LES LICORNES

Après cette crise, Hyacinthe m'ayant pardonné,--avec presque

l'étonnement que j'eusse besoin de pardon,--nous entrâmes résolument

dans la forêt mystique, où ne vivent nulles autres notables bêtes que

les peureuses licornes. Comme elles fuyaient devant elle, secouées par

de grands airs dédaigneux, ce fut pour mon amie une occasion

excessivement propice de regretter sa virginité. Je lui fis comprendre

qu'il y avait un mérite évident en tel regret, une dorure très fine pour

son âme fanée, une parure de repentir peut-être supérieure même à

l'intégrité perdue, et elle consentit à offrir à Jésus l'oblation des

plaisirs où elle avait compromis la native candeur de sa toison.

De métaphores en métaphores, nous nous élevâmes au mystère du Sacrifice.

«Mon Amour est crucifié»--[Grec: ho hemos herôs hesthaurôtai]. Le

mysticisme tel que nous l'acceptâmes nous paraissait la suprême dignité

d'une âme humaine dédaigneuse d'intermédiaires entre sa noblesse et

l'infinie noblesse de Dieu, entre sa quotidienne agonie et l'immortelle

agonie du Christ. C'est selon ces dispositions que nous décidâmes

d'assister désormais à la messe que chanteraient en nos mémoires le

prêtre et les diacres choisis parmi les plus sanctifiés dont les gestes

d'adoration s'élèvent entre les lames de plomb des vieux vitraux.

Le Pèlerin du silence · 第 13 / 75 题