I
La _Messe des Anges_ se dit, comme on le sait, devant le cercueil des
petits enfants.
Qui de nous n'y a assisté une fois au moins? Quand on est jeune, on y
vient d'un coeur distrait; on pense à bien autre chose, en vérité. On
s'étonne de ces cérémonies, de ces douleurs, de ces pleurs, de ces
sanglots. Tout cela pour un petit être, né d'hier, qui savait à peine
parler, et dont le chétif cadavre tient dans une bière à peine plus
large qu'une boîte à violon!
Quand on a soi-même un enfant, l'impression est toute différente.
Voici. On rentre chez soi, on trouve une lettre bordée de noir, on lit
ces mots si étrangement douloureux: «Vous êtes prié d'assister aux
Convoi, Service et Enterrement de mademoiselle Blanche-Marie, décédée
dans sa troisième année, chez ses parents. _Laudate, pueri, Dominum!_»
Et ces simples lignes vous émeuvent jusqu'au fond du coeur. Subitement
assombri, vous embrassez la chère et tendre fillette qui vous reste, à
vous, qui vous sourit, un peu gênée par votre tristesse, et que la mort
peut aussi, tout d'un coup, sans motif, irréparablement, arracher de vos
bras.
Puis, vous allez à la _Messe des Anges_.