Mme Torchebeuf, au courant de toutes les choses du bureau, répondit:
«Oui, une orpheline beaucoup trop jeune, qui l'a trompé avec un mauvais
sujet et qui a fini par s'enfuir avec lui.» Puis la grosse dame ajouta:
«Je dis que c'était un mauvais sujet, je n'en sais rien. On prétend
qu'ils s'aimaient beaucoup. Dans tous les cas, le père Savon n'est
point séduisant.»
Mme Lesable reprit gravement: «Cela n'excuse rien. Le pauvre homme
est bien à plaindre. Notre voisin d'à côté, M. Barbou, est dans le
même cas. Sa femme s'est éprise d'une sorte de peintre qui passait les
étés ici et elle est partie avec lui à l'étranger. Je ne comprends
pas qu'une femme tombe jusque-là. A mon avis, il devrait y avoir un
châtiment spécial pour de pareilles misérables qui apportent la honte
dans une famille.»
Au bout de l'allée, la nourrice apparut, portant Désirée dans ses
dentelles. L'enfant venait vers les deux dames, toute rose dans la nuée
d'or rouge du soir. Elle regardait le ciel de feu de ce même œil pâle,
étonné et vague qu'elle promenait sur les visages.
Tous les hommes, qui causaient plus loin, se rapprochèrent; et
Cachelin, saisissant sa petite-fille, l'éleva au bout de ses bras comme
s'il eût voulu la porter dans le firmament. Elle se profilait sur le
fond brillant de l'horizon avec sa longue robe blanche qui tombait
jusqu'à terre.
Et le grand-père s'écria: «Voilà ce qu'il y a de meilleur au monde,
n'est-ce pas, père Savon?»
Et le vieux ne répondit pas, n'ayant rien à dire, ou, peut-être,
pensant trop de choses.
Un domestique ouvrit la porte du perron, en annonçant: «Madame est
servie!»