LXXIX

Skarphjedin dit: «Il nous faut partir cette nuit même; car s'ils

apprennent que je suis ici, ils se tiendront sur leurs gardes.»--«Je

ferai comme tu voudras» dit Högni.

Ils prirent leurs armes quand tous les gens furent au lit. Högni

décroche la hallebarde, et il y a une grande voix qui chante en elle.

Ranveig saute sur ses pieds, en grande colère: «Qui touche à la

hallebarde, dit-elle, quand j'ai défendu que personne en approche?»--«Je

veux l'apporter à mon père, dit Högni, pour qu'il l'ait avec lui dans le

Valhal, et qu'il la montre dans l'assemblée des guerriers.»--«Il faut

d'abord la porter toi-même, dit-elle, et venger ton père; car voici

qu'elle nous annonce la mort d'un homme, ou même de plusieurs.» Après

cela, Högni sortit, et dit à Skarphjedin les paroles de sa grand'mère.

Ils s'en allèrent à Od. Deux corbeaux les suivaient en volant tout le

long du chemin. Quand ils furent à Od, il faisait encore nuit. Ils

chassèrent le bétail vers la maison. Hroald et Tjörvi sortirent, et

repoussèrent les bêtes dans le chemin creux. Ils étaient armés.

Skarphjedin saute sur eux en disant: «Pas n'est besoin de réfléchir;

c'est bien comme il te semble, et il y a des hommes ici.» Et il donne à

Tjörvi le coup de la mort. Hroald avait un épieu à la main. Högni court

à lui. Hroald pointe son épieu contre Högni. Högni fend le manche en

deux avec la hallebarde, et la lui passe au travers du corps. Après quoi

ils laissent là les morts et s'en vont en hâte à Trihyrning.

Skarphjedin monte sur le toit, et se met à arracher l'herbe; et ceux qui

étaient dedans crurent que c'était le bétail. Starkad et Thorgeir

prirent leurs armes et leurs vêtements, et sortirent, faisant le tour de

la palissade. Quand Starkad vit Skarphjedin, il eut peur, et voulut

retourner. Skarphjedin le frappe, et l'étend mort devant la palissade.

Au même moment Högni joint Thorgeir et le tue d'un coup de hallebarde.

Après cela ils s'en vont à Hof.

Mörd était dehors, dans les champs. Il demanda grâce, offrant de payer

l'amende entière. Skarphjedin lui dit la mort des quatre autres. Et il

chanta:

«Nous en avons abattu quatre, quatre guerriers aux riches armures. Tu

les suivras bientôt, ces vaillants. Faisons-lui peur, à ce drôle, et il

sortira, tout tremblant, ses richesses. Nous te forcerons bien,

misérable, à laisser la sentence au fils de Gunnar.»

«Et il t'en arrivera autant, dit Skarphjedin, ou bien tu déféreras le

jugement à Högni, s'il veut bien l'accepter.»--«J'avais résolu, dit

Högni, de ne pas faire d'arrangement avec les meurtriers de mon père».

Et pourtant il finit par accepter de prononcer la sentence.

La Saga de Njal · 第 84 / 164 题