À ce même moment, Höskuld, godi de Hvitanes, s'éveilla. Il se revêtit de
ses habits, et mit sur son dos le manteau, présent de Flosi. Il prit un
panier à grain d'une main, de l'autre une épée; puis il s'en va vers la
haie et se met à semer son grain.
Skarphjedin et les autres étaient convenus entre eux qu'ils
l'attaqueraient tous à la fois.
Skarphjedin s'élança de derrière la haie. Quand Höskuld le vit, il
voulut fuir. Mais Skarphjedin courut après lui, en disant: «Ne crois pas
que tu puisses t'échapper, godi de Hvitanes!» Il le frappe et le touche
à la tête, et Höskuld tombe sur ses genoux. «Que Dieu m'aide et vous
pardonne» dit-il en tombant. Alors ils coururent tous à lui, et le
frappèrent tous.
Après cela, Mörd dit: «Il me vient une idée».--«Laquelle?» dit
Skarphjedin.--«C'est, dit Mörd, de retourner chez moi tout d'abord.
Ensuite j'irai à Grjota, je leur dirai la nouvelle, et que je trouve
cela très mal fait. Je sais que Thorgerd me priera de dénoncer le
meurtre. Et je le ferai; car ce sera le meilleur moyen d'embrouiller
leur affaire. J'enverrai aussi un homme à Vörsabæ pour savoir s'ils se
hâtent de prendre un parti. Il y apprendra la nouvelle et je ferai comme
si je l'avais reçue de lui».--«Fais cela; tu feras bien» dit
Skarphjedin.
Les trois frères retournèrent chez eux, avec Kari. En arrivant, ils
dirent à Njal la nouvelle. «C'est une triste nouvelle que celle-ci, dit
Njal, et fâcheuse à entendre; ce malheur me touche de si près que, je
puis le dire en vérité, j'aimerais mieux avoir perdu deux de mes fils,
et qu'Höskuld fût en vie».--«Il faut t'excuser, dit Skarphjedin, car tu
es vieux, et il était à prévoir que ceci te ferait de la peine».--«Ce
n'est pas seulement, dit Njal, parce que je suis vieux, mais aussi parce
que je sais mieux que vous ce qui s'ensuivra».--«Qu'est-ce qui
s'ensuivra?» dit Skarphjedin.--«Ma mort, dit Njal, celle de ma femme, et
de tous mes fils».--«Que lis-tu dans l'avenir pour moi?» dit Kari.--«Il
leur sera difficile, dit Njal, de s'opposer à ton heureux destin, et tu
seras plus fort qu'eux tous».
Et ce fut la seule chose au monde qui touchât Njal de telle sorte qu'il
ne pouvait en parler sans pleurer.