1866, à Porto-Novo; de septembre 1866 à avril 1868, à Wydah,

ville du Dahomey, d’où je revins à Porto-Novo. Je partis six mois après

pour Lagos, où je demeurai d’octobre 1868 à décembre 1869.

Dans un second voyage, je séjournai à Lagos de janvier 1873 au 21 mai

1874, date à laquelle je partis pour le pays des Minas. Je demeurai à

Agoué jusqu’en juillet 1875. En juillet je partis pour Lagos, où je

m’embarquai pour l’Europe.

Pendant les sept années de mon séjour à la Côte des Esclaves, j’habitai

donc les points principaux de cette contrée; je m’appliquai à

l’instruction et à l’éducation, au soin des malades, au ministère

apostolique, à la direction des affaires de la Mission, à l’installation

de deux résidences, chez des peuples différents d’origine et de mœurs.

Je fus supérieur dans chacune des résidences; je remplis même les

fonctions de Vice-Préfet apostolique du Vicariat. Dans ces emplois, je

fus en relation avec des Noirs de tout âge, de toute condition, de

nationalités diverses; et je puis affirmer sans aucune présomption que

je connais le Noir de la Côte des Esclaves.

Je voudrais aussi le faire connaître, ce peuple digne de pitié sur

lequel on a fait longtemps peser le joug de l’esclavage et du mépris.

Mieux connu, le Nègre nous apparaîtra tel qu’il est; et nous n’aurons

pas de peine à saluer en lui _l’homme_ et _le frère_: frère déchu,

dégradé par l’ignorance et la corruption du paganisme; frère malheureux,

longtemps opprimé, à qui nous devons au moins la pitié et la compassion

que commande l’infortune.

Ponlat-Taillebourg, près Montréjeau (Haute-Garonne).

Sept ans en Afrique Occidentale · 第 3 / 101 题