HARMONIE

Ses mains d'ivoires erraient au hasard du caprice

sur les touches d'ivoire, pareilles au rayon argenté

qui traverse les peupliers quand ils agitent distraitement

leurs pâles feuilles, ou à l'écume mobile

d'une mer sans repos, quand les vagues montrent

leurs dents à la brise volage.

Sa chevelure d'or tombait sur la mer d'or,

comme les délicats fils de la vierge, tissés sur le

disque poli de la pâquerette, ou comme l'hélianthe

qui se tourne vers le soleil, quand la nuit jalouse

a complété l'obscurité, et que la lance du lis s'entoure

d'une auréole.

Et ses douces et rouges lèvres sur ces lèvres, les

miennes brûlaient comme le feu de rubis serti dans

la lampe oscillante d'un reliquaire cramoisi, ou

comme les blessures saignantes de la grenade, ou

le coeur du lotus tout inondé, tout humide du

sang répandu de la vigne rose et rouge...

Poèmes · 第 52 / 69 题