Le 19 juillet 1870 la guerre est déclarée; nos régiments sont, en toute
hâte, envoyés à la frontière; malgré l'infériorité du nombre on espère
pouvoir prendre l'offensive.
Mais le temps s'écoule, et nous ne parvenons pas à organiser nos forces.
Vivres, munitions, soldats, tout manque à la fois.
En Allemagne, au contraire, tout est prévu, préparé de longue date.
Nous sommes écrasés à Wissembourg, à Woërth, à Forbach.
L'invasion est commencée.
Pour la première fois, depuis plus de cinquante ans, la victoire nous
abandonne.
Du moins, la lutte sera acharnée et ce n'est que pas à pas que l'ennemi
pourra avancer.
Un instant surprises, nos troupes se reforment: deux armées sont sur
pied.
L'une, à Metz, triomphe à Borny et à Rezonville, mais voit le cercle
allemand se reformer autour d'elle après Gravelotte.
L'autre, après une résistance désespérée, est forcée de déposer les
armes à Sedan.
La France n'a plus d'armées; ses généraux sont prisonniers.
Les armes, les soldats, l'argent, tout manque à la fois.
N'importe: pendant quinze ans la France a lutté contre toute l'Europe;
elle ne peut succomber ainsi.
Paris ferme ses portes et arme ses remparts, la province tout entière se
soulève.
En quelques mois, en quelques jours, de nouvelles troupes sont levées.
Ce ne sont plus, hélas! les soldats de Rezonville et de Wissembourg.
Mais le Français se forme vite au feu.
Il faudra cinq mois encore aux Prussiens pour triompher de cette
résistance. Ces bataillons de conscrits, mal armés, à peine équipés,
leur tiendront tête, et plus d'une fois l'Allemand étonné sera obligé de
s'arrêter dans cette course à travers la France.
N'importe, il faut se rendre.
Paris ne peut plus continuer la lutte: nos armées, successivement
écrasées par l'ennemi, ont reculé à l'extrémité de la France.
Le 28 janvier 1871, les forts de la capitale cessent de tirer: la guerre
a duré six mois.
(_La fin prochainement._)