RÉPONSES

Mlle Aïssé, Haydée.--Quelle jolie figure que celle d'_Haydée_, dont on a

fait _Aïssé_, je ne sais trop pourquoi, en ôtant à son nom sa couleur et

son harmonie. Son âme est aussi gracieuse que son visage, son coeur

aussi doux que ses yeux, son esprit aussi fin que le sourire de sa

bouche. Son histoire est un véritable conte des Mille-et-une Nuits. La

_Belle Circassienne_ est une fleur du soleil oriental, transplantée dans

la serre-chaude de Paris, qui s'ouvre, se décolore et se fane sous le

ciel brumeux d'Occident, une sultane indolente au milieu de l'active

fourmilière du royaume de la poudre, du rouge et des mouches. Sa légende

mystérieuse exhale encore le parfum d'une Rose de cent ans.--Soliman B.

Assurément, ce n'est pas l'amour qui domine dans les trente-six lettres

de sa Correspondance avec Mme Calandrini, figure revêche de Genevoise

mômière et puritaine.

Le monde est triste et laid, les hommes méchants, les femmes ne valent

pas mieux. Elle rencontre le chevalier d'Aydie, et, sentant qu'elle est

vaincue d'avance par l'amour, elle désarme et s'abandonne, sans combat

et sans comédie, sans calcul et sans arrière-pensée. Elle offre la clef

d'or de son coeur à celui qui en a surpris le secret sans essayer de le

forcer; elle a refusé des fortunes princières; de lui elle accepte tout,

et elle le convertit si bien au culte de la fidélité, qu'il sert de

modèle au Couci d'_Adélaïde Du Guesclin_, tragédie de Voltaire, qui

annota les Lettres d'Aïssé:» _Cette Circassienne est plus naïve qu'une

Champenoise_, dit-il. Elles ont pourtant une qualité plus rare et plus

précieuse que celles du Patriarche de Ferney, le sentiment, le naturel

et la simplicité, le charme doux d'une âme tendre, l'émotion sincère et

délicieuse d'un coeur bien épris. Et un mot du coeur d'Aïssé vaut mieux

que tous les traits d'esprit de Voltaire, même en littérature.--Véra.

Le chevalier d'Aydie, un Gaulois élevé à Athènes, avait fait des voeux à

Malte; dans la suite, il a voulu plusieurs fois en être relevé pour

pouvoir épouser Mlle Aïssé, ce qu'elle n'a jamais voulu permettre: «_Je

suis trop son amie pour le souffrir_». Son amour noble et illégitime,

chaste et passionné, est un mélange d'innocence et de volupté, d'abandon

et de repentir; c'est l'amour d'une vierge enivrée, d'une victime

martyrisée. Elle est faible, on l'est à moins; la femme la plus sage est

souvent celle qui n'a point trouvé son vainqueur.--Carmen.

J.-J. Rousseau et Mme d'Houdetot.--Aucune femme n'a donné son amour à

J.-J. Rousseau, pas une n'eut le sien; il a vécu sans être aimé et sans

avoir aimé. Il n'aima jamais que ses Chimères idéales, incarnées dans

des réalités souvent séduisantes, parfois douloureuses, toujours

désenchantées. Sans cesse altéré de femmes, assoiffé d'amours nouvelles,

il se consolait facilement de leurs illusions décevantes, pour

recommencer cette chasse aux papillons dont les ailes brillantes ne lui

laissaient aux doigts que la fine poussière de leurs ailes décolorées.

Il a écrit des Lettres d'amour à Mme d'Houdetot, brûlées par

Saint-Lambert; mais on peut en retrouver le reflet dans les Lettres de

_La Nouvelle Héloïse_. Mme d'Houdetot considérait sans doute l'Amour

comme un ouvrage en deux volumes, la Poésie avec Jean-Jacques et la

Prose avec Saint-Lambert.--Harold.

«Mme d'Houdetot me redemanda ses lettres; je les lui rendis toutes, avec

une fidélité dont elle me fit l'injure de douter un moment. Elle ne

pouvait les retirer sans me rendre les miennes. Elle me dit qu'elle les

avait brûlées; j'en osai douter à mon tour, et j'avoue que j'en doute

encore. Non, l'on ne met point au feu de pareilles lettres. On a trouvé

brûlantes celles de la _Julie_; eh, Dieu! qu'aurait-on donc dit de

celles-là? Non, non, jamais celle qui peut inspirer une pareille passion

n'aura le courage d'en brûler les preuves. Si ces lettres sont encore en

être, on connaîtra comment j'ai aimé.»--(_Confessions_).

Le récit de M. de Musset, d'après le témoignage de Mme la Vicomtesse

d'Allard, a été confirmé par quelqu'un digne de foi qui, lié avec Mme

d'Houdetot et Saint-Lambert, les a questionnés sur le sort des Lettres

de J.-J. Rousseau, et en a reçu les mêmes réponses, avec cette seule

différence qu'au lieu d'une lettre, Mme d'Houdetot en aurait conservé

quatre, toutes remises à Saint-Lambert, et toutes quatre brûlées par

lui, du moins au dire de ce dernier.

Comme on flamberait avec plaisir le Poème des _Saisons_ du fade

Saint-Lambert, ce plat imitateur des bergeries du dix-huitième siècle,

et même les jolis vers de sa trop fidèle amie, si cet auto-da-fé devait

rendre une page, une phrase des Lettres d'amour de J.-J. Rousseau!

--Un Lecteur de l'Illustration.

On admire un peu trop à la légère, ce me semble, l'indulgence de Mme

d'Houdetot pour la passion sans espoir quelle inspira au Philosophe de

Genève. La Révolution respecta son idole, la Postérité a inscrit son nom

sur le Livre d'or: elle lui doit la vie et l'immortalité. Que lui

doit-il?--Un Ours.

Diderot et Mlle Volland.--La Correspondance de Diderot avec Mlle Volland

est le plus original, le plus substantiel, le plus curieux et le plus

amusant de ses ouvrages; c'est un livre unique dans toutes les

littératures anciennes et modernes. Il y a dans ces Lettres l'étoffe de

cent volumes, la moelle de l'_Encyclopédie._ C'est aussi le roman

mouvant et vivant des hommes et des choses de son époque; tout le

dix-huitième siècle tient dans ce microcosme au milieu duquel il a

vécu.--Curiosus.

Il n'existe pas de Lettres de Diderot à Mlle de Puisieux.--L. L.

Il serait intéressant de connaître les Lettres de Mlle Volland; mais,

d'après ce qu'on en peut savoir par celles de Diderot, elles devaient

être bien raisonnables et bien insignifiantes. C'était une amie sage,

froide et sans passion. Comme elle devait assommer le bon Diderot avec

ses commérages de caillettes, et les impressions de ses lectures sur les

ouvrages sérieux qui avaient ses préférences, l'_Émile_, de Rousseau,

l'_Esprit_, d'Helvétius, les opuscules de Voltaire, etc. A peine si elle

répond par des billets, et fort inexactement, aux volumineux grimoires

de son professeur, qui a du génie et qui le dépense à lui plaire. Si

Mlle de Lespinasse avait donné la réplique à Diderot, ils auraient mis

le feu au papier.--Véra.

Que de Grandes Amoureuses dont les Lettres ne seront même pas

mentionnées! Que d'Amants célèbres dont le nom seul éveille tant

d'échos: Mirabeau, Chateaubriand, Benjamin Constant, Balzac, Stendhal,

Alfred de Musset, etc. Mais si le cadre du _Questionnaire_ n'a pas

permis d'y exposer leurs portraits, ils figureront dans une Galerie plus

complète sous la forme du livre.

Charles Joliet.

[Illustration: THÉÂTRE DES VARIÉTÉS.--La course de chevaux dans la revue

«Paris port de mer».]

[Illustration: La course de chevaux dans la revue des Variétés.--Coupe

de la scène représentant le mécanisme intérieur qui met les pistes en

mouvement.]

[Illustration: Pièce d'orfévrerie Pour l'ornementation d'un album offert

à M. Carnot.]

L'Illustration, No. 2507, 14 Mars 1891 · 第 8 / 31 题