SCENE II.

Produced by Daniel Fromont

[Transcriber's note: Pigault-Lebrun (Charles-Antoine-Guillaume Pigault

de l'Épinoy, dit) (1753-1835), _L'amour et la raison_, 1790, édition

de 1823]

SENLIS,

IMPRIMERIE DE TREMBLAY.

SUITE

DU REPERTOIRE

DU

THEATRE FRANÇAIS,

AVEC UN CHOIX DES PIECES DE PLUSIEURS AUTRES

THEATRES, ARRANGEES ET MISES EN ORDRE

PAR M. LEPEINTRE;

ET PRECEDEES DE NOTICES SUR LES AUTEURS; LE TOUT TERMINE PAR

UNE TABLE GENERALE.

COMEDIES EN PROSE. - TOME XVI.

A PARIS,

CHEZ MME VEUVE DABO,

A LA LIBRAIRIE STEREOTYPE, RUE HAUTEFEUILLE, N° 16.

1823.

(...)

L'AMOUR

ET LA RAISON,

COMEDIE EN UN ACTE,

PAR M. PIGAULT-LEBRUN;

Représentée, pour la première fois, sur le théâtre du

Palais-Royal, le 30 octobre 1790.

NOTICE

SUR M. PIGAULT-LEBRUN.

Guillaume-Charles-Antoine PIGAULT-LEBRUN naquit à Calais le 8

avril 1753. Son père était président du tribunal appelé les

_Traites_, qui jugeait de toutes les causes relatives à la

fraude.

Il entra encore jeune au service, et était dans la gendarmerie

de la maison du roi, lorsque la révolution arriva. En 1792, il

fut inspecteur des remontes. Ce sont les seules fonctions

qu'il ait remplies lors des troubles politiques. Long-tems

après, le frère de Buonaparte, Jérôme, voulut l'emmener en

Westphalie après l'avoir nommé son bibliothécaire; mais

l'empereur s'y opposa, et après avoir porté le titre

honorifique de cet emploi pendant trois jours, il resta à

Paris, et n'alla point en Westphalie comme l'assurent certains

recueils peu exacts et quelques libelles mensongers. C'est

uniquement la démangeaison de faire de l'esprit aux dépens de

la vérité qui a fait dire, dans je ne sais quelle biographie,

qu'étant à la cour du roi Jérôme, il avait été l'_Horace du

Mécène Corsico-Westphalien_. Depuis long-tems M. Pigault-Lebrun

occupe une place dans une administration, et il n'a jamais

intrigué pour faire sa fortune, ni ambitionné de parvenir aux

honneurs.

M. Pigault-Lebrun jouit de deux réputations littéraires bien

distinctes; et sous le rapport d'auteur dramatique, ce n'est

plus le même homme considéré comme romancier; ses pièces de

théâtre offrent un heureux mélange de sensibilité, de

délicatesse et d'esprit, dont il est même trop prodigue et qui

le fait remarquer entre tous les auteurs ses contemporains.

C'est le successeur le plus distingué qu'ait eu Marivaux, et

le meilleur disciple de son école. Toutefois on doit lui

reconnaître plus de gaîté avec autant de brillant; mais il

lui est inférieur en finesse, en comique de situations. Il est

resté loin de son modèle dans l'analyse des sentimens du coeur

des femmes, et surtout dans l'observation des convenances.

Avec le beau talent que M. Pigault-Lebrun a reçu de la nature,

il eût été l'un des premiers écrivains de son siècle, si dans

toutes ses productions il eût mis la circonspection qui est

nécessaire à un auteur pour se faire lire de la bonne

compagnie et toutes les classes du beau sexe.

Voici à peu de chose près la liste des pièces qu'il a

composées depuis le commencement de sa longue carrière

littéraire, outre celles qui sont insérées dans la présente

collection.

_Charles et Caroline_, comédie, la première qui ait été jouée au

Théâtre Français, après qu'il eût pris le titre de _Théâtre de

la République_.

_Les Dragons et les Bénédictines_, et _les Dragons en

cantonnemen_, comédies, jouées au théâtre de la Cité, en l'an

II.

_Les Moeurs et le Divorce_, comédie, jouée au même théâtre, la

même année;

_Les Empiriques_, comédie, jouée en l'an III au même théâtre.

_Le Blanc et le Noir_, drame, joué à la Cité, en l'an IV, ainsi

que _l'Esprit follet_, comédie.

_La Lanterne magique_, jouée aussi à la Cité, en l'an VI;

_Contre-tems sur contre-tems_, comédie, donnée aux Variétés.

_Le Memnon français_, comédie, jouée à Saint-Quentin en 1807, et

ensuite aux Français.

_L'Orphelin_, comédie, jouée à la Cité.

En outre il a donné les pièces suivantes, jouées à divers

théâtres: _Le Marchand provençal_, comédie; _La Mère rivale_,

comédie; _Séraphine et Mendoce_, comédie; _la Joueuse_, comédie

en vers; _L'Orpheline_, comédie; _Les Femmes rusées_, comédie;

et _le Cousin et la Cousine_, comédie.

Il a donné à Feydeau _Les Sabotiers_ et _le Major Palmer_,

opéras-comiques.

Enfin il a fait, en société avec M. Chazet, _Les Comédiens

d'une petite ville_, vaudeville; et avec M. Dumaniant, _Les

Calvinistes_.

Nous ne donnerons pas ici la nomenclature de ses romans, qui

serait longue et inutile. Pendant trente ans il ne s'est guère

écoulé de mois qu'on n'en ait vu éclore un de sa composition;

nul n'en a fait en aussi grand nombre que lui depuis Retif de

la Bretonne, qui d'ailleurs était prodigieusement au-dessous

de lui pour le style.

M. Pigault-Lebrun paraît maintenant se livrer à un genre plus

sérieux et s'occuper d'ouvrages importans. Il vient de publier

une histoire de France, en 6 volumes in-8°. Quel que soit le

succès qu'elle obtienne, elle sera toujours jugée au-dessus de

celles de Velly, du père Daniel, et autres historiens

obséquieux ou prévenus.

M. Barba a recueilli les oeuvres de M. Pigault-Lebrun,

auxquelles il a fait les honneurs d'un certain luxe

typographique. Elles figureront sans doute dans toutes les

bibliothèques des amateurs du plaisir et de ceux qui

affectionnent un auteur spirituel et amusant, quel que soit le

genre où il se soit exercé.

PERSONNAGES.

HORTENSE, jeune veuve.

MONDOR, vieux garçon.

AUGUSTE, cousin d'Hortense, jeune homme de seize à dix-sept

ans.

MARTON, suivante d'Hortense.

DUMONT, valet de Mondor.

UN NOTAIRE.

UN LAQUAIS.

La scène se passe dans l'appartement d'Hortense.

L'AMOUR

ET LA RAISON,

COMEDIE.

SCENE PREMIERE.

HORTENSE, MARTON.

(Elles sont assises à quelque distance l'une de l'autre.

Hortense brode au métier, et Marton à la main.)

MARTON.

Il arrive aujourd'hui.

HORTENSE, avec un soupir.

Hélas! oui, mon enfant.

MARTON.

Cet hélas part de l'ame.

HORTENSE.

Que dites-vous, Marton?

MARTON.

Madame, je vous plains.

HORTENSE.

Ma chère amie, c'est à Mondor que je dus mon époux, cet époux

qui me fut si cher; c'est à Mondor que cet époux mourant

confia ma jeunesse, c'est Mondor qu'il nomma, si je devais

jamais...

MARTON.

Et voilà bien les hommes. Jaloux de leurs droits pendant leur

vie, ils veulent les étendre au-delà du tombeau. Vous aimiez

votre époux, c'est fort bien.

HORTENSE.

Il était si aimable!

MARTON.

Oui, Madame, il était charmant; mais son ami ne lui ressemble

guère.

HORTENSE.

Marton!

MARTON.

Non, Madame, Mondor ne lui ressemble pas. C'est un ami solide,

raisonnable et raisonnant; mais il n'a rien de ce qu'il faut

pour remplacer un mari de vingt-cinq ans, et pour consoler une

femme de votre âge.

HORTENSE, froidement et avec hauteur.

Il suffit, je crois, qu'il me plaise...

MARTON.

Vous plaire! Il en est loin.

HORTENSE.

Vous prétendez...

MARTON.

Voir mieux que vous dans le fond de votre ame. Non, vous ne

l'aimez pas.

HORTENSE, avec humeur.

Mademoiselle!

MARTON, affectueusement.

Même, quand vous boudez vos gens, vous êtes toujours adorable.

HORTENSE.

Allons, finis, ma bonne amie: tu m'aimes, je le sais...

Mais...

MARTON.

En ce cas, laissez-moi donc dire. Est-ce mon intérêt qui me

détermine? Est-ce moi qui dois épouser Mondor? Que vous êtes

étranges, vous autres maîtres! Vous voulez qu'on vous serve,

vous voulez qu'on vous aime, vous voulez qu'on vous devine:

on vient à bout de tout cela à force de travail et de

réflexion; crac, un bon caprice nous déjoue, nous éloigne,

et, pour s'épargner un moment de mauvaise honte, on se

condamne à des regrets éternels.

HORTENSE.

Des regrets! Ah! Marton, des regrets avec Mondor!

MARTON.

Oui, Madame, avec Mondor. N'a-t-il pas cinquante ans?

HORTENSE.

Eh! qu'importe? il a du mérite.

MARTON.

Un mérite... sur le retour.

HORTENSE.

Il vient d'assurer ma fortune et mon repos, en terminant avec

les héritiers de mon mari le procès le plus incertain.

MARTON.

Le grand miracle! Il n'est pas de mince procureur qui n'en

eût fait autant.

HORTENSE.

J'espère que vous ne le confondez pas...

MARTON.

Ma foi, Madame, la comparaison n'a rien de révoltant. Un

procureur vous eût pris de l'argent, Mondor demande votre main

: c'est mettre ses services au plus haut intérêt.

HORTENSE.

Il ne demande rien. Tendre, mais soumis, Mondor attend tout de

ma délicatesse. Depuis deux ans qu'il s'est éloigné pour me

servir, il ne m'a pas écrit une lettre qui ne fût dictée par

le plus pur désintéressement. Mais, Mademoiselle, ne lui

dussé-je rien, les derniers voeux de mon époux...

MARTON.

Sont sans force dans le cas dont il s'agit. Lui donner pour

successeur M. Mondor! c'est trop fort, en vérité, et je ne le

souffrirai certainement pas.

HORTENSE.

Vos folies m'amusent quelquefois.

MARTON.

Ce n'est pas folie, c'est raison.

HORTENSE.

A la bonne heure; mais votre raison m'excède, finissez.

MARTON.

Quoi! sérieusement vous voulez...

HORTENSE.

Que vous vous taisiez, Mademoiselle.

MARTON.

Cependant, Madame...

HORTENSE.

Silence! je l'ordonne.

(Elle se lève.)

MARTON.

Soit, je me tais. (_En poussant de côté le métier d'Hortense_.)

Il ne sera peut-être pas si facile d'imposer silence à votre

petit cousin.

HORTENSE.

Mon cousin? un enfant.

MARTON, finement.

Un enfant? Oh! sans doute.

HORTENSE.

A qui je tiens lieu de mère.

MARTON.

Aussi vous respecte-t-il infiniment?

HORTENSE.

Que d'un coup d'oeil je fais tomber à mes pieds.

MARTON.

Et à qui l'attitude plaît beaucoup.

HORTENSE.

Le pauvre enfant n'est pas dangereux.

MARTON.

Cela peut être; mais il est bien aimable.

HORTENSE.

Il a pour lui la candeur de l'enfance.

MARTON.

Et une figure céleste, convenez-en.

HORTENSE, avec franchise.

Oui, il est bien.

MARTON.

Une gaîté franche...

HORTENSE, se livrant davantage.

Et pleine d'esprit, Marton.

MARTON.

C'est ce que je voulais dire. Riant toujours, et montrant...

HORTENSE.

Les plus belles dents...

MARTON.

Les plus belles dents du monde... Et cette fossette à la joue

gauche...

HORTENSE.

Et ses espiégleries...

MARTON.

Charmantes, Madame, charmantes.

HORTENSE.

L'art n'approche pas de tout cela.

MARTON.

Il n'en connut jamais; et quand il vous dit qu'il vous aime,

c'est si naturellement...

HORTENSE, reprenant le ton réservé.

Il m'aime, et il le doit.

MARTON.

Oh! il remplit ses obligations dans toute leur étendue.

HORTENSE.

Il sait ce qu'il doit à la reconnaissance.

MARTON.

C'est une belle vertu que la reconnaissance, mais je doute

qu'il lui sacrifie son amour.

HORTENSE, avec sévérité.

Son amour! vous avez des expressions...

MARTON.

Bien révoltantes, peut-être, mais bien vraies, convenez-en.

HORTENSE.

Vous m'offensez, je vous en avertis.

MARTON.

C'est un malheur; mais je suis franche.

HORTENSE.

Votre opiniâtreté vise à l'impertinence.

MARTON.

Ah! Madame! Madame!... mais le voici, ce cher enfant; il

n'a pas l'air de bonne humeur, et je crains qu'il ne soit plus

impertinent que moi encore.

SCENE II.

HORTENSE, AUGUSTE, MARTON.

HORTENSE, à Auguste, qui, après l'avoir aperçue, veut

s'éloigner.

Approchez, Auguste, approchez.

AUGUSTE.

Je ne voulais plus vous voir, Madame; non, je ne le voulais

plus.

HORTENSE, le contrefesant.

Madame... je ne voulais plus vous voir... Quel langage, mon

petit cousin?

AUGUSTE.

Non, vous n'êtes plus ma cousine... non, je ne dois plus vous

voir, puisque... Enfin, Madame...

HORTENSE.

Ah! mon ami, comme tu me traites!

AUGUSTE.

Vous vous mariez, vous vous mariez, Madame, et vous ne pensez

pas à votre pauvre petit cousin.

HORTENSE.

Je ne vois pas qu'il puisse se plaindre...

AUGUSTE.

Vous ne le voyez pas... vous ne le voyez pas... Je le crois,

Madame; les droits sacrés de M. Mondor...

HORTENSE.

Ce sont ces droits qui doivent vous interdire les regrets, et

même le plus léger murmure.

AUGUSTE.

Vous me jugez d'après vous. Vous êtes si raisonnable!

HORTENSE.

Qui vous empêche de l'être autant que moi?

AUGUSTE.

Il faudrait avoir votre insensibilité, et j'en suis bien

éloigné. Croyez-vous, Madame...

HORTENSE.

Auguste, ne me parle donc plus ainsi, tu m'affliges.

AUGUSTE.

Je vous afflige, ma cousine, mon aimable cousine... Mais

pensez donc, réfléchissez à ma situation. Je croyais n'avoir

pour vous que de l'amitié, le retour de Mondor m'éclaire...

Avez-vous cru que je passerais ma vie avec vous sans vous

trouver charmante? vous êtes-vous flattée que mon coeur vous

disputerait long-tems la victoire? Avez-vous pensé que Mondor

pourrait me ravir un espoir?... Il arrive, ce Mondor, et il

vous épouse!... Eh! que suis-je donc, moi? S'il vous a

rendu service, il n'a fait que ce qu'il a dû, que ce qu'un

autre, que ce que tous les hommes à sa place eussent fait avec

transport. Quels sont ses titres pour vous obtenir? ses

cinquante ans? je voudrais les avoir, s'il les faut pour vous

plaire. (Tendrement.) Mais je les aurai avec le tems, ma belle

cousine. Alors j'en aurai passé trente à vous adorer, à vous

rendre heureuse, et dans trente ans je partirai du point où

Mondor se trouve aujourd'hui. Pensez-y, divine Hortense, cela

vaut la peine d'y réfléchir.

HORTENSE.

Finissez, Monsieur, vous êtes un enfant.

MARTON.

Mais un enfant bien aimable. Vous en conveniez tout à l'heure,

Madame.

AUGUSTE.

Un enfant bien aimable! elle me trouve bien aimable, n'est-il

pas vrai, Marton?

MARTON.

Oui, Monsieur, charmant, et Madame s'y connaît.

HORTENSE, à Marton.

Par excès d'attachement vous vous ferez congédier.

AUGUSTE.

La congédier! la congédier! Mondor est contre moi, vous êtes

contre moi, tout l'univers est contre moi, il ne me reste que

Marton, et vous voulez vous en défaire! Eh bien! Madame,

congédiez-la, je la prendrai à mon service.

HORTENSE.

Oui, je vous le conseille, cela serait charmant.

AUGUSTE.

Votre Mondor me déplaît à un point... je le hais, au moins, je

vous en avertis; je le tuerai... Oh! je le tuerai.

HORTENSE.

Parlons raison, mon enfant.

AUGUSTE.

Il n'y a raison qui tienne, c'est dit, je le tuerai.

HORTENSE.

Monsieur, il a droit à vos respects.

AUGUSTE.

Je n'ai jamais appris à respecter un rival.

HORTENSE.

Continuez, Monsieur, compromettez-moi, exposez ma réputation,

affligez un galant homme!...

AUGUSTE.

Un galant homme... qui veut vous épouser!

HORTENSE.

Quel homme faut-il donc que j'épouse?

AUGUSTE.

Moi, Madame, moi.

HORTENSE.

Vous êtes honnête, sans doute, mais cela ne suffit pas.

AUGUSTE.

Je ne vois pas ce qui me manque.

HORTENSE.

Il faudrait d'abord n'être pas un enfant.

AUGUSTE.

Eh! qu'importe mon âge, si je sais vous aimer?

HORTENSE.

Avoir un état qui...

AUGUSTE.

J'en aurai bientôt un. Aujourd'hui l'honneur, les moeurs, les

talens mènent à tout, et je me sens abondamment pourvu de tout

cela.

HORTENSE.

Vous êtres modeste.

AUGUSTE.

Je suis amoureux, et l'amour rend capable de tout; entendez-vous,

Madame? il rend capable de tout.

HORTENSE.

Ce jeune homme veut me faire la loi.

AUGUSTE, aux genoux d'Hortense.

Vous faire la loi? ah! Hortense, Hortense, qu'avez-vous dit

? vous donner des lois, moi qui suis soumis aux vôtres...

HORTENSE, souriant.

Et qui les recevez à genoux.

AUGUSTE.

Me faites-vous un crime de mon entier dévouement?

HORTENSE.

Non, mon ami; mais il des circonstances où l'amour doit se

taire devant la raison. Vous connaissez les motifs qui

m'unissent à Mondor; il arrive aujourd'hui, il doit compter

sur ma main; il a ma parole, et bien certainement je ne la

retirerai pas.

UN LAQUAIS, annonçant.

Un valet de M. Mondor.

(Il sort.)

HORTENSE, troublée.

Son valet, son valet, Marton. (A Auguste.) Si je vous suis

chère, mon petit cousin, de grâce, retirez-vous.

AUGUSTE.

Me retirer, Madame! Oh! non, non, bien décidément non.

HORTENSE.

Quand on aime une femme, Monsieur, on ne lui refuse rien.

AUGUSTE.

Quand on fait quelque cas d'un parent, Madame, on le ménage

davantage.

MARTON.

Mais voici ce valet.

HORTENSE.

Partez, Monsieur, ou restez, que m'importe? Mais je ne crois

plus à votre attachement, je vous en avertis.

AUGUSTE.

Si vous étiez assez injuste pour en douter un moment...

HORTENSE.

Si vous aviez la moindre délicatesse, vous ne me résisteriez

pas.

AUGUSTE.

Je me retire, je me retire, Madame. Que ferez-vous pour le

maître, si vous me chassez pour le valet?

(Il sort.)

L'amour et la raison · 第 1 / 18 章