Au printemps le jarl demanda à Gunnar quel projet il avait en tête.
Gunnar dit qu'il voulait aller en Islande. Le jarl dit que l'année avait
été mauvaise dans le pays «et il y aura peu de vaisseaux qui s'en iront
au loin: pourtant tu auras de la farine et du bois sur ton vaisseau,
tant que tu en voudras». Gunnar le remercia et mit son vaisseau au plus
vite en état de partir. Hallvard partit avec lui et Kolskegg.
Ils arrivèrent de bonne heure, en été, et débarquèrent à Arnarbæli, et
c'était avant le ting. Gunnar quitta son vaisseau et chevaucha tout
droit chez lui; il laissa des hommes pour décharger le vaisseau, et
Kolskegg vint avec lui. Quand ils arrivèrent à la maison, leurs hommes
furent joyeux de les voir. Ils étaient doux avec leurs gens, et ils
n'avaient pas plus de hauteur qu'avant leur absence.
Gunnar demanda si Njal était chez lui. On lui dit qu'il y était. Il fit
alors amener son cheval et s'en alla à Bergthorshval et Kolskegg avec
lui. Njal fut joyeux de leur arrivée et les pria de rester là pendant la
nuit. Ils le firent, et Gunnar lui conta ses voyages. Njal dit qu'il
était maintenant le plus vaillant de tous «et tu as fait tes preuves en
maint endroit. Mais tu en feras encore davantage à partir d'aujourd'hui;
car beaucoup de gens seront jaloux de toi».--«Je voudrais être bien avec
tous» dit Gunnar.--«Il arrivera beaucoup de choses, dit Njal, et tu
auras souvent à te défendre».--«J'aurai ceci pour moi, dit Gunnar, que
le bon droit sera de mon côté».--«Et il en sera ainsi, dit Njal, si tu
n'as pas à payer pour d'autres».
Njal demande à Gunnar s'il pense à aller au ting. Gunnar dit qu'il ira,
et demande si Njal doit y aller. Mais Njal dit qu'il n'y songe pas «et
j'aurais voulu que tu fisses de même» ajoute-t-il.
Gunnar revint chez lui; avant de partir il fit à Njal de beaux présents
et le remercia d'avoir pris soin de ses biens. Kolskegg son frère le
pressait d'aller au ting: «Ta gloire s'étendra au loin, disait-il; car
plus d'un viendra là pour te voir».--«Ce n'est guère mon habitude, dit
Gunnar, de me donner en spectacle; mais c'est une bonne chose, à ce
qu'il me semble, de rencontrer de braves gens».
Hallvard était arrivé à son tour, et il offrit d'aller au ting avec eux.