XIV

Les deux frères rassemblèrent des gens en foule pour la noce, et cela

faisait une troupe choisie. Ils s'en allèrent à l'Ouest vers les vallées

et vinrent à Höskuldstad, où il y avait déjà beaucoup de monde. Höskuld

et Hrut se placèrent sur un des bancs, et le fiancé sur l'autre. Halgerd

était assise sur le banc de côté, et elle faisait bonne contenance.

Thjostolf allait la hache levée et l'air terrible, mais personne ne

faisait semblant de le voir.

Quand la fête fut finie, Halgerd partit pour le Sud avec eux. En

arrivant à Varmalæk Thorarin demanda à Halgerd si elle voulait prendre

le commandement dans la maison. «Je ne le veux pas» dit-elle. Elle se

tint tranquille tout l'hiver, et on n'avait pas de mal à dire d'elle.

Au printemps, les frères parlaient un jour de leurs affaires. Thorarin

dit: «Je vais vous laisser la maison de Varmalæk; car c'est ce qui vous

convient le mieux. Je m'en irai au Sud à Laugarness et j'y demeurerai.

Pour Engey nous l'aurons en commun. Glum approuva la chose, et Thorarin

s'en alla dans le Sud. Les autres restèrent là. Halgerd prit des

serviteurs. Elle était prompte à donner, et avide d'augmenter ses

richesses.

L'été suivant elle mit au monde une fille. Glum lui demanda comment il

fallait l'appeler. «Elle s'appellera dit-elle, Thorgerd, comme ma

grand'mère». Car elle descendait par son père de Sigurd Fafnisbani. La

petite fille fut aspergée d'eau, et on lui donna le nom qu'on avait dit.

Elle grandit, et son visage devenait semblable à celui de sa mère. Ils

s'accordaient bien, Glum et Halgerd; et cela dura ainsi quelque temps.

On apprit une nouvelle du nord, du Bjarnarfjord, que Svan s'en était

allé pêcher, au printemps, qu'un grand vent d'est était venu sur eux, et

les avait poussés vers Veidilausa, où ils s'étaient perdus, lui et ses

gens. Et les pêcheurs qui étaient à Kaldbak disaient qu'ils avaient vu

Svan entrer dans la montagne Kaldbakshorn, où il avait été très bien

reçu par les démons. Mais d'autres disaient, qu'il n'y avait rien de

vrai là dedans. Ce que chacun sut, c'est qu'on ne le trouva ni vivant ni

mort. Quand Halgerd apprit cette nouvelle, elle pensa que la mort de son

oncle était grand dommage.

Glum offrit à Thorarin d'échanger leurs domaines. Thorarin dit qu'il ne

voulait pas; «Mais dis à Halgerd, que si je vis plus que toi, je veux

avoir Varmalæk à moi». Glum le dit à Halgerd. Elle répondit: «Thorarin

peut bien attendre cela de nous».

La Saga de Njal · 第 20 / 164 题