XI.

Les Anglais de leur côté renouvelèrent leurs tentatives: un riche

commerçant de Bristol établi à Séville, fils de l'un des associés de

Hugues Elyot dans l'armement de 1503 pour Terre-Neuve, Robert Thorne,

qui venait de prendre un intérêt matériel considérable dans l'entreprise

de Sébastien Cabot par le sud en 1526, adressait peu de temps après au

roi Henri VIII, un mémoire pour signaler à son attention l'avantage que

l'Angleterre aurait sur les Espagnols & les Portugais si elle

découvrait un passage par le nord-ouest vers les îles aux épices; & sur

l'invitation du révérend Edouard Lee, envoyé de Henri VIII auprès

de Charles-Quint, il remettait à cet ambassadeur des considérations

étendues & développées, pour le même objet.

Quelle qu'ait pu être l'influence de ces écrits sur les déterminations

royales, toujours est-il que deux navires, le Samson & la Mary de

Guilford, quittant la Tamise le 20 mai 1527, & partant définitivement de

Plymouth le 10 juin, sous le commandement de Jean Rut, firent voile vers

le nord jusqu'au 1er juillet, qu'ils furent assaillis dans la nuit par

un violent orage; la tempête les sépara, & fit probablement sombrer le

Samson, qui ne reparut plus; deux jours après par 53° de latitude, la

Mary, drossée par les glaces redescendait vers 52° elle aperçut la

terre; elle atteignit un havre bien abrité, & s'y arrêta dix jours pour

faire de l'eau. Comme, au départ des deux navires, le rendez-vous

avait été donné en cas de séparation accidentelle, au cap de Sper de

Terre-Neuve, où l'on devait s'attendre mutuellement durant six semaines,

Rut gouverna au sud pour s'y rendre, & vint mouiller le 3 août dans la

baye de Saint-Jean, où il trouva onze navires de pêche normands, un

breton & deux portugais; de là il écrivit au roi pour lui rendre compte

des évènements, pendant que le mathématicien de l'expédition, Albert de

Prato, chanoine de Saint-Paul de Londres, écrivait de son côté, le 10

août, au cardinal Wolsey légat du saint-siége.

C'est chez les historiens espagnols des Indes occidentales qu'il faut

chercher les traces ultérieures de cette expédition avortée: on y trouve

signalée l'apparition, aux Antilles, d'un navire anglais, armé en même

temps qu'un autre pour aller par le nord au pays du grand khan, séparé

de son compagnon par la tempête, arrêté dans sa route par les glaces,

redescendu aux Bacalaos où il avait rencontré jusqu'à cinquante

bâtiments de pêche espagnols, français & portugais, ayant vu son pilote

(un piémontais, peut-être précisément ce même Albert de Prato dont

il vient d'être question) massacré par les sauvages sur une côte

inhospitalière, venu ensuite le long du littoral jusqu'à la rivière de

Chicora, de là gagnant la Jamaïque, repoussé de Saint-Domingue à coups

de canon, & reprenant enfin la route d'Angleterre.

Les souvenirs que Hakluyt put recueillir long-temps après de la bouche

de quelques contemporains, c'est que le navire parti de la Tamise le 10

mai 1527 était rentré au port vers le commencement d'octobre de la même

année.

Bref récit et succincte narration de la navigation faite en MDXXXV et MDXXXVI par le capitaine Jacques Cartier aux îles de Canada, Hochelaga, Saguenay et autres · 第 10 / 18 题