XXXVIII

Au printemps, Njal dit à Atli: «Tu devrais t'en aller aux fjords de

l'est, car Halgerd en veut à ta vie».--«Je n'ai pas peur de cela, dit

Atli; et je veux rester ici, si j'ai le choix».--«Ce n'est pourtant pas

sage» dit Njal.--«J'aime mieux être tué dans ta maison que de changer de

maître, dit Atli. Mais je veux te demander une chose: si je suis tué,

qu'on ne paye pas pour moi comme pour un esclave».--«Tu auras le prix

d'un homme libre, dit Njal; mais Bergthora te promettra de venger ta

mort par une autre, et elle tiendra sa promesse». Atli resta donc au

service de Njal.

Il faut maintenant revenir à Halgerd. Elle envoya un homme dans l'ouest,

au Bjornarfjord, chercher Brynjolf Rosta son parent. C'était un fils

bâtard de Svan, et le plus méchant homme qu'on pût voir. Gunnar ne sut

rien de cela. Halgerd disait qu'il était très propre à faire un

intendant. Brynjolf arriva de l'ouest; et Gunnar lui demanda ce qu'il

venait faire. Il répondit qu'il venait pour rester là. «Tu n'apportes

rien de bon dans notre maison, dit Gunnar, si j'en crois ce qu'on m'a

dit de toi; mais je ne chasserai jamais aucun des parents d'Halgerd

qu'elle voudra avoir chez elle». Gunnar ne lui parlait guère, mais il ne

le traitait pas mal. Le temps se passa ainsi, jusqu'au moment du ting.

Gunnar partit pour le ting et Kolskegg avec lui. Et quand ils

arrivèrent, ils se rencontrèrent avec Njal et ses fils. Ils se voyaient

souvent, et ils étaient bien ensemble.

Bergthora dit à Atli: «Va-t'en à Thorolfsfell et travaille-là pendant

une semaine». Atli partit, et commença sa tache: il brûlait du charbon

dans le bois. Halgerd dit à Brynjolf: «On m'a dit qu'Atli n'était pas à

la maison; il doit travailler à Thorolfsfell.»--«Que penses-tu qu'il

fasse?» dit Brynjolf.--«Quelque besogne dans le bois», dit-elle.--«Que

lui ferai-je?» dit-il.--«Tu le tueras» dit-elle. Il resta pensif. «Si

Thjostolf était en vie, dit Halgerd, il ne trouverait pas que tuer Atli

soit chose si effrayante.»--«Tu n'as pas besoin de te fâcher»

répondit-il. Il alla prendre ses armes, monta sur son cheval et partit

pour Thorolfsfell. Il vit une grande fumée de charbon à l'est du

domaine. Il arrive à la fosse au charbon, et il y a un homme auprès. Et

il voit que cet homme a mis son épieu en terre à côté de lui. Brynjolf

marche le long de la fumée, droit sur l'homme; et l'autre était tout à

son ouvrage, et ne vit pas venir Brynjolf. Brynjolf lui donna un coup de

hache sur la tête. Il fit un si grand saut que Brynjolf laissa échapper

la hache. Alors Atli prit son épieu et le lança à Brynjolf. Brynjolf se

jeta à terre, et l'épieu passa au-dessus de lui. «Tu as de la chance que

je n'aie pas été prêt» dit Atli; Halgerd sera contente: tu vas lui

annoncer ma mort. Ce qui me console, c'est que pareille chose t'arrivera

bientôt; reprends ta hache que tu as laissée là.» Brynjolf ne répondit

rien et ne reprit la hache que quand Atli fut mort. Alors il alla dire à

Thorolfsfell la mort d'Atli. Après cela il retourna à Hlidarenda et

conta la chose à Halgerd. Elle envoya un homme à Bergthorshval dire à

Bergthora que le meurtre de Kol avait eu sa récompense. Puis elle envoya

un homme au ting dire à Gunnar le meurtre d'Atli.

Gunnar se leva, et Kolskegg avec lui. «Les parents d'Halgerd feront ta

perte» dit Kolskegg. Ils allèrent trouver Njal. Gunnar dit: «J'ai à

t'annoncer la mort d'Atli» et il lui dit qui l'avait tué; «je viens

maintenant t'offrir de te payer le prix du meurtre; et je veux que tu le

fixes toi-même.» Njal dit: «Nous avons toujours souhaité tous deux que

rien ne vînt à nous diviser, et pourtant je ne le mettrai pas au prix

d'un esclave.» Gunnar dit que c'était bien, et lui tendit la main. Njal

prit des témoins, et ils firent leur paix à ces conditions. «Halgerd ne

laisse pas nos serviteurs mourir de vieillesse» dit Skarphjedin. Gunnar

répondit: «Et ta mère aura soin que les coups soient pareils des deux

côtés.»--«Cela m'en a bien l'air» dit Njal. Après cela Njal fixa le prix

à cent onces d'argent, et Gunnar les paya sur le champ. Beaucoup de ceux

qui étaient là dirent que le prix était trop élevé. Gunnar se fâcha et

dit qu'on avait payé l'amende entière pour des gens qui n'étaient pas

plus braves qu'Atli. Et là-dessus ils quittèrent le ting et retournèrent

chez eux.

Bergthora dit à Njal quand elle vit l'argent: «Tu penses que tu as

rempli ta promesse, mais il reste encore la mienne.»--«Il n'est pas

nécessaire que tu la tiennes» dit Njal.--«Tu as pourtant deviné que je

le ferai, dit-elle, et il en sera ainsi.»

Cependant Halgerd dit à Gunnar: «Tu as donc payé cent onces d'argent

pour la mort d'Atli, et fait de lui un homme libre?»--«Il était libre

avant, dit Gunnar, et je ne traiterai jamais les hommes de Njal en gens

pour qui il n'y a point d'amende à payer.»--«Vous êtes tous deux

pareils, toi et Njal, dit-elle, et aussi peureux l'un que

l'autre.»--«C'est ce qu'on verra», dit-il. Et après cela Gunnar fut

longtemps froid pour elle, jusqu'à ce qu'elle eut fait sa soumission.

Tout fut tranquille pendant l'hiver. Au printemps Njal n'augmenta pas le

nombre de ses gens. Et voilà que l'été arrive, et les hommes partent

pour le ting.

La Saga de Njal · 第 44 / 164 题