Marguerite était assise dans le salon plein de roses et de muguets, et
refusait de partir. Sa mère la conjurait.
--Mon enfant, pense à ce qu’il souffre, à ce qu’il a montré de bonté,
reviens. Maintenant tu ne peux plus être utile à rien.
Une lassitude profonde, un découragement désolé étaient au cœur de la
jeune femme. La vie lui était apparue si peu de chose, si irréelle, si
éphémère! Entre l’instant où dans un baiser elle avait retrouvé le goût
du bonheur, et celui où les lèvres qui s’étaient attachées aux siennes
étaient devenues froides, il y avait eu quelques heures seulement!
Qu’était la vie? Quelques heures aussi, et pourquoi fallait-il tant
lutter?
Elle écoutait sa mère, non insensible, mais incapable d’agir, n’ayant
qu’un besoin, celui d’être laissée seule; elle fermait les yeux et se
refusait à répondre.
Madame Mustel était désespérée.
Discrètement on frappa à la porte. Marguerite n’y fit aucune attention,
mais madame Mustel alla ouvrir elle-même. Justin l’attira au dehors et
lui murmura:
--Que dois-je faire, madame? madame Varèze est là.
Dans son étonnement, madame Mustel répéta un peu haut:
--Madame Varèze?
Marguerite entendit et se leva.
--Faites entrer, dit-elle; faites-la entrer ici.
--Tu veux la voir? demanda madame Mustel stupéfaite.
--Oui, oui.
Madame Varèze parut, pâle et les yeux cernés. Marguerite,
impétueusement, alla à sa rencontre, et en silence elles s’étreignirent.
Puis toutes deux se mirent à pleurer.
--Comment avez-vous su?... interrogea Marguerite, les yeux brillants.
--Il m’a écrit pour me remercier... le soir où vous êtes venue; on m’a
porté la lettre ce matin... avec la nouvelle... Il en avait donné
l’ordre, paraît-il.
Alors Marguerite cria sa douleur; elle jeta d’une voix déchirée les
phrases, toujours les mêmes et toujours vraies, qui disent le désespoir
de l’adieu éternel.
Madame Varèze l’écoutait, et quand, épuisée, Marguerite se tut, dit
doucement:
--Voulez-vous rentrer avec moi?
--Chez vous?
--Oui, si vous le voulez, pendant un jour ou deux peut-être.
--Marguerite, ton mari? intervint madame Mustel.
--J’irai avec madame Varèze puisqu’elle le veut bien... je ne peux pas
le rencontrer encore... c’est impossible.
--Oui, venez, dit madame Varèze, nous vous aimerons bien, Marguerite.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Et il fut fait ainsi. Après une prière au pied du lit, où dormait
Albert, les deux femmes, chacune avec sa blessure au cœur, s’en allèrent
ensemble.
La vie recommençait. Un peu de temps, et la mère prendra le dessus de
l’amante: l’enfant rappellera celle qui lui a donné la vie.
Et l’enfant, sans doute, la rendra au père. Celui qui a su pardonner
saura se faire aimer.
Mai 1902.