Peu de temps après, Höskuld et les fils de Njal donnèrent des festins.
Les fils de Njal commencèrent, et invitèrent Höskuld.
Skarphjedin avait un cheval brun, de quatre ans, grand et beau. C'était
un étalon, mais il n'avait pas encore combattu. Skarphjedin en fit don à
Höskuld, avec deux juments. Ils firent tous des présents à Höskuld, et
se promirent bonne amitié.
Un peu plus tard, Höskuld les invita chez lui à Vörsabæ. Il en avait
invité beaucoup d'autres, et il y eut grande foule. Il venait de faire
abattre sa grande salle, mais il avait trois bâtiments extérieurs, et
c'est là que les logements furent préparés. Ceux qu'il avait invités
vinrent tous, et la fête se passa bien. Quand les gens furent sur le
point de partir, Höskuld leur donna de beaux présents, et il fit la
conduite aux fils de Njal. Les fils de Sigfus l'accompagnaient, et toute
la foule des invités. Ils disaient les uns et les autres que jamais
personne ne pourrait se mettre entre eux.
À quelque temps de là, Mörd vint à Vörsabæ et demanda à parler à
Höskuld. Ils s'en allèrent à l'écart, et Mörd dit: «Il y a grande
différence entre toi et les fils de Njal. Tu leur as fait de beaux
présents; mais ceux qu'ils t'ont donnés, c'était pour se moquer de
toi.»--«Qu'est-ce qui te fait penser cela?» dit Höskuld. «Ils t'ont
donné, répondit-il, un cheval qu'ils n'appelaient eux-mêmes qu'un
poulain, et ils l'ont fait par dérision, car ils te tiennent, toi aussi,
pour jeune et sans expérience. Je peux te dire aussi qu'ils t'envient
ton siège de godi. Skarphjedin s'en est emparé au ting, quand tu ne t'es
pas rendu à la convocation du cinquième tribunal; et il entend bien ne
pas le lâcher.»--«Ce n'est pas vrai, dit Höskuld; je l'ai repris à la
session d'automne.»--«C'est que Njal s'en est mêlé, dit Mörd. De plus,
ajouta-t-il, ils ont rompu la paix avec Lyting.»--«Je ne leur en ferai
pas un crime» dit Höskuld.--«Tu ne peux pas nier pourtant, dit Mörd,
qu'un jour où Skarphjedin et toi vous vous en alliez à l'est, vers le
Markarfljot, sa hache est tombée de sa ceinture, et ce jour-là il avait
en tête de te tuer.»--«C'était sa hache à fendre du bois, dit Höskuld;
je l'ai vue quand il l'a mise à sa ceinture. Et je veux te dire tout de
suite, ajouta-t-il, que tu ne me diras jamais si grand mal des fils de
Njal que j'arrive à le croire. Et quand il y aurait quelque chose, quand
tu dirais vrai en me prévenant que j'aurai à les tuer ou à être tué
moi-même, j'aime bien mieux souffrir la mort de leur main que de leur
faire le moindre mal. Mais toi, tu n'en es que plus méchant homme, de
m'avoir dit cela.» Et Mörd s'en retourna chez lui.
Quelque temps après, Mörd va trouver les fils de Njal. Il parle
longuement avec les trois frères, et Kari. «J'ai su, dit-il, qu'Höskuld
godi de Hvitanes avait dit que toi, Skarphjedin, tu avais rompu la paix
avec Lyting. Je suis certain aussi qu'il a cru que tu en voulais à sa
vie le jour où vous alliez à l'est, vers le Markarfljot. Mais il me
semble qu'il n'en voulait pas moins à la tienne, quand il t'a invité à
son festin, et qu'il t'a logé dans le bâtiment le plus éloigné du
domaine. On a apporté du bois toute la nuit devant ce bâtiment, et il
avait résolu de vous brûler. Mais il se trouva que Högni fils de Gunnar
arriva pendant la nuit, et il ne fut plus question de vous attaquer, car
ils avaient peur de lui. Plus tard il t'a fait la conduite avec une
troupe nombreuse. Cette fois encore il voulait t'attaquer, et il avait
mis près de toi pour te tuer Grani fils de Gunnar et Gunnar fils de
Lambi. Mais le coeur leur a manqué, et ils n'ont pas osé».
Quand il eut ainsi parlé, d'abord les autres le contredirent; mais à la
fin pourtant ils le crurent. Et à cause de cela ils entrèrent en
défiance d'Höskuld, et ils ne lui parlaient presque pas quand ils se
rencontraient. Mais Höskuld se tenait à l'écart. Il se passa ainsi
quelque temps.
L'automne suivant, Höskuld s'en alla dans l'est, à Svinafell, où on
l'avait invité. Flosi lui fit bon accueil. Hildigunn était venue aussi,
Flosi dit à Höskuld: «Hildigunn me dit qu'il y a de la froideur entre
toi et les fils de Njal. Ceci me déplaît. Je te propose donc de ne plus
retourner dans le pays de l'ouest. Je t'établirai à Skaptafell; et
j'enverrai mon frère Thorgeir habiter à Vörsabæ».--«Alors on dira,
répondit Höskuld, que j'ai fui, parce que j'avais peur, et je ne veux
pas de cela».--«Il est donc à craindre, dit Flosi, qu'il ne sorte de là
de grands malheurs».--«J'en suis fâché, dit Höskuld, car j'aimerais
mieux rester sans vengeance que d'être cause qu'il arrive mal à
d'autres».
Peu de jours après, Höskuld s'apprêta à retourner chez lui. Flosi lui
fit présent d'un manteau d'écarlate, orné de broderies jusqu'en bas.
Höskuld rentra chez lui à Vörsabæ, et tout fut tranquille pendant
quelque temps.
Höskuld était d'humeur si agréable, que peu de gens étaient ses ennemis.
Mais il y eut pendant tout cet hiver, la même froideur entre lui et les
fils de Njal.
Njal avait pris chez lui, comme son fils d'adoption, le fils de Kari,
nommé Thord. Il avait élevé aussi Thorhal fils d'Asgrim fils
d'Ellidagrim. Thorhal était un vaillant homme, hardi en toutes choses.
Il avait si bien appris la loi chez Njal qu'il était le troisième homme
de loi de toute l'Islande.
Cette année-là, le printemps vint de bonne heure, et les gens se
hâtèrent de semer leur grain.