PIERRE.--Là... dans ce tiroir... tenez... prenez...
M. LAROCHE (_le lâchant et prenant l'argent._).--A la bonne heure, le
voilà raisonnable.
PIERRE (_se laissant tomber sur une chaise_).--Je suis à moitié mort.
Débarrassé de ma haie, je m'apprêtais à lui porter remède, n'ayant pu
lui porter secours; mais à ce combat succéda la scène la plus étrange,
et je dirai presque la plus comique du monde.
M. Laroche, après avoir pris l'argent, s'était approché de Pierre, dont
le visage était tout meurtri, et qui gémissait. Il le regarde, et,
passant tout à coup à un ton de compassion naïf et paternel:--Mon pauvre
garçon, comme te voilà arrangé!
PIERRE.--Je n'en puis plus.
M. LAROCHE.--Attends!... attends!... Nous allons te soigner; tu es père
de famille... tu as besoin de travailler... Mère Gallois, faites
chauffer de l'eau.
PIERRE.--Ah! mon front!
M. LAROCHE (_l'examinant_).--Quel coup tu as attrapé! Là!... et ici!., et
sur le bras!... Miséricorde! tu n'es que plaies et bosses.
PIERRE.--Ah! mes reins!
M. LAROCHE.--Attends!... J'ai là un liniment qui le fera beaucoup de
bien... Pauvre Pierre!
PIERRE.--Aie!... aie!...
M. LAROCHE (_vivement_).--Allons donc, mère Gallois!... Dépêchez-vous
donc!... Vous voyez bien que cet homme souffre!
LA MÈRE GALLOIS (_à part_).--Il est bon au fond.
M. LAROCHE.--Et toi. Desnoues, qu'est-ce que tu fais là? Viens donc
m'aider à le mettre au lit; il ne peut plus se soutenir. (_Ils le mirent
au lit._)