EN 1212.

«Au très-illustre seigneur, roi des Français, Raimond, humble abbé de

Moissac, et toute la congrégation du monastère de Moissac, salut: comme

nous lisons, entre autres choses, que vos prédécesseurs ont fondé le

très-antique monastère désigné sous le nom de Moissac, et l'ont doté de

la possession des champs d'alentour, cela est aussi porté dans les

gestes des rois de France et du bienheureux Ansbert, archevêque de

Rouen, et abbé de ce monastère; et dans la consécration de notre église

il se trouve entre autres choses:

«Ceci, Christ notre Dieu, a été fondé pour toi par le roi Clovis, et la

munificence de Louis a depuis augmenté ce don.»

«Cependant, par une suite de nos péchés, les comtes de Toulouse nous ont

enlevé la plus grande partie desdites possessions et les ont assignées

aux gens de guerre qui ont accablé de beaucoup d'exactions notre ville

de Moissac, tellement qu'ils se sont presque entièrement emparés de

cette ville et des environs. Cette année, avant que les Croisés

l'assiégeassent, nous nous mîmes en route munis de nos priviléges pour

venir trouver Votre Excellence. Le comte ayant vu cela, nous prit et

nous enleva nos priviléges et tout ce que nous avions. Après cela, les

Croisés ont ravagé tout ce qui était dedans et dehors; de sorte que nous

n'avons pas eu moyen de venir devant Votre Sublimité. C'est pourquoi

nous répandons devant Votre Compassion nos lamentables prières, afin

que, par l'inspiration de la miséricorde divine, vous daigniez subvenir

aux détresses de votre maison et de votre ville; car si vous n'y

subvenez point, nous serons entièrement désolés. Et sache Votre

Sublimité que nous prions pieusement sans interruption le bienfaiteur de

tous pour votre salut et la prospérité de votre règne, et qu'en mémoire

spéciale de vous et des vôtres, deux cierges de cire brûlent nuit et

jour devant notre grand autel élevé en l'honneur des bienheureux apôtres

Pierre et Paul, et chaque jour se dit en la même institution une messe

spéciale, et chaque jour nous donnons la nourriture à trois pauvres,

dont chacun reçoit autant de pain et de vin qu'un moine; et le jour de

la cène du Seigneur, toujours en votre intention, deux cents pauvres

reçoivent dans le cloître du monastère du pain et du vin, des fèves et

de l'argent. À toutes les heures canoniques, tant du jour que de la

nuit, se disent pour vous des oraisons spéciales; il se célèbre dans le

monastère un anniversaire général pour tous nos seigneurs les rois

défunts; dans toutes les messes et oraisons, dans les jeûnes et aumônes

et autres bonnes oeuvres qui se font et doivent se faire à l'avenir,

tant dans le monastère que dans l'abbaye, dans les prieurés et autres

lieux sujets au monastère, par un mandement général fait en certaines

années dans le chapitre général de Moissac, monseigneur le roi de

France, comme notre patron et fondateur, et tous ceux de sa race et de

ses prédécesseurs, sont recommandés et spécialement désignés; et afin

que ces bonnes oeuvres et les autres que nous faisons, pour la

conservation de vous et de votre royaume, ne puissent pas aisément

tomber en désuétude, nous envoyons à Votre Sublimité notre présent

député le frère Gérard, afin que fléchissant les genoux devant vous, il

vous supplie qu'il plaise à Votre Bénignité, en rétablissant nos

priviléges et l'immunité des possessions qui nous ont été accordées par

vos prédécesseurs, nous reconstituer et rétablir dans la liberté

primitive de notre monastère, qui a été réduit, et l'est encore, dans

une très-grande servitude. Lesquelles choses ledit député exposera plus

en détail à Votre Majesté, et nous la supplions, au nom de l'amour

divin, de les recevoir et écouter bénignement. Que Notre-Seigneur

Jésus-Christ vous ait en sa garde, vous et votre royaume, et vous

conserve en toute félicité!»

Histoire de l'hérésie des Albigeois, et de la sainte guerre entreprise contre eux de l'an 1203 à  l'an 1218 · 第 113 / 144 题