Et quand ces gens arrivent au ting, ils ne font qu'une troupe avec ceux
de Gissur le blanc et de Geir le Godi.
Mais Gunnar, et les fils de Sigfus et les fils de Njal allaient tous
ensemble, et ils marchaient d'un air si résolu, que les gens avaient à
se garer, pour n'être pas culbutés. Et il n'y avait rien dont on parlât
tant durant tout le ting, que de ce grand procès.
Gunnar vint à la rencontre de ses parents, Olaf et les siens lui firent
bon accueil. Ils questionnèrent Gunnar sur le combat. Il leur dit tout
par le menu, sans rien oublier, et aussi ce qu'il avait fait depuis:
«Elle vaut cher pour toi, dit Olaf, l'aide que te donne Njal en te
conseillant en toutes choses». Gunnar dit qu'il ne saurait jamais l'en
remercier, puis il leur demanda secours et assistance. Ils dirent que
cela lui était dû.
Et voici que de part et d'autre les causes viennent devant le tribunal.
Chacun expose son affaire.
Mörd demanda si un homme pouvait porter plainte, quand il avait d'avance
forfait ses droits en attaquant Thorgeir, comme avait fait Gunnar. Njal
répondit: «Étais-tu au ting de Tingskala, cet automne?»--«Certainement
j'y étais» dit Mörd. «As-tu entendu, dit Njal, Gunnar lui offrir
l'amende entière?»--«Certes je l'ai entendu» dit Mörd.--«J'ai alors, dit
Njal, déclaré Gunnar rétabli dans ses droits et capable d'ester en
justice.»--«C'est légal, dit Mörd, mais comment se fait-il que Gunnar
ait porté plainte contre Kol pour le meurtre de Hjört, quand c'est le
Norvégien qui l'a tué?»--«C'était légal, dit Njal, puisqu'il l'a désigné
devant témoins comme devant lui rendre raison.»--«C'était légal
assurément, dit Mörd, mais pourquoi Gunnar les a-t-il tous déclarés hors
la loi?»--«Tu ne devrais pas le demander, dit Njal, car ils étaient
partis tous avec l'intention de blesser ou de tuer»--«Ils n'ont rien
fait à Gunnar» dit Mörd.--«Les frères de Gunnar, Hjört et Kolskegg,
étaient là, dit Njal. L'un a reçu la mort et l'autre une
blessure.»--«Vous avez la loi pour vous, dit Mörd; mais il est dur de se
faire à cela.»
Alors Hjalti, fils de Skeggi, de la vallée de la Thjorsa, s'avança et
dit: «Je n'ai aucune part à vos querelles; mais je veux savoir ce que tu
ferais, Gunnar, par égard à mes paroles, et par amitié pour moi».--«Que
demandes-tu?» dit Gunnar.--«Ceci, dit Hjalti; que tu abandonnes toute
l'affaire à une sentence équitable et au jugement d'hommes
sages».--«Alors, dit Gunnar, tu promets de n'être jamais contre moi,
quels que soient ceux à qui j'aurai affaire?»--«Je te le promets» dit
Hjalti. Après cela, Hjalti entreprit les adversaires de Gunnar, et les
choses en vinrent au point qu'ils conclurent tous la paix. Et ils
s'engagèrent de part et d'autre à la garder fidèlement. Pour la blessure
de Thorgeir on mit, comme équivalent, l'affaire de séduction, et la
coupe de bois pour la blessure de Starkad. Pour les frères de Thorgeir
on fixa demi-amende, l'autre moitié étant forfaite, par suite de leur
attaque contre Gunnar. Le meurtre d'Egil et l'affaire de Tyrfing se
compensèrent. Pour le meurtre de Hjört on mit celui de Kol et du
Norvégien. Pour tous les autres, on fixa demi-amende. Ce fut Njal qui
prononça ce jugement, avec Asgrim fils d'Ellidagrim, et Hjalti fils de
Skeggi.
Njal avait beaucoup d'argent placé chez Starkad et chez ceux de Sandgil;
il donna tout à Gunnar pour payer ces amendes. Gunnar de son côté avait
tant d'amis au ting qu'il put payer sur l'heure l'amende pour tous les
meurtres. Il fit des présents à beaucoup de chefs qui lui avaient prêté
leur aide, et il se fit grand honneur dans cette affaire. Tous étaient
d'accord en ceci, qu'il n'avait pas son pareil dans le pays du Sud.
Gunnar quitta le ting et retourna chez lui. Et pour l'instant il s'y
tient tranquille. Mais ses adversaires lui enviaient fort tous ses
honneurs.