Skarphjedin dit: «Il nous faut partir cette nuit même; car s'ils
apprennent que je suis ici, ils se tiendront sur leurs gardes.»--«Je
ferai comme tu voudras» dit Högni.
Ils prirent leurs armes quand tous les gens furent au lit. Högni
décroche la hallebarde, et il y a une grande voix qui chante en elle.
Ranveig saute sur ses pieds, en grande colère: «Qui touche à la
hallebarde, dit-elle, quand j'ai défendu que personne en approche?»--«Je
veux l'apporter à mon père, dit Högni, pour qu'il l'ait avec lui dans le
Valhal, et qu'il la montre dans l'assemblée des guerriers.»--«Il faut
d'abord la porter toi-même, dit-elle, et venger ton père; car voici
qu'elle nous annonce la mort d'un homme, ou même de plusieurs.» Après
cela, Högni sortit, et dit à Skarphjedin les paroles de sa grand'mère.
Ils s'en allèrent à Od. Deux corbeaux les suivaient en volant tout le
long du chemin. Quand ils furent à Od, il faisait encore nuit. Ils
chassèrent le bétail vers la maison. Hroald et Tjörvi sortirent, et
repoussèrent les bêtes dans le chemin creux. Ils étaient armés.
Skarphjedin saute sur eux en disant: «Pas n'est besoin de réfléchir;
c'est bien comme il te semble, et il y a des hommes ici.» Et il donne à
Tjörvi le coup de la mort. Hroald avait un épieu à la main. Högni court
à lui. Hroald pointe son épieu contre Högni. Högni fend le manche en
deux avec la hallebarde, et la lui passe au travers du corps. Après quoi
ils laissent là les morts et s'en vont en hâte à Trihyrning.
Skarphjedin monte sur le toit, et se met à arracher l'herbe; et ceux qui
étaient dedans crurent que c'était le bétail. Starkad et Thorgeir
prirent leurs armes et leurs vêtements, et sortirent, faisant le tour de
la palissade. Quand Starkad vit Skarphjedin, il eut peur, et voulut
retourner. Skarphjedin le frappe, et l'étend mort devant la palissade.
Au même moment Högni joint Thorgeir et le tue d'un coup de hallebarde.
Après cela ils s'en vont à Hof.
Mörd était dehors, dans les champs. Il demanda grâce, offrant de payer
l'amende entière. Skarphjedin lui dit la mort des quatre autres. Et il
chanta:
«Nous en avons abattu quatre, quatre guerriers aux riches armures. Tu
les suivras bientôt, ces vaillants. Faisons-lui peur, à ce drôle, et il
sortira, tout tremblant, ses richesses. Nous te forcerons bien,
misérable, à laisser la sentence au fils de Gunnar.»
«Et il t'en arrivera autant, dit Skarphjedin, ou bien tu déféreras le
jugement à Högni, s'il veut bien l'accepter.»--«J'avais résolu, dit
Högni, de ne pas faire d'arrangement avec les meurtriers de mon père».
Et pourtant il finit par accepter de prononcer la sentence.