--Un peu mieux, mon garçon, je te remercie.
Et quand le blessé s'éveillait, la nuit, il voyait souvent son gardien
qui pleurait dans son fauteuil et s'essuyait les yeux en silence.
Jamais l'ancien pharmacien n'avait été si bien soigné, si dorloté, si
câliné. Il s'était dit tout d'abord:
--Dès que je serai guéri, je me débarrasserai de ce garnement.
Il entrait maintenant en convalescence et remettait de jour en jour
le moment de se séparer de son meurtrier. Il songeait que personne
n'aurait pour lui autant d'égards et d'attentions, qu'il tenait ce
garçon par la peur; et il le prévint qu'il avait déposé chez un notaire
un testament le dénonçant à la justice s'il arrivait quelque accident
nouveau.
Cette précaution lui paraissait le garantir dans l'avenir de tout
nouvel attentat; et il se demandait alors s'il ne serait même pas
plus prudent de conserver près de lui cet homme, pour le surveiller
attentivement.
Comme autrefois, quand il hésitait à acquérir quelque pharmacie plus
importante, il ne se pouvait décider à prendre une résolution.
--Il sera toujours temps, se disait-il.
Denis continuait à se montrer un incomparable serviteur. M. Marambot
était guéri. Il le garda.
Or, un matin, comme il achevait de déjeuner, il entendit tout à coup
un grand bruit dans la cuisine. Il y courut. Denis se débattait, saisi
par deux gendarmes. Le brigadier prenait gravement des notes sur son
carnet.
Dès qu'il aperçut son maître, le domestique se mit à sangloter, criant:
--Vous m'avez dénoncé, monsieur; ce n'est pas bien, après ce que
vous m'aviez promis. Vous manquez à votre parole d'honneur, monsieur
Marambot; ce n'est pas bien, ce n'est pas bien!...