LXVI

Et quand ces gens arrivent au ting, ils ne font qu'une troupe avec ceux

de Gissur le blanc et de Geir le Godi.

Mais Gunnar, et les fils de Sigfus et les fils de Njal allaient tous

ensemble, et ils marchaient d'un air si résolu, que les gens avaient à

se garer, pour n'être pas culbutés. Et il n'y avait rien dont on parlât

tant durant tout le ting, que de ce grand procès.

Gunnar vint à la rencontre de ses parents, Olaf et les siens lui firent

bon accueil. Ils questionnèrent Gunnar sur le combat. Il leur dit tout

par le menu, sans rien oublier, et aussi ce qu'il avait fait depuis:

«Elle vaut cher pour toi, dit Olaf, l'aide que te donne Njal en te

conseillant en toutes choses». Gunnar dit qu'il ne saurait jamais l'en

remercier, puis il leur demanda secours et assistance. Ils dirent que

cela lui était dû.

Et voici que de part et d'autre les causes viennent devant le tribunal.

Chacun expose son affaire.

Mörd demanda si un homme pouvait porter plainte, quand il avait d'avance

forfait ses droits en attaquant Thorgeir, comme avait fait Gunnar. Njal

répondit: «Étais-tu au ting de Tingskala, cet automne?»--«Certainement

j'y étais» dit Mörd. «As-tu entendu, dit Njal, Gunnar lui offrir

l'amende entière?»--«Certes je l'ai entendu» dit Mörd.--«J'ai alors, dit

Njal, déclaré Gunnar rétabli dans ses droits et capable d'ester en

justice.»--«C'est légal, dit Mörd, mais comment se fait-il que Gunnar

ait porté plainte contre Kol pour le meurtre de Hjört, quand c'est le

Norvégien qui l'a tué?»--«C'était légal, dit Njal, puisqu'il l'a désigné

devant témoins comme devant lui rendre raison.»--«C'était légal

assurément, dit Mörd, mais pourquoi Gunnar les a-t-il tous déclarés hors

la loi?»--«Tu ne devrais pas le demander, dit Njal, car ils étaient

partis tous avec l'intention de blesser ou de tuer»--«Ils n'ont rien

fait à Gunnar» dit Mörd.--«Les frères de Gunnar, Hjört et Kolskegg,

étaient là, dit Njal. L'un a reçu la mort et l'autre une

blessure.»--«Vous avez la loi pour vous, dit Mörd; mais il est dur de se

faire à cela.»

Alors Hjalti, fils de Skeggi, de la vallée de la Thjorsa, s'avança et

dit: «Je n'ai aucune part à vos querelles; mais je veux savoir ce que tu

ferais, Gunnar, par égard à mes paroles, et par amitié pour moi».--«Que

demandes-tu?» dit Gunnar.--«Ceci, dit Hjalti; que tu abandonnes toute

l'affaire à une sentence équitable et au jugement d'hommes

sages».--«Alors, dit Gunnar, tu promets de n'être jamais contre moi,

quels que soient ceux à qui j'aurai affaire?»--«Je te le promets» dit

Hjalti. Après cela, Hjalti entreprit les adversaires de Gunnar, et les

choses en vinrent au point qu'ils conclurent tous la paix. Et ils

s'engagèrent de part et d'autre à la garder fidèlement. Pour la blessure

de Thorgeir on mit, comme équivalent, l'affaire de séduction, et la

coupe de bois pour la blessure de Starkad. Pour les frères de Thorgeir

on fixa demi-amende, l'autre moitié étant forfaite, par suite de leur

attaque contre Gunnar. Le meurtre d'Egil et l'affaire de Tyrfing se

compensèrent. Pour le meurtre de Hjört on mit celui de Kol et du

Norvégien. Pour tous les autres, on fixa demi-amende. Ce fut Njal qui

prononça ce jugement, avec Asgrim fils d'Ellidagrim, et Hjalti fils de

Skeggi.

Njal avait beaucoup d'argent placé chez Starkad et chez ceux de Sandgil;

il donna tout à Gunnar pour payer ces amendes. Gunnar de son côté avait

tant d'amis au ting qu'il put payer sur l'heure l'amende pour tous les

meurtres. Il fit des présents à beaucoup de chefs qui lui avaient prêté

leur aide, et il se fit grand honneur dans cette affaire. Tous étaient

d'accord en ceci, qu'il n'avait pas son pareil dans le pays du Sud.

Gunnar quitta le ting et retourna chez lui. Et pour l'instant il s'y

tient tranquille. Mais ses adversaires lui enviaient fort tous ses

honneurs.

La Saga de Njal · 第 71 / 164 题