(Extrait de l'_Histoire générale du Languedoc_, par Dom Vaissette, tom.
III, not. 13, pag. 553.)
I. «Les modernes sont partagés touchant cette origine; les uns
prétendent que le nom d'_Albigeois_ fut donné aux hérétiques de la
province dès le temps de saint Bernard, à cause qu'il y avait alors un
grand nombre de ces sectaires à Albi ou dans le diocèse; les autres
soutiennent, au contraire, que les hérétiques de Languedoc furent ainsi
nommés parce que leurs erreurs furent condamnées dans le concile tenu à
Lombers en Albigeois; en sorte qu'on leur aurait donné ce nom dès l'an
1165 que ce concile fut tenu. Basnage, célèbre protestant, réfute
l'opinion de ces derniers; il prétend «que, comme les hérétiques qui
furent condamnés en 1179 dans le concile de Latran étaient dans la
Gascogne et le pays d'_Albi_, c'est là la véritable raison qui les
faisait appeler Albigeois; au lieu, ajoute-t-il, que Catel et d'autres
historiens veulent que cette qualité leur ait été donnée à cause que
leur première condamnation fut prononcée à Albi: ce fait est faux,
poursuit-il; mais de plus on ne tire jamais le nom d'une secte du lieu
où elle a été condamnée.» Ainsi, suivant cet auteur, le nom d'Albigeois
aura été en usage dès l'an 1179 pour signifier les hérétiques qui
habitaient ce pays et la Gascogne. Mais on ne peut pas tirer cette
induction du canon du concile de Latran qu'il cite; il y est parlé
seulement en général des hérétiques nommés _Cathares_, _Patarins_ et
_Poblicains_, qui avaient fait des progrès _dans la Gascogne_,
_l'Albigeois_, _le pays de Toulouse et ailleurs_. Or, comme le concile
ne marque pas qu'ils étaient en plus grand nombre dans l'Albigeois que
dans la Gascogne et le Toulousain, et qu'on voit au contraire, par les
actes de la mission que le cardinal de Saint-Chrysogone avait faite
l'année précédente à Toulouse et aux environs, qu'ils y dominaient
encore plus que dans l'Albigeois, il s'ensuivrait que, si on leur eût
donné alors le nom d'un pays, on aurait dû les appeler plutôt _Gascons
et Toulousains_ qu'Albigeois. D'ailleurs nous ferons voir bientôt que ce
dernier nom n'a pas été donné aux hérétiques avant le commencement du
treizième siècle, et qu'ils étaient alors bien plus étendus dans le
Toulousain, les diocèses de Béziers et de Carcassonne que dans celui
d'Albi. La difficulté subsiste donc; et si les Albigeois n'ont pas pris
leur nom de leur condamnation au concile de Lombers (quoiqu'il ne soit
pas impossible, malgré ce qu'en dit Basnage, qu'on ne puisse tirer le
nom d'une secte du lieu où elle a été condamnée), il est vrai de dire
qu'on n'a aucune preuve qu'ils aient été ainsi nommés, parce qu'ils
étaient en plus grand nombre à Albi et dans les environs que partout
ailleurs.
«Enfin le célèbre M. de Thou, suivi par le père Percin, donne une autre
étymologie à ce nom; il le fait dériver d'_Albe_ ou _Alps_, ancienne
capitale du Vivarais, où il suppose que les Vaudois passèrent du
Lyonnais, et d'où, ajoute-t-il, ils se répandirent dans le reste de la
province. On ne trouve cette étymologie que dans l'édition de l'histoire
de M. de Thou, de l'an 1626, et elle manque dans celles de 1604, 1606 et
1609. Au reste cette opinion est sans fondement; car il n'y a pas lieu
de douter que le nom d'Albigeois, donné aux hérétiques du treizième
siècle, ne vienne du pays de ce nom, dans l'ancienne Aquitaine. Tout
consiste à savoir s'ils furent ainsi appelés, ou parce qu'ils furent
condamnés dans le pays, ou parce qu'ils y étaient en plus grand nombre
que partout ailleurs.»
II. «Pour connaître la véritable origine du nom d'_Albigeois_, il faut
recourir aux anciens auteurs et aux monumens du temps. Nous n'en
trouvons aucun avant la fameuse croisade qui fut entreprise en 1208
contre ces hérétiques qui leur ait donné le nom d'Albigeois. Tels sont,
entre les contemporains, Pierre, le vénérable abbé de Cluni; saint
Bernard, abbé de Clairvaux; Roger de Hoveden; Guillaume de Neubrige;
Bernard, abbé de Fontcaude, au diocèse de Narbonne, qui écrivit, en
1185, un traité _contre les Vaudois et les Ariens_ de la province; et
enfin Alain, religieux de Cîteaux et évêque d'Auxerre, mort en 1202,
dans son traité contre les mêmes hérétiques, qu'il dédia à Guillaume
VIII, seigneur de Montpellier. Il fallait sans doute que Casimir
Oudin[172] n'eût pas lu ce dernier ouvrage, car il avance que l'auteur y
fait mention des hérétiques albigeois: aucun de ces auteurs ne leur
donne ce nom.»
[Note 172: _De Script. eccles._ tom. 2, p. 1403.]
«Entre ceux qui ont écrit depuis la croisade de 1208, l'un des plus
célèbres est Pierre, moine de l'abbaye de Vaulx-Cernay, au diocèse de
Paris, qui dédia son histoire des Albigeois ou d'_Albigeois_, comme il y
a dans le titre, au pape Innocent III. Son témoignage est d'autant plus
respectable qu'il était témoin oculaire de cette croisade. Or cet auteur
marque clairement, dans son épître dédicatoire au pape, l'étymologie du
nom d'Albigeois par rapport à ces hérétiques: _Unde sciant,_ dit-il,
_qui lecturi sunt, quia in pluribus hujus operis locis, Tolosani, et
aliarum civitatum et castrorum hæretici, et defensores eorum,
generaliter Albigenses vocantur; eo quod aliæ nationes hæreticos
Provinciales Albigenses consueverint appellare._»
«On voit, par ce que nous venons de dire, qu'avant la croisade de l'an
1208, le nom d'_Albigeois_, pour désigner les hérétiques de la Provence,
n'était pas encore connu, et qu'on les appelait _Toulousains_ ou
_Provençaux_. En effet, Pierre de Vaulx-Cernay lui-même leur donne
communément ce dernier nom; il les appelle les _hérétiques toulousains_
dans plusieurs endroits de son histoire. Arnaud, abbé de Cîteaux, leur
donne le même nom en 1212; et le pape Innocent III, qui en parle souvent
dans ses épîtres, ne les nomme jamais que les _hérétiques provençaux_ ou
_de Provence_, excepté dans une lettre qu'il adressa le 2 juillet de
l'an 1215, à Simon de Montfort, dans laquelle il les appelle _les
hérétiques albigeois_. Quant à la dénomination _de Provençaux_, elle
vient, non de ce que la Provence propre fut infectée la première de
leurs erreurs, comme le croit un historien moderne, mais parce qu'on
comprenait alors le Languedoc dans la Provence généralement dite. On
peut remarquer encore que ce sont les étrangers qui se croisèrent en
1208 qui donnèrent les premiers le nom d'_Albigeois_ aux hérétiques
qu'on nommait auparavant _Provençaux_, ou qu'on désignait sous divers
autres titres[173].»
[Note 173: Je ne crois pas que Dom Vaissette ait tiré, des paroles de
Pierre de Vaulx-Cernay, leur véritable conséquence; elles prouvent
qu'avant la croisade on donnait, en France, aux hérétiques du Languedoc
et de la Provence, le nom de _Provençaux_ ou de _Toulousains_; mais que
les autres nations les appelaient déjà généralement _Albigeois_.]
«On peut confirmer tout ceci par l'autorité de Robert, religieux de
Saint-Marien d'Auxerre, qui écrivait dans ce temps-là, et qui finit sa
chronique à l'an 1211. Cet auteur, sous les années 1201, 1206 et 1207,
donne le nom de _Bulgares_ (_Bulgarorum hæresis_) aux hérétiques de la
Provence; et, sous l'an 1208, il fait plusieurs mentions des hérétiques
_albigeois_ à l'occasion de la mort du légat Pierre de Castelnau et de
la croisade qui fut publiée en conséquence; c'est ainsi que Guillaume de
Nangis, dans sa chronique, appelle _Bulgares_ en 1207 ceux qu'il nomme
_Albigeois_ en 1208. _Anno_ 1207, dit cet auteur, _Bulgarorum hæresis
invaluerat in terra comitis Tolosani et principum vicinorum_, etc.
_Anno_ 1208, _Guillelmus Bituricensis archiepiscopus parans iter contra
Albigenses, in Christo dormivit_. Il résulte de ce que nous venons
d'établir, que le nom d'_Albigeois_, pour signifier les hérétiques de la
province, n'ayant été en usage que depuis l'an 1208, le sentiment de M.
l'abbé Fleuri, qui prétend que ce nom leur a été donné au milieu du
douzième siècle, à cause du grand nombre d'hérétiques que saint Bernard
trouva à Albi et aux environs, ne saurait se soutenir; on doit en dire
de même de Basnage, qui leur donne ce nom dès l'an 1179.
«Mais, dira-t-on, il sera du moins vrai que, lorsque le nom d'Albigeois
fut donné aux hérétiques au commencement du treizième siècle, ce fut la
ville d'Albi et le reste du diocèse qui y donnèrent occasion, comme il
est marqué expressément dans Mathieu Paris, auteur anglais qui vivait
vers le milieu du même siècle. _Circa dies istos_, dit cet auteur sous
l'an 1213, _hæreticorum pravitas qui Albigenses appellantur, in
Wasconia, Aquitania et Albigesio, in partibus Tolosanis et Arragonum
regno adeo, invaluit, ut jam non in occulto, sicut alibi, nequitiam suam
exercerent; sed errorem suum publice proponentes, ad consensum suum
simplices attraherent et infirmos. Dicuntur autem Albigenses, ab Alba
civitate, ubi error ille dicitur sumpsisse exordium._ Il est bien
certain que les hérétiques albigeois, qui n'étaient pas différent des
Manichéens, des Henriciens, des Pétrobusiens, des Bons-Hommes, etc., ne
prirent pas leur origine dans la ville d'Albi, et qu'ils avaient infecté
diverses provinces du royaume de leurs erreurs avant que de pénétrer
dans l'Albigeois. En effet, s'ils avaient pris leur origine à Albi, on
leur aurait donné le nom d'Albigeois dans le douzième siècle, durant
lequel ils firent tant de ravages en France et dans les pays voisins; il
faut donc avoir recours à une autre raison pour trouver l'étymologie de
leur nom.»
III. «En 1208, lorsque ce nom fut mis en usage, les hérétiques, qu'on
appelait auparavant Manichéens, Bulgares, Ariens, Poblicains, Patarins,
Cathares, Vaudois, _Sabbattati_ ou _Insabbattati_, avaient, à la vérité,
fait de grands progrès dans le diocèse d'Albi, mais beaucoup moins que
dans ceux de Toulouse, Béziers, Carcassonne, Narbonne, etc. Aussi le
fort de la croisade tomba-t-il sur ces derniers diocèses, où les
hérétiques firent beaucoup plus de résistance que dans l'Albigeois, pays
qui se soumit volontairement presque tout entier à Simon de Montfort en
1209. Nous inférons de là que les étrangers qui, suivant Pierre de
Vaulx-Cernay, donnèrent alors le nom général d'_Albigeois_ à tous les
hérétiques de la province, soit Manichéens ou Ariens, soit Vaudois,
etc., le firent, ou parce que ces sectaires avaient été condamnés
long-temps auparavant au concile tenu à Lombers en Albigeois, ou à cause
qu'on comprenait alors sous le nom général de pays d'Albigeois une
grande partie de la province, entre autres les diocèses de Béziers et de
Carcassonne, et le Lauraguais qui étaient, avec l'Albigeois, sous la
domination du vicomte Raymond-Roger, et qui étaient également infectés
par les hérétiques: cette dernière raison nous paraît la plus
vraisemblable.
«On peut l'appuyer en effet sur divers monumens qui donnent à tous ces
pays le nom de _parties d'Albigeois_. 1º. Guillaume-le-Breton, auteur
contemporain, parlant, sous l'an 1208, de la croisade entreprise cette
année contre les hérétiques de la province, s'exprime en ces termes:
_Proceres regni Franciæ terram provincialem et albigensem visitarunt._
Or l'armée des Croisés fit alors ses principales expéditions dans les
diocèses de Béziers et de Carcassonne, et elle se sépara après la prise
de cette dernière ville. 2º. L'Albigeois, proprement dit, ne comprenait
alors que le seul diocèse d'Albi: or Pierre de Vaulx-Cernay, auteur
contemporain, parle d'une députation faite en 1213, par Simon de
Montfort et _les évêques de la terre d'Albigeois_, au roi d'Arragon;
preuve certaine qu'au commencement du treizième siècle on comprenait
sous le nom d'_Albigeois_ une grande partie de la province. 3º. Gui,
comte de Clermont en Auvergne, dans une donation qu'il fit le 26 d'avril
de l'an 1209, en faveur de Pétronille sa femme, déclara qu'il voulait
aller dans les pays d'Albigeois: _Volens ire versus partes Albigenses_;
et dans son testament qu'il fit vers le même temps, il marque en général
qu'il était sur le point de partir contre les hérétiques: _Cum jam esset
profuturus contra hæreticos._ Or nous avons déjà remarqué qu'en 1209
l'armée des Croisés borna ses expéditions aux diocèses de Béziers et de
Carcassonne, où était le fort de l'hérésie; il faut donc qu'on comprît
alors ces deux diocèses avec l'Albigeois propre, sous le nom général de
_parties d'Albigeois_, soit à cause qu'ils étaient sous une même
domination, soit parce que l'Albigeois propre, qui faisait partie de
l'Aquitaine, était plus étendu que chacun de ces diocèses, qui
d'ailleurs n'avaient pas de dénomination particulière de pays, comme
l'Albigeois. Ainsi ces étrangers auront cru devoir donner ce nom aux
autres pays voisins où régnait l'hérésie. 4º. Nous voyons que le comté
de Toulouse même était compris, en 1224, sous le nom général de _pays
d'Albigeois_, comme il paraît par la cession qu'Amaury de Montfort fit
au mois de février de cette année, au roi Louis VIII, de ses droits sur
le comté de Toulouse et les autres pays d'Albigeois: _Super comitatu
Tolosano et alia terræ Albigesii._ 5º. On trouve une preuve bien claire
qu'on comprenait alors la plus grande partie de la province et des pays
voisins sous le nom de pays d'Albigeois, dans les demandes que le roi
Louis VIII fit la même année au pape Honoré III, car ce prince pria le
pape d'agir auprès de l'empereur, afin que ses terres voisines _de
l'Albigeois_ ne fissent aucun obstacle à l'expédition qu'il méditait
d'entreprendre contre le comte de Toulouse: _Item petit quod D. papa
procuret erga imperatorem, quod terræ suæ vicinæ Albigesio, non noceant
regi in hoc negotio._ Or l'empereur n'étendait sa domination que
jusqu'au bord oriental du Rhône. 6º. Enfin pour omettre un grand nombre
d'autres preuves, Henri de Virziles, Nicolas de Châlons et Pierre de
Voisins, que le roi envoya pour ses commissaires, en 1259, dans les deux
sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne pour restituer les biens
mal acquis au domaine, sont qualifiés _inquisitores in partibus
Albigensibus_, dans une requête que Pons, évêque de Béziers, leur
présenta en 1262, et ils prennent eux-mêmes le titre d'_Inquisitores
deputati ab illusttrissimo rege Francorum, super injuriis et emendis
ipsius D. regis in partibus Albigensibus_.»
«Il s'ensuit de là que les différens hérétiques qui, sous divers noms,
avaient infecté la province de Languedoc et les pays voisins durant tout
le douzième siècle, furent appelés, à la vérité, au commencement du
siècle suivant, du nom général d'Albigeois, de la ville d'Albi et du
pays d'Albigeois proprement dit; mais non pas à cause qu'ils y étaient
en plus grand nombre que dans les diocèses voisins, ou parce qu'ils
avaient pris leur origine dans cette ville.»
IV. «On pourrait objecter contre notre système le témoignage de
Geoffroi, prieur de Vigeois, auteur décédé avant la fin du douzième
siècle qui, parlant sous l'an 1181 de la mission que Henri,
cardinal-évêque d'Albano, entreprit alors dans le Toulousain et
l'Albigeois, dit que ce légat marcha à la tête d'une grande armée contre
les hérétiques albigeois; _contra hæreticos Albigenses_. On appelait
donc dès lors _Albigeois_ les hérétiques de la province. Mais, 1º. il
faudrait vérifier d'abord dans les manuscrits de la chronique de
Geoffroi, si le nom d'_hérétiques albigeois_ s'y trouve en effet, car on
sait assez que le père Labbe qui l'a donnée a inséré de lui-même divers
mots dans le texte sans en avertir, au lieu de les renvoyer à la marge
ou de les faire imprimer en italiques; en sorte qu'il est très-aisé de
s'y tromper et de prendre les additions pour le texte même. 2º. Quand
les mots d'_hérétiques albigeois_ se trouveraient dans les manuscrits de
cette chronique, cela ne déciderait pas qu'on donnait alors le nom
général d'_Albigeois_ à tous les hérétiques de la province, comme on fit
dans la suite; cela prouverait seulement que les hérétiques du diocèse
d'Albi furent l'objet de la mission ou de l'expédition du cardinal
Henri, évêque d'Albano, comme ils le furent en effet. C'est ainsi que
Pierre de Vaulx-Cernay appelle _hérétiques toulousains_ ceux qui étaient
dans cette ville en 1209 et aux environs, et que Robert, abbé du
Mont-Saint-Michel, dans sa chronique, donne le nom d'_Agénois_ aux mêmes
hérétiques qui s'étaient rassemblés en 1178 aux environs de Toulouse:
_Hæretici quos Agenenses vocant, convenerunt circa Tolosam, male
sentientes de sacramento altaris,_ etc. Ainsi les hérétiques qu'on
nommait plus communément Cathares, Poblicains, Ariens, Bulgares,
Bons-Hommes, etc., dans le douzième siècle, furent nommés quelquefois
alors, par un nom particulier, Toulousains, Albigeois, Agénois, etc., du
nom des pays particuliers qu'ils habitaient jusqu'à la fin du même
siècle, ou au commencement du suivant, qu'on les nomma par une
dénomination générale, _hérétiques provençaux_ ou de _Provence_, à cause
que les provinces méridionales du royaume qu'ils avaient infectées de
leurs erreurs faisaient partie de la Provence prise en général, laquelle
comprenait tout le pays où on parlait la langue provençale ou romaine;
de même que la France qui était l'autre partie du royaume renfermait
toutes les provinces où on parlait français. Les peuples qui se
croisèrent en 1208 contre les hérétiques leur donnèrent alors le nom
d'Albigeois, à cause qu'ils combattirent d'abord contre ceux de ces
sectaires qui étaient établis dans les diocèses de Béziers, Carcassonne
et Albi, ou dans les domaines de Raimond Roger, vicomte d'Albi, de
Béziers, de Carcassonne et de Rasez, pays qu'ils comprenaient sous le
nom général de _parties d'Albigeois_, parce que l'Albigeois proprement
dit était le plus étendu des pays soumis à là domination de ce vicomte,
et le plus connu sous une domination générale; en sorte que le nom
d'Albigeois, qui fut d'abord particulier aux hérétiques qui habitaient
dans les domaines du même vicomte, fut donné bientôt après généralement,
par les étrangers, à tous ceux qui étaient dans les États de Raimond VI,
comte de Toulouse, dans le reste de la province et dans les pays
voisins.»