Les événements et les questions du jour prennent dans nos discussions
une importance sans rapport avec la vérité des choses et les intérêts du
pays. GUIZOT.
*
* *
Aujourd'hui il faut être Grec ou Turc pour oser se déclarer la guerre.
GÉNÉRAL Lambert.
*
* *
L'honneur, c'est la pudeur virile.
ALF. DE VIGNY.
*
* *
A voyager seul en pays inconnu, sans but précis, toutes les pensées
petites s'effacent.
H. TAIRE.
*
* *
Paris est le meilleur lieu du monde pour y passer et le pire pour y
vivre.
O. FEUILLET.
*
* *
Que fait un Français? Il dit du mal d'un autre Français.
RUDYARD KYPLING.
*
* *
Les actifs ne parlent guère.
JEAN AICARD.
*
* *
Quand nous commettons un petit mal dans l'espoir d'un grand bien qui en
peut sortir, nous ne sommes certains que du mal que nous aurons fait.
J.-P. HEUZEY.
*
* *
La guerre n'est pas plus une école de vices que la paix une école de
vertus; l'une ou l'autre vaut ce que valent le peuple et ses chefs.
*
* *
Les faits et les dates sont le squelette de l'histoire; les moeurs, les
idées, les intérêts en sont la chair et la vie.
G.-M. VALTOUR.
[Illustration: Le Petit Palais qu'habitait, au Kremlin, le grand-duc
Serge, depuis qu'il avait abandonné le gouvernement général de Moscou.]
[Illustration: La place du Sénat, où a eu lieu le meurtre. Au fond, la
porte Nikolsky: au premier plan, le «tsar des canons».--Phot. Eastman
Kodak.]
[Illustration: La grande-duchesse Elisabeth, née le 20 octobre 1864,
veuve du grand-duc Serge, soeur de l'impératrice de Russie.]
[Illustration: Le grand-duc Serge Alexandrovitch, né le 29 avril 1857,
assassiné au Kremlin le 17 février 1905.]
[Illustration: Le monastère de Tchoudov ou des Miracles, au Kremlin, où
ont été transportés les restes du grand-duc Serge, et où ils doivent
être inhumés.]
[Illustration: LE MEURTRE DU GRAND-DUC SERGE SUR LA PLACE DU SÉNAT, DANS
L'ENCEINTE DU KREMLIN DE MOSCOU
D'après un croquis pris d'un point situé près du «tsar des canons» (Voir
le plan, page 120). A gauche, l'arsenal; à droite, le Sénat.--Au fond,
la porte Nikolsky près de laquelle on arrête le meurtrier.]
_Il aurait fallu un hasard bien extraordinaire pour qu'un photographe se
trouvât sur la place du Sénat au moment précis de l'explosion de la
bombe qui a tué le grand-duc Serge. La scène tragique a eu pourtant de
nombreux témoins. L'un d'eux, dont le journal anglais le_ Daily
Telegraph _a publié le récit, a pu fournir à notre dessinateur-correspondant
à Moscou deux croquis que celui-ci n'a eu qu'à mettre au net et que nous
reproduisons ici tels que nous les avons reçus._
[Illustration: LES RESTES DU GRAND-DUC SERGE TRANSPORTÉS SUR UNE CIVIÈRE
AU MONASTÈRE DE TCHOUDOV
(Voir l'article, page 120.)]
[Illustration sur deux pages
Grand Palais, porte Talnitsky. Cathédrales. Tour d'Ivan Véliky.
LE KREMLIN DE MOSCOU VU DE LA......]
[Illustration: suite....
Monastère de Tchoudov et Petit palais.
Monastère de l'Ascension.
Tour de Spassky.
Église du vénérable Basile.
DE LA RIVE DROITE DE LA MOSKVA]
LE MEURTRE DU GRAND-DUC SERGE
AU KREMLIN DE MOSCOU
Depuis les événements du 22 janvier à Saint-Pétersbourg, suivis d'autres
journées non moins tragiques à Moscou et à Varsovie, on pouvait
s'attendre, dans cette Russie où les terroristes guettent, toutes les
occasions d'agir, aux pires attentats politiques. Que la famille
impériale fût directement menacée, ce n'était douteux pour personne.
C'est le grand-duc Serge, oncle de l'empereur, qui a été frappé dans
l'enceinte même de l'antique Kremlin, sanctuaire et forteresse de
l'autocratie russe.
Nous donnons du Kremlin, prodigieuse acropole de 2 kilomètres de tour,
assemblage énorme de palais, de cathédrales et de casernes, de tours, de
flèches et de coupoles surmontées d'aigles ou de croix, une vue
d'ensemble particulièrement suggestive, prise du quai de la rive droite
de la Moskva, près du pont de Moskvoretski. La neige du long hiver russe
estompe un peu les silhouettes infiniment variées, éteint l'or toujours
neuf des coupoles bulbeuses. Vers le ciel bas et nuageux pointe plus
haut que tous les autres clochers celui d'Ivan Véliky, qu'éleva en 1600,
le tsar Boris Godounof.
C'est aussi le tsar Boris Godounof et cette époque de luxe et de
splendeur, de meurtres et de révoltes, qu'évoque le très rare portrait
du malheureux grand-duc Serge dont nous donnons une belle reproduction
en première page.
On connaissait déjà les somptueux costumes anciens que le tsar Nicolas
II et l'impératrice se plaisaient, il y a deux ans (avant la guerre et
avant les émeutes), à revêtir pour certaines fêtes de la cour. C'est
dans les mêmes circonstances que l'oncle de l'empereur porta ces riches
vêtements de soie blanche et d'hermine qui donnaient à ce prince, de
stature élégante, mais dont la physionomie était si naturellement triste
et songeuse, l'aspect d'un Hamlet du Nord.
Les portes du Kremlin sont continuellement ouvertes et la circulation y
est toujours libre, mais ce n'est pas un lieu de passage et la place du
Sénat, notamment, est presque toujours déserte, sauf du côté de la
caserne, où se trouve le «tsar des canons», fondu en 1586, et qui pèse
39.000 kilos. C'est à ce point qu'arrivait, quand l'explosion de la
bombe se produisit, le témoin oculaire à qui nous devons les deux
croquis reproduits page 117 et dont voici le récit:
«La place du Sénat était déserte et offrait un aspect mélancolique au
moment où j'y entrais, c'est-à-dire un peu avant 3 heures. La neige
était sale, le temps sombre; quelques hommes étaient occupés à racler
les trottoirs pour en ôter la glace. Je n'avais rien remarqué d'anormal
et n'avais même pas fait attention à la voiture du grand-duc qui
pourtant devait avoir passé à côté de moi. Tout à coup, comme j'arrivais
près de la caserne, je fus comme assourdi et ahuri par une formidable
explosion. Le trouble que me causa la commotion ne dura qu'une fraction
de seconde. Dès que j'eus retrouvé ma présence d'esprit, j'aperçus une
sorte de colonne jaunâtre s'élevant du sol, tandis qu'à mon oreille
arrivait un bruit de verre cassé du côté de l'arsenal. A ce moment
quelques personnes parurent sur la place. Je les voyais regarder, puis
courir vers quelque chose dans la neige. Je hâtai le pas et aperçus le
devant de voiture traîné par un cheval mourant. L'impression était
affreuse comme celle d'un cauchemar. Quelques autres personnes firent
leur apparition au bout de la place et accoururent vers nous: «Qu'y
a-t-il?--Le grand-duc a été tué par une bombe!--Qui l'a tué?--Les
étudiants.--Attrapez les assassins! A mort les assassins! Arrêtez les
étudiants!»
[Illustration: La comtesse de Hohenfelsen, qu'a épousée en 1902, à
Livourne, le grand duc Paul, exilé pour ce fait par Nicolas II. _Phot.
Boissonnas et Taponnier, Paris._]
[Illustration: Plan du Kremlin de Moscou. C'est sur la place du Sénat
qu'a eu lieu le meurtre du grand-duc Serge.]
»Peu après arrivèrent les agents de police accompagnés de plusieurs
agents secrets chargés spécialement de veiller à la sûreté du grand-duc
Serge. Ils se baissèrent; quelques-uns firent le signe de la croix.
Entre temps, près de la porte Nikolsky, des groupes de personnes,
composés surtout d'agents de police, faisaient circuler les gens à
grand'peine et non sans un certain tumulte. Au centre se trouvait un
jeune homme habillé de noir, dont je ne pus voir le visage. Il faisait
de grands gestes. Autour de lui on disait que c'était un étudiant, qu'il
venait de lancer une bombe. On disait encore l'avoir vu, accompagné de
deux autres étudiants; mais une partie de tout ce qu'on disait était de
pure invention.
»La police avait formé un cordon autour des débris de la voiture et fit
ranger le public, afin de frayer un passage à la grande duchesse,
accourue sans chapeau, un manteau de fourrure jeté sur les épaules. La
voici agenouillée sur la neige sale devant les restes de son époux. On
l'aperçoit à peine à travers le cordon de police. Bientôt arrivent des
officiers et des prêtres, pour faire transporter sur une civière, au
monastère de Tchoudov, contigu au Petit Palais et plus proche, les
restes du grand-duc rassemblés à grand'peine, tant le corps avait été
déchiqueté. Le cocher avait été blessé au dos et à la tête, mais il
était resté sur son siège et tenait encore les rênes quand on le
descendit pour le porter à l'hôpital...
»Quoique la police entourât l'endroit où avait eu lieu l'explosion,
beaucoup de fragments de la voiture et d'objets ayant appartenu au
grand-duc ont été ramassés un peu partout et remis aux autorités. La
montre en or et la bague de diamant du grand-duc furent trouvées tout
près du cadavre. A quelque distance, on trouva une autre bague dont les
pierres précieuses avaient été desserties par le choc.
»La poignée de la porte de la voiture avait été lancée à une distance
de deux cents pas. Le lendemain, on retrouva dans la neige l'étui à
cigares.»
[Illustration: Le grand-duc Paul Alexandrovitch, né en 1860, frère cadet
du grand-duc Serge, qui vient d'être rappelé en Russie et réintégré dans
ses titres et grades. _Phot. Boissonnas et Eggler, Saint-Pétersbourg._]
[Illustration: DÉPART DE LA TROISIÈME ESCADRE DU PACIFIQUE POUR
L'EXTRÊME-ORIENT
_La troisième escadre du Pacifique, le croiseur_ Vladimir-Monomach _en
tête, a quitté le port de Libau, le 15 février, après qu'un navire
brise-glace lui eut creusé un large chenal jusqu'à la haute mer, libre
de glaces. Cette escadre, composée de quatre cuirassés:_
l'Amiral-Apraxine, l'Amiral-Seniavin, l'Amiral-Ouchakov, le Nicolas-Ier,
_du croiseur-cuirassé_ Vladimir-Monomach, _de trois transports et d'un
remorqueur, va rejoindre et renforcer la deuxième escadre actuellement
stationnée dans les eaux de Madagascar. Elle a mouillé dans la baie de
Skagen (Danemark)_ le 24 février, pour faire du charbon.]
[Illustrations: (2)
Mille kilos d'ivoire avant le départ pour la vente aux enchères à
Brazzaville.
Trois mille kilos de caoutchouc en route pour Brazzaville.
La perception de l'impôt indigène à Fort-Crampel (1er semestre 1904)].
[Illustrations:(2)
Le jeu du baquet. Le mât de cocagne.
Les divertissements officiels du 14 Juillet à Gribingui (Fort-Crampel).]