Or { Log x = log. 0,05 + 1873 log (l + s/100)

{ Log 1,05 = 0,0211893.

1873 Log 1,05 = 39,6875589.

Log 0,05 = 2,6989700.

__________

Log x = 38,3865289.

dont le nombre correspondant est 2435168 x 10e32.

Pardon de tous ces chiffres! mais il était nécessaire de les reproduire

pour convaincre ceux qui douteraient de l'authenticité des conclusions

précédentes. Chacun peut ainsi refaire le calcul.

Les lecteurs qui ne se servent pas volontiers de logarithmes

arriveraient au même résultat en remarquant qu'un capital placé à 5 p.

100, à intérêts composés, se double dans l'espace de quatorze ans, ou,

plus exactement 14,21. Nos 5 centimes ainsi placés en l'an 0 deviennent

donc 10 centimes l'an 14; 20 centimes l'an 28; 40 centimes au bout de

quatorze nouvelles années; 80 centimes après un même intervalle; 1 fr.

60 l'an 71; 3 fr. 20 l'an 85, et ainsi de suite en doublant toujours.

La progression, qui commence assez lentement, comme en le voit, monte

bientôt avec une rapidité effrayante. Pendant les cent premières années,

la somme n'arrive, il est vrai, qu'à 6 fr. 40 c. Mais à la fin du IIe

siècle, elle est de 819 fr. 20; à la fin du IIIe siècle, elle est de

104,857 fr. 00; à la fin du IVe, elle est de 13,421,772 fr. 80. Nous

voici déjà aux millions. La somme doublant toujours de quatorze en

quatorze années, on arrive vite aux centaines de millions et aux

milliards. Et comme elle continue toujours de doubler, on atteint

rapidement les dizaines et centaines de milliards, puis les trillions,

les quatrillions, et ainsi de suite. On arrive de la sorte à former pour

le commencement de notre siècle (1803) le chiffre de 7,610 décillions,

qui deviennent 15 undécillions, en 1817, puis 30, puis 60, puis 121 en

1859 et 243 en notre année de rançon, 1873.

Depuis que ce nombre de 39 chiffres a scintillé dans mon cerveau, je ne

puis plus prendre de monnaies romaines entre mes mains sans les voir se

multiplier comme dans un rêve. Cette pièce d'Auguste, que tous les

collectionneurs classent assez indifféremment sur leurs cartons entre

César et Tibère, en la soupesant de la main droite, je me suis pris

quelquefois à regretter qu'un génie bienveillant ne l'eût pas placée

comme patrimoine d'une famille gallo-romaine de mes ancêtres. La

statistique des mariages prouve qu'en France après dix-huit siècles,

nous sommes tous cousins au trente-troisième degré. Quelque soit le

nombre des héritiers d'un pareil patrimoine on le partagerait volontiers

même entre tous les habitants du globe, car la Terre entière n'a que

1,300 millions d'habitants, et chacun, homme, femme ou enfant, aurait

encore pour sa part la jolie somme de 187,320,610,000 milliards de

francs. Mais sur quelle compagnie d'assurances, sur quelle banque

nationale ou internationale aurait-on pu fonder une pareille opération

financière qui laisse loin derrière elle tous les rêves d'or rêvés

jusqu'à ce jour? C'est ici que nous remontons forcément sur l'échelle

des chiffres aux grandeurs astronomiques. Il n'y aurait, en effet,

qu'une combinaison de toutes les banques planétaires qui aurait pu parer

à une telle éventualité. Et encore, peut-être, faudrait-il adjuger le

Soleil lui-même. Et ce ne serait pas suffisant. L'analyse spectrale nous

apprend qu'il n'y a pas d'or dans le Soleil, si ce n'est dans ses

profondeurs. L'échéance d'une pareille note ne pourrait donc être

raisonnablement payée que dans les étoiles, c'est-à-dire dans l'autre

monde.

Camille Flammarion.

L'Illustration, No. 1595, 20 Septembre 1873 · 第 21 / 45 题