Les cartes de visite nous ont servi, il y a quelque temps, à
confectionner des pantins articulés et mobiles (1); aujourd'hui que nous
sommes en carême, je vais indiquer comment nous pourrons découper, dans
des cartes de visite ou du papier fort, les soeurs de charité dont nous
donnons les dessins ci-dessous, sans oublier leurs petites élèves.
[Note 1: Voir l'article: _les Pantins animés_ dans le n° 2,190 de
l'Illustration du 15 novembre 1890.]
Il suffira, pour cela, de suivre exactement les instructions suivantes,
qui sont des plus simples, comme vous allez vous en assurer.
Matériel nécessaire: quelques cartes de visite, du papier blanc un peu
fort, un crayon noir, un crayon à bouts rouge et bleu, une paire de
ciseaux. Etes-vous prêts? Nous commençons:
[Illustration: Fig. 1.]
Pliez en deux une carte de visite, dans le sens de sa longueur; calquez,
sur du papier transparent, la moitié du gabarit représenté fig. 1, et
reportez-la sur une des moitiés de la carte pliée; le pli de la carte
devra se confondre avec la ligne pointillée formant l'axe de la fig. 1.
Une fois que le contour de cette demi-figure aura été tracé, découpez
votre carte suivant ce contour; en la dépliant ensuite, vous aurez une
figure semblable à la fig. 1. Il ne reste plus grand'chose à faire pour
transformer la carte, ainsi découpée, en soeur de charité.
Repliez de nouveau la carte suivant sa ligne médiane; ramenez en avant
les deux bras, en les pliant suivant les lignes pointillées du modèle,
puis faites la cornette au moyen de deux grands plis obliques, vous
pourrez en varier légèrement la forme, mais elle doit venir en avant, de
façon à cacher le visage, qui est absent. Coloriez en bleu foncé, à
l'aide du crayon de couleur, la jupe et les manches, en réservant en
blanc le grand tablier; dessinez un rosaire, un trousseau de clefs,
etc.; vous pourrez aussi placer dans une main une allumette-bougie,
figurant un cierge, ou encore un petit morceau de carton plié,
représentant un livre de messe; pour ces accessoires, chacun pourra les
varier suivant son goût.
[Illustration: Fig. 2.]
La soeur, ainsi confectionnée, aura l'aspect représenté fig. 2. C'est
bien, n'est-ce pas, la soeur de Saint-Vincent de Paul, dont le costume
est populaire dans toutes les parties du monde.
[Illustration: Fig. 3.]
Avec le gabarit de la fig. 3, vous pourrez fabriquer une soeur un peu
différente; la forme de la cornette n'est plus la même, mais elle ne
présente aucune difficulté. Cette variante est représentée fig. 4.
[Illustration: Fig. 4.]
Le léger écartement des deux moitiés de la carte permet à nos deux
soeurs de se tenir debout quand nous les posons sur la table.
[Illustration: Fig. 5.]
Si nous passons à une de leurs élèves, nous constatons avec étonnement
que son gabarit (fig. 5) indique l'existence de quatre jambes!
Rassurez-vous; lorsque nous aurons découpé, puis replié la carte sur
laquelle le demi-contour du gabarit de la fig. 5 aura été tracé, nous
aurons soin de couper deux de ces jambes, en en laissant une de chaque
côté; si nous laissons la jambe droite en avant, nous laisserons la
jambe gauche en arrière, ou vice-versa, de façon que, en regardant la
fillette de profil, nous verrons ses deux pieds l'un derrière l'autre
(fig. 6).
[Illustration: Fig. 6.]
Comme elle ne peut se tenir debout, nous pourrons la fixer dans la fente
d'un bouchon de moutarde.
Le crayon de couleur nous permettra de lui faire des bas et une capeline
rouges, une robe à raies ou à pois roses ou bleus, etc.
L'ensemble figuré au bas de cet article se compose de quatre soeurs,
dansant en rond avec quatre fillettes qu'elles tiennent par la main.
_Les huit personnes sont découpées d'un seul morceau dans une feuille de
papier._
[Illustration: Fig. 7.]
Pour cela, repliez votre feuille de papier en deux, puis, par un pli
perpendiculaire au précédent, pliez-la en quatre; enfin, un pli
intermédiaire aboutissant à la rencontre des deux précédents vous
donnera la feuille pliée en huit. Sur la, face supérieure du papier
ainsi replié, tracez le gabarit de la demi-soeur et de la demi-fillette,
indiqué fig. 7, découpez en une seule fois les huit épaisseurs du papier
suivant ce contour, et, en dépliant la feuille ainsi découpée, vous
obtenez la fig. 8, dans laquelle vous reconnaîtrez quatre soeurs et
quatre enfants semblables à celles dont nous avons étudié plus haut la
fabrication. Coloriez chacun des personnages, en évitant de rien
déchirer, surtout à la jonction des mains, qui est fragile; repliez
chaque soeur et chaque enfant comme si elles étaient isolées, faites
l'amputation des jambes supplémentaires, et voilà votre ronde organisée
et vos petites personnes qui se tiennent debout sans difficulté.
Posez-les sur un morceau de carton garni d'un papier vert et figurant
une pelouse; vous piquerez, dans ce carton, des brins de bois ou des
allumettes couvertes de mousse à leur partie supérieure; ce seront les
arbres du décor champêtre.
[Illustration: Fig. 8.]
Tom Tit.
[Illustration.]
[Illustration: HISTOIRE DE LA SEMAINE]
La semaine parlementaire.--Une des discussions les plus intéressantes
qui aient eu lieu à la Chambre est celle qui s'est élevée sur la
proposition de M. Méline tendant à exempter du principal de l'impôt
foncier les terres ensemencées en blé de printemps. On sait que la
plupart des récoltes sont perdues ou fortement compromises par suite du
froid inusité qui a régné cet hiver et qui a gelé la terre à une grande
profondeur. Malgré l'intérêt que méritent nos agriculteurs, un certain
nombre de députés ne voyaient pas sans appréhension le dépôt d'une
proposition qui tend à faire de l'État le tuteur de ceux qui subissent
un dommage et à favoriser une catégorie de citoyens au moyen du fonds
commun, c'est-à-dire avec l'argent des contribuables. «Ce système, a dit
M. Raiberti, est un trompe-l'oeil économique; il constitue un virement
de contribution et un privilège injuste.» De son côté, M. Pelletan a
pris la parole pour développer cette thèse que, s'il fallait venir en
aide à l'agriculture, ce n'était pas au moyen d'un dégrèvement qui
pouvait ressembler à une faveur, mais par l'institution du crédit à bon
marché.
Malgré cette opposition, la majorité a été d'avis qu'il fallait tenir
compte des désastres causés par l'hiver exceptionnel que nous venons de
traverser, et elle s'est rangée au système proposé par la commission,
d'accord avec M. Méline.
--Le projet de loi sur les caisses de retraite, de secours et de
prévoyance, fondées au profit des employés et ouvriers, a été voté en
seconde lecture. Il va être soumis maintenant à la sanction du Sénat.
_La question des courses._--On croyait dans le public, et la plupart des
journaux avaient accrédité cette opinion, que l'interpellation de M.
Paulmier devait avoir pour résultat d'amener le gouvernement à maintenir
le statu quo en matière de paris aux courses, c'est-à-dire à pratiquer
le système de la tolérance. Il n'en a rien été. En effet, M. Constans,
dans un discours très net, a répondu à l'interpellation et aux orateurs
qui l'ont appuyé qu'il lui était impossible, en premier lieu,
d'autoriser le pari mutuel, déclaré illicite par les tribunaux, et en
second lieu de percevoir un prélèvement qui constituait une dérogation
aux règles de la comptabilité publique. Le ministre demandait donc un
vote précis et décisif. La Chambre était placée dans une situation
embarrassante, quand M. Develle est monté à la tribune pour annoncer le
dépôt d'un projet de loi qui aura pour effet de réduire le nombre des
hippodromes et aussi des journées de courses.
Plusieurs ordres du jour étaient déposés. Celui de M. Pichon, se bornant
«à prendre acte des déclarations du gouvernement», a été accepté par le
ministère et a été voté à une forte majorité. M. Develle en a précisé
par avance la portée en disant «qu'il l'interprétait comme une
invitation à déposer à bref délai le projet de loi en question et à
interdire les paris jusque-là».
Le grand débat sur le fond même de la question est donc ajourné.
La manifestation du 1er mai.--Nous sommes encore loin du 1er mai, et
peut-être serait-il un peu prématuré d'en parler, si la hâte que mettent
les organisateurs à préparer cette seconde représentation n'était
précisément un fait à signaler. Il y a là en effet la preuve que les
meneurs de cette entreprise procèdent avec suite, avec méthode, qu'ils
veulent tout mettre en oeuvre pour réussir, et qu'ils n'entendent rien
laisser au hasard. Par leurs soins, une propagande active est faite dans
tous les ateliers, des réunions sont organisées dans tous les centres
ouvriers, des souscriptions sont ouvertes pour couvrir les frais de
publicité: en un mot, tout est prévu pour qu'à l'heure dite le monde des
travailleurs réponde à l'appel qui leur est adressé dans toutes les
parties du monde.
Comme l'année dernière, la fixation à huit heures de la journée de
travail constitue le premier article du programme adopté par les
manifestants; «mais, ont soin d'ajouter les membres du conseil national,
si la journée légale de huit heures est l'objectif immédiat de la
manifestation du 1er mai, ce n'est qu'un premier pas vers
l'affranchissement complet, c'est-à-dire la restitution au peuple des
travailleurs de tous les moyens de production par lui créés.»
Évidemment, de pareilles aspirations ne sont pas nouvelles, et on les
retrouve, formulées en termes à peu près identiques, dans tous les
écrits socialistes des temps passés. Mais il n'en est pas moins vrai
qu'elles se produisent aujourd'hui sous un aspect qui est fait pour
donner à réfléchir à tous les gouvernements. Les socialistes renoncent à
l'action irréfléchie et brutale qui les livrait autrefois, en quelque
sorte désarmés, aux mains de ceux qui avaient pour mandat de protéger la
société. Aujourd'hui, ils s'organisent, réussissent à s'entendre,
échelonnent leurs revendications. Ils commencent par la journée de huit
heures, comptant, pour l'obtenir, sur l'effet moral d'une manifestation
pacifique organisée à la même heure sur tous les points du globe. Ils
verront ensuite s'ils peuvent s'entendre pour faire déclarer une grève
générale, et, qui sait? plus tard peut-être, pour montrer que là où est
le nombre, là est la force. Il y a là une marche méthodique, presque
savante, qui contraste avec les emportements des révolutionnaires de la
vieille école et qui prouve que, de plus en plus, les questions sociales
tendront à prendre le pas sur les questions purement politiques.
Le Soudan français.--Un télégramme du commandant Archinard a annoncé
que, le 25 février, le village de Dienna, dans le Barrinko, a été pris
d'assaut. C'est là que s'étaient fortifiés un millier de Sofas, envoyés
par Samory pour soulever le pays pendant que nous étions aux prises avec
Ahmadou. La lutte a été vive, mais le succès a été complet, et permet
d'espérer que Samory renoncera à nous susciter des difficultés, comme il
l'a fait jusqu'à présent.
Le commandant Archinard comptait reprendre prochainement la route de
Kayes.
Les colonies anglaises: Canada; Australie.--On attendait avec curiosité
le résultat des élections qui viennent d'avoir lieu au Canada, en raison
des progrès réalisés par le parti qui bat en brèche les principes de la
domination anglaise. Ce résultat est favorable au gouvernement, mais la
victoire a été chèrement acquise et le ministère que représente sir
Macdonald a éprouvé des pertes sensibles.
La majorité conservatrice est, en effet, très faible. Dans une chambre
qui compte 215 membres, on le fixe à 25 voix au maximum. C'est peu,
d'autant plus que, dans les provinces et les villes les plus
importantes, l'opposition a gagné du terrain. La représentation, il est
vrai, est égale pour toutes les provinces, mais on ne peut nier que les
députés des grands centres civilisés ont une influence morale qui les
met au-dessus de ceux de leurs collègues nommés dans des régions
habitées par des mineurs ou des trappeurs. Or, la province d'Ontario,
qui compte 92 députés, donnait jusqu'ici 22 voix de majorité au
gouvernement; cette fois, sa députation est partagée en deux parties
égales, on croit même qu'elle penche du côté de l'opposition. A Québec,
le changement est encore plus radical: cette province comptait 37
conservateurs contre 28 libéraux; elle vient d'envoyer à la Chambre 38
libéraux contre 27 conservateurs.
En outre, trois ministres ont subi des échecs personnels. Ce sont: M.
Foster, ministre des finances; M. Carling, ministre de l'agriculture, et
M. Colby, président du conseil privé.
Le gouvernement canadien, bien qu'il soit assuré du pouvoir pendant cinq
années encore, va donc rencontrer de sérieuses difficultés.
Si le Canada, tend de plus en plus à échapper à la domination de
l'Angleterre, la situation est tout aussi caractéristique en Australie,
en sorte qu'on peut se demander si, dans un avenir plus ou moins
prochain, ces grandes colonies, qui ont fait jusqu'ici, et très
justement, l'orgueil de nos voisins, ne reprendront pas leur
indépendance complète.
Dans une des dernières séances de la Convention fédérale de Sydney, M.
Mac-Millan, trésorier et ministre des chemins de fer, a déposé au nom de
sir Henry Parkes, premier ministre de la nouvelle Galle du sud, une
sorte de projet de constitution de l'_Australasie_, ainsi qu'on
s'exprime maintenant pour englober avec l'Australie la Nouvelle-Zélande.
Le projet débute par affirmer que les droits et privilèges des diverses
colonies australiennes et néo-zélandaises resteront intacts devant
l'union fédérale. L'Australasie prend pour modèle les États-Unis.
Au point de vue économique, le projet proclame la pleine liberté du
commerce entre les colonies fédérées. Les autorités fédérales seules
pourront établir les droits de douane et en répartir les produits. Au
gouvernement fédérai également, le soin de la défense de l'Australasie,
la disposition pleine et entière des forces de terre et de mer. Enfin
toute une série de lois constitutionnelles régissent le fonctionnement
d'un véritable gouvernement, entièrement distinct de celui de la
métropole.
Espagne: ouverture des Cortès.--A l'ouverture des Cortès, à laquelle
assistait la reine régente accompagnée du petit roi Alphonse XIII,
lecture a été donnée du discours du trône.
Dans ce message, la reine se félicite du résultat des élections, qui ont
permis de constater «combien les provinces sont attachées aux lois
constitutionnelles qui régissent le royaume». Elle passe ensuite en
revue les principales questions d'ordre intérieur qui intéressent le
pays et arrive ensuite à un sujet qui regarde la France: les relations
commerciales avec l'étranger. «Par suite de la dénonciation du traité
passé avec la France, a dit la reine, il est nécessaire d'établir de
nouvelles relations économiques entre l'Espagne et les autres États, car
ce traité international était la base de notre régime commercial.»
Le message ajoute que les négociations engagées avec la France au sujet
de la délimitation des possessions de la Guinée continuent d'une façon
cordiale. Nous n'en sommes pas surpris, car, lorsque nous avons signalé
les difficultés qui s'étaient élevées sur ce point entre notre pays et
nos voisins, nous avons exprimé la certitude qu'il n'y aurait pas
conflit et que les deux gouvernements apporteraient dans le règlement de
cette affaire le même esprit d'entente et la même loyauté.
Chine: les réceptions diplomatiques.--Nous avons indiqué dernièrement
les décisions prises par l'empereur de Chine au sujet des réceptions des
ambassadeurs accrédités auprès de lui.
La première réception a eu lieu lieu le 5 mars, conformément aux
dispositions nouvelles. Six ministres et quatre chargés d'affaires,
accompagnés de leurs secrétaires, attachés et interprètes, ont été reçus
par le souverain. Le prince Ching était chargé de les introduire un par
un auprès de l'empereur et ensuite il les présenta tous en corps.
Cette réforme qui constitue une dérogation sensible aux traditions était
combattue par le groupe conservateur de la Cour; celui-ci n'admet pas
que l'on «porte la moindre atteinte au principe de la suprématie absolue
du trône du céleste empire. En vertu de ce principe, les représentants
des puissances ne pouvaient être reçus par l'empereur qu'à titre de
simples particuliers venant présenter une requête ou demander une
faveur.
Afin de donner un semblant de satisfaction aux conservateurs, l'audience
du 5 mars a eu lieu en dehors des limites sacrées du palais, dans une
salle servant habituellement à la réception des feudataires et
tributaires. Mais cette précaution même ne fait que confirmer
l'importance de la réforme opérée, en montrant que l'empereur ne
sacrifie qu'en apparence au préjugé traditionnel.
Nécrologie.--M. Vésignié, ancien ingénieur des constructions navales,
administrateur des Messageries maritimes.
La comtesse de Fiers, veuve de l'ancien sénateur de l'Orne.
Mme la baronne d'Ivry, fille du maréchal comte de Lobau.
M. J.-L. Havard, président honoraire de la chambre syndicale des
fabricants de papier.
Le marquis de La Guiche, ancien député à l'Assemblée nationale.