Il y a un vide dans la maison.
Il y a des moments où l’on ne s’en aperçoit pas. Rien n’a l’air changé.
Il semble que tout marche comme d’habitude. Trott s’amuse. Trott se
promène. Trott a ses leçons comme toujours. Et, tout à coup, on ne sait
pas pourquoi, voilà que quelque chose vient vous traverser comme une
espèce de douleur sourde ou très aiguë. Ça fait très mal.
L’autre jour, Trott a été chez le dentiste. Il paraît qu’il y avait une
vilaine paresseuse de dent qui aurait dû s’en aller depuis longtemps et
qui s’obstinait à garder la place où la jolie dent neuve aurait dû
s’installer. On l’a enlevée. Cela a été terrible. Mais ça n’a duré qu’un
instant. Seulement, après, on se sentait la bouche toute drôle. Sans
doute quelquefois on n’y faisait pas attention, on oubliait, et on
s’amusait comme avant. Mais, d’habitude, il y avait une espèce de gêne
douloureuse qui vous mettait tout à fait mal à votre aise, et tout à
coup, si quelque chose venait à toucher la pauvre gencive endolorie,
alors c’était une douleur lancinante qui vous donnait envie de crier et
vous remplissait les yeux de larmes.
C’est tout à fait comme ça depuis que papa est parti. Et pourtant voilà
déjà trois jours qu’il n’est plus là. Est-ce que ce sera la même chose
pendant deux ans et plus? Maman est allée l’accompagner jusqu’à Toulon.
Elle est revenue hier.
Oh! la pauvre maman de Trott! Quelle figure elle avait quand elle est
revenue! Trott n’est pas très grand physionomiste: mais pourtant on
voyait trop bien qu’elle n’avait envie que d’une seule chose, qui était
de pleurer de toutes ses forces, de pleurer jusqu’à ce qu’elle
s’endormît de fatigue et de chagrin. Trott avait tant de peine! Il
aurait tant voulu lui dire: «Pleure, ma pauvre petite maman, pleure tant
que tu peux. Ne parle pas. Ça te fera du bien.» Mais on ne peut pas dire
ces choses-là. Et maman ne voulait pas pleurer. Elle s’est occupée de
beaucoup de choses, a parlé, a fait des rangements. Sans doute elle
avait promis au papa de Trott d’avoir du courage. Elle a réglé le
ménage, fait ses comptes, tout comme d’habitude. Elle a joué avec Mlle
Lucette; elle lui a appris un jeu nouveau qui l’amuse beaucoup: on cache
sa balle dans une cachette pas très difficile, et il faut qu’elle la
retrouve; c’est, chaque fois, une explosion de joie. Elle a fait répéter
sa fable à Trott, lui a permis de jouer avec ses beaux soldats neufs et
a eu l’air de s’intéresser à ses jeux. Mais ce n’est pas ça que Trott
aurait voulu. Il aurait aimé savoir comment son pauvre papa s’était
embarqué, ce qui était arrivé au dernier moment, si peut-être il avait
encore parlé de son petit garçon, qui sait? s’il lui faisait dire encore
quelque chose. Mais tout cela, naturellement, Trott n’ose pas en
souffler mot. Peut-être que plus tard, en attendant un peu... Quand on
s’est coupé, tant que ça saigne, il ne faut pas y toucher...
Mais, probablement, la maman de Trott a vu son petit garçon distrait au
milieu de ses soldats de plomb; elle a remarqué son air songeur et ses
regards qui n’osaient pas interroger; elle a compris ce qui se passait
en lui. Aussi, le soir, après dîner, avant que Trott aille se coucher,
quand ils étaient assis au coin du feu (comme l’autre soir, mais, hélas!
un de moins), elle dans un grand fauteuil et Trott dans sa petite
chaise, elle a dit tout à coup:
--Mon petit Trott, viens ici.
Elle lui ouvrait les bras et lui faisait signe de grimper sur ses genoux
comme quand il était tout petit. Alors Trott s’est précipité; il s’est
blotti en boule dans le doux nid qu’on lui offrait, et il s’est mis à
écouter de toutes ses forces, devinant un peu ce qu’il allait
entendre...
Et maman s’est mise à raconter. Elle racontait d’une voix toute basse,
toute douce, pas triste,--non, vraiment, on ne pouvait pas dire,--mais
drôle, un peu comme si elle répétait une leçon très difficile qu’elle ne
savait pas encore tout à fait bien. De temps en temps, elle s’arrêtait
pour déposer un baiser sur le front de son petit garçon; un peu,
peut-être aussi, parce que la voix lui manquait. Elle racontait le
voyage jusqu’à Toulon, la sortie du train dans la gare bruyante,
l’arrivée sur le quai, d’où l’on voyait tous les gros bateaux qui se
balançaient. Elle décrivait le vaisseau de papa, avec ses deux énormes
cheminées, et ses canons dans une sorte de tour.
--De gros canons? interrogeait Trott.
De très gros canons. Et puis c’était le capitaine du vaisseau qu’elle
avait vu, un beau monsieur, déjà un peu vieux, avec encore plus d’or que
papa sur ses habits. Et puis elle avait visité la cabine de papa. Une
toute, toute petite chambre, où il y avait à peine la place de se
retourner.
--Et puis? interrogeait Trott.
Et puis, c’était encore ceci et c’était cela. Elle avait parcouru tout
le bateau. Il avait l’air très solide. Tout était luisant de propreté.
Il y avait des quantités de marins avec des cols éclatants et des
soldats. C’était une vraie ville.
--Et puis?
Eh bien,--maman donnait à Trott deux ou trois baisers coup sur coup,--eh
bien, après, n’est-ce pas? il avait bien fallu se dire adieu.--Encore un
baiser.--Papa avait raccompagné maman sur le pont jusqu’au petit
escalier par où l’on descend. Il lui avait dit encore beaucoup de choses
tendres pour ses petits enfants, entre autres de les embrasser très fort
pour lui; il y avait pour Trott un message particulier: qu’il se
souvienne bien de sa promesse. Trott est tout ému. Quoi, papa a encore
pu penser à lui au dernier moment?...
--Et puis?
Et puis, maman avait quitté le bateau; papa n’avait pas pu la reconduire
jusqu’à terre, parce qu’elle était restée à bord aussi longtemps que
c’était permis et même un peu plus. Alors elle était descendue toute
seule dans une petite barque qui l’attendait et qui, en quelques coups
de rame, l’avait ramenée à terre, où était sa voiture. Avant d’y monter,
elle s’était retournée encore une fois pour voir un mouchoir blanc qui
s’agitait. Elle aurait voulu rester jusqu’à ce que le bateau fût parti.
Mais papa l’avait défendu. Alors elle a sauté dans la voiture, et très
vite, toute seule, elle est partie, elle a pris le train, et elle est
venue retrouver ses petits enfants.
Maman se tait. Trott n’ose pas la regarder. Sans doute elle pleure, et
elle ne doit pas aimer qu’on la voie pleurer. Trott demeure donc pensif
à fixer le feu où serpentent des petites flammes jaunes et rouges. Et
puis il se dit que si sa maman a trop de chagrin, c’est l’instant ou
jamais d’essayer de la consoler, puisqu’il a promis d’être un brave
petit homme. Alors il lève les yeux. Maman avait les paupières baissées;
on aurait dit qu’elle voyait en dedans des tas de choses qui passaient.
Mais, dès qu’elle a senti le regard de son petit garçon, elle l’a
regardé aussi et s’est mise à sourire. Oh! le lamentable, le désolant
sourire! A le voir, Trott a eu une terrible envie de fondre en larmes.
Mais il doit être un brave petit homme. Il l’a promis. Alors il renfonce
toute cette eau qui aurait voulu sortir, et il se contente d’embrasser
sa maman en lui disant:
--Je serai bien content quand nous aurons la première lettre de papa.
Maman a laissé reposer sa voix pendant un petit moment, et puis elle
dit:
--Peut-être que demain matin le bateau de ton papa passera en vue de la
côte. Nous irons au premier dans ma chambre, et j’espère qu’avec la
longue-vue nous l’apercevrons.
Cette perspective est d’une joie un peu triste. Ce sera bien loin, ce
bateau. Pourtant Trott se réjouit un peu. C’est tout de même quelque
chose, quelque chose d’inattendu. Ce sera comme un dernier adieu.
Trott va se coucher. Et toute la nuit il a des rêves agités et bizarres:
de grands bateaux aux voiles blanches s’enfuient dans les lointains avec
des vitesses fantastiques; et l’on voit vaguement des hommes qui agitent
leurs mouchoirs et disparaissent...
Au matin, à peine debout, Trott se précipite chez sa maman. Il dit très
vite bonjour et interroge du regard... Il est encore trop tôt.
--Le bateau ne sera en vue qu’à dix ou onze heures. J’ai encore une ou
deux lettres à écrire, elles sont très pressées. Je t’appellerai dès
qu’il sera là. En attendant, puisque c’est jeudi, tu pourras aller
t’amuser avec Lucette.
Trott aurait mieux aimé rester auprès de sa maman et guetter avec elle
cet instant solennel où le bateau passera. Il a un petit soupçon, que
peut-être ces lettres à écrire sont un prétexte pour le renvoyer. Mais
il ne faut pas insister. Ça pourrait faire de la peine à maman. Avant
tout, il s’agit d’être bien sage et de faire ce qu’on doit. Donc, il ira
s’acquitter de la tâche qu’on vient de lui confier. Heureusement, ce
n’est pas très difficile.
Mlle Lucette sait que sa personne est la raison d’être du tout; toute la
création n’a pour but que de subvenir à ses besoins et à ses caprices;
sans doute elle ne le conçoit pas nettement, mais l’idée qu’en dehors
d’elle quelque chose pourrait avoir une existence propre lui semblerait
monstrueuse si elle pouvait arriver à la concevoir. Elle supporte bien
malaisément que, dans une chambre où elle se trouve, un quelconque des
esclaves qui l’entourent se livre à une occupation qui ne lui soit pas
directement profitable. Elle considère un acte de ce genre comme une
usurpation manifeste, comme un empiétement sur ses droits propres, qui
sont la règle première de toute action. Quand nounou essaye de coudre ou
maman d’écrire dans le local qu’elle honore de sa présence, cela va très
bien tant qu’elle ne remarque pas que leur attention n’est pas absorbée
par sa propre personne. Mais, du moment où elle s’aperçoit que ces êtres
secondaires osent aspirer à une activité subjective et étrangère à son
utilité personnelle, elle se voue immédiatement à la tâche de leur
démontrer l’inanité de leurs prétentions. Violences physiques, menaces,
accès de rage, imprécations, sourires, gémissements, amabilités, elle
n’épargne rien pour arriver à ses fins. Il est inutile d’ajouter qu’elle
y arrive toujours, et que nounou domptée et maman exténuée, abandonnant
bientôt la couture ou la lettre commencée, rendent les armes à leur
vainqueur.
Mais, si Mlle Lucette supporte difficilement d’être négligée, il faut
reconnaître que, du moment que l’on s’est dévoué à son service, elle
s’accommode assez volontiers, à part les heures de caprices, des
divertissements qu’on veut bien lui offrir. Elle n’est pas de ces blasés
qui affectent d’avoir tout épuisé et qui dédaigneraient la lune si on la
leur apportait sur un plateau, en disant: «Connu. J’ai déjà vu ça planté
là-haut dans le ciel.»
Mlle Lucette porte un intérêt exubérant à une multitude de choses. La
nature lui semble pleine des phénomènes les plus captivants. Elle
possède au plus haut point le talent, si par là il faut entendre avec
Tolstoï la faculté de voir toute chose sous un angle original, différent
de celui du vulgaire. Un morceau de papier, offert d’une manière
convenable, peut être pour elle une source de jouissances indicibles.
Pourvu qu’on lui dise «Coucou» et «La voilà», elle ira bien se cacher
une cinquantaine de fois derrière une chaise et puis reviendra se jeter
dans les bras de son interlocuteur. Également, elle consentira, pourvu
qu’on l’encourage de temps en temps, à frotter indéfiniment un meuble
avec un chiffon comme elle a vu faire à nounou--beaucoup moins
longuement. Le monde, les êtres et les choses sont pleins de ressources
et d’amusements. Mais, pour les goûter, Mlle Lucette a besoin d’une
approbation extérieure qui stimule son activité. Une aide même légère
lui est suffisante. Mais elle est nécessaire.
Trott n’éprouve donc pas de difficulté à remplir sa tâche. Il y réussit
même si bien que nounou peut se livrer paisiblement à de délicats
travaux d’art sur un bas troué. Il commence par informer Mlle Lucette
que tout à l’heure le bateau de papa va passer. Mlle Lucette court à la
fenêtre, tape contre les carreaux et puis s’en retourne avec des
pépiements d’allégresse; elle répète plusieurs fois cette manœuvre sans
se lasser. De son côté, Trott, assis sur le parquet, essaye avec un bout
de crayon de dessiner le portrait dudit bateau. On ne peut pas dire que
ce soit excessivement ressemblant. Les mâts sont un peu de travers, et
il semble que le bateau lui-même ait une drôle de forme. Pourtant il y a
certainement quelque chose. Peut-être que Trott pourra demander à sa
maman de l’expédier par le prochain courrier à son papa. Cependant Mlle
Lucette en a assez de courir à la fenêtre, et elle prétend s’emparer du
crayon de Trott et de son papier. Trott est un peu humilié du peu de cas
qu’elle fait de son œuvre. Mais, après tout, il se rend compte qu’elle
laisse à désirer, et généreusement il lui en fait l’abandon. Mlle
Lucette se met à gribouiller quelques secondes avec le crayon. Elle se
dispose ensuite à l’avaler, mais Trott s’y oppose; mécontente, elle
essaye de se rattraper sur le papier; Trott le confisque également. Elle
va se fâcher... Mais non, Trott a fait du papier une grosse boule et la
lui jette sur le nez. L’extrême originalité et la drôlerie incomparable
de cette action la charment. Elle se baisse pour ramasser le papier et
le lance en l’air. Puis Trott le reprend et le jette encore. Et ensuite
c’est de nouveau son tour. On ne peut rien imaginer de plus amusant que
ce jeu-là. Ce sont des petits cris et des éclats de rire sans fin.
Nounou s’amuse un peu moins, car de temps en temps elle reçoit la boule
sur le nez ou Lucette dans les jambes. Pourtant sa reprise avance...
Tout à coup, dans la chambre à côté, on entend la voix de maman. Elle
appelle:
--Trott! tu peux venir.
Trott tressaille comme s’il avait été pris en faute. Comment est-il
possible, quand on a tant de chagrin au fond du cœur, qu’on puisse
l’oublier comme ça, tout à fait, pendant si longtemps?
Il se sent indigné contre lui-même. Laissant en place Mlle Lucette
stupéfaite, il se précipite...
Maman est assise sur le fauteuil rose devant la fenêtre. Elle regarde à
travers une longue-vue vers la grande mer qui s’étale. Elle dit:
--Vois-tu cette fumée, là-bas?
Trott parcourt l’horizon. D’abord il ne voit rien. Un ciel bleu radieux
rayonne sur une mer bleue pailletée. C’est bon que le temps soit si
splendide. Ç’aurait été terrible si le bateau avait passé au milieu
d’une tempête. Mais où est-il, ce bateau? Il y a bien une voile
blanche... Ce n’est pas cela...
Ah! oui! Trott distingue quelque chose là-bas, très loin. Il y a une
toute petite colonne de fumée pâle qui monte à l’horizon et qui
s’incline. A peine si on l’aperçoit. Dessous, sur la mer, c’est tout au
plus si on devine un petit point noir. Comme c’est petit!
--Vous êtes bien sûre, maman, que c’est le bateau de papa?
Maman est sûre. Avec sa longue-vue elle distingue la lourde stature du
cuirassé. Elle reconnaît les mâts, les tourelles, les cheminées. Elle
donne la longue-vue à Trott. Il essaye de regarder, mais il ne voit rien
que des espèces de ronds brillants qui dansent. Il voudrait bien dire
qu’il distingue quelque chose; mais vraiment il ne peut pas. Il déclare:
--J’attendrai que le bateau soit plus près.
Hélas! il paraît qu’il n’approchera plus beaucoup.
--Alors, maman, vous me direz tout ce que vous verrez.
Hélas! maman ne verra guère plus que ce qu’elle a déjà vu, ce que Trott
lui-même devine vaguement: une colonne de fumée au-dessus d’une petite
tache noire où se dressent çà et là quelques brindilles. C’est tout.
C’est bien peu. Trott savait qu’il ne pourrait pas voir grand’chose;
que, bien entendu, il n’apercevrait pas son papa; que le bateau
passerait beaucoup trop loin. Mais enfin il espérait pourtant que
peut-être par hasard, qui sait? il y aurait une surprise. Ça ne vous dit
pas grand’chose, cette toute petite machine qu’on aperçoit tout là-bas.
Il contemple mélancoliquement le petit point qui tache à peine la mer
immense, la petite fumée qui estompe à peine le ciel infini. On dirait
que ça diminue déjà...
Maman dit d’une voix pâle:
--Il s’éloigne.
Ses yeux vissés à la lorgnette, penchée en avant, elle demeure immobile
à lorgner désespérément. C’était encore quelque chose de l’absent, ce
petit point noir de l’espace. On ne le voyait pas, c’est vrai. Mais on
savait qu’il était là. On savait que lui aussi il regardait tant qu’il
pouvait. Si la lunette était meilleure, on aurait pu l’apercevoir.
Malgré la distance déjà si grande, c’était comme un dernier adieu qu’on
pouvait lui jeter. Il n’était pas entièrement perdu sur l’infini des
flots. Après, quand tout aura disparu, il sera tout entier dans
l’inconnu, dans le lointain, dans l’angoissant, et l’on ne saura plus
même sur quelle région des mers immenses les souvenirs tendres et
désespérés doivent aller le chercher...
Trott ne voit plus la tache noire. Il ne voit plus que la petite colonne
de fumée. Tout à l’heure elle disparaîtra derrière le promontoire de la
falaise qui s’avance. Alors ce sera fini. Malgré sa lorgnette, maman
elle-même non plus ne verra plus rien. Et Trott sent une grande angoisse
l’étreindre. Car voici que disparaît tout à fait celui qui est la force
de sa faiblesse, le port de refuge de ses terreurs enfantines, le
rempart contre tous les dangers, contre toutes les craintes, contre
toutes les menaces. Et il se sent si petit, beaucoup trop petit, devant
tout l’inconnu redoutable de la vie qui l’oppresse! Pourtant il a promis
d’être un brave petit homme...
Maman laisse retomber la lorgnette. Il n’y a plus de fumée sur la mer.
Au-dessus du promontoire de la falaise, il y a seulement une espèce de
petit brouillard. C’est fini. Le dernier fil est brisé. Maman pose sa
lorgnette sur la table. Elle se jette en arrière dans son fauteuil, et
cette fois, malgré son courage, deux larmes roulent sur ses joues. Trott
voudrait beaucoup la consoler, mais il ne peut pas; il sent bien que,
s’il essayait de dire quelque chose, lui-même éclaterait en sanglots. Il
prend la main de sa maman et y dépose des petits baisers. Un lourd
silence noir s’appesantit en face du ciel radieux et de la mer
étincelante.