--«Je suis d'Asti.»
--«Moi de Casale.»
Ils étaient voisins. Ils se mirent à causer.
Ils dirent les longues choses banales que répètent sans cesse les gens
du peuple et qui suffisent à leur esprit lent et sans horizon. Ils
parlèrent du pays. Ils avaient des connaissances communes. Ils citèrent
des noms, devenant amis à mesure qu'ils découvraient une nouvelle
personne qu'ils avaient vue tous les deux. Les mots rapides, pressés,
sortaient de leurs bouches avec leurs terminaisons sonores et leur
chanson italienne. Puis ils s'informèrent d'eux-mêmes.
Elle était mariée; elle avait déjà trois enfants laissés en garde à sa
sœur, car elle avait trouvé une place de nourrice, une bonne place chez
une dame française, à Marseille.
Lui, il cherchait du travail. On lui avait dit qu'il en trouverait
aussi par là, car on bâtissait beaucoup.
Puis ils se turent.
La chaleur devenait terrible, tombant en pluie sur le toit des wagons.
Un nuage de poussière voltigeait derrière le train, pénétrait dedans;
et les parfums des orangers et des roses prenaient une saveur plus
intense, semblaient s'épaissir, s'alourdir.
Les deux voyageurs s'endormirent de nouveau.
Ils rouvrirent les yeux presque en même temps. Le soleil s'abaissait
vers la mer, illuminant sa nappe bleue d'une averse de clarté. L'air,
plus frais, paraissait plus léger.
La nourrice haletait, le corsage ouvert, les joues molles, les yeux
ternes; et elle dit, d'une voix accablée:
--«Je n'ai pas donné le sein depuis hier; me voilà étourdie comme si
j'allais m'évanouir.»
Il ne répondit pas, ne sachant que dire. Elle reprit: «Quand on a du
lait comme moi, il faut donner le sein trois fois par jour, sans ça
on se trouve gênée. C'est comme un poids que j'aurais sur le cœur; un
poids qui m'empêche de respirer et qui me casse les membres. C'est
malheureux d'avoir du lait tant que ça.»