Le lendemain, le guichetier entra à sept heures du matin dans le cachot
des deux condamnés. Le jeune homme dormait encore, mais le vieillard, un
crayon à la main, une feuille de papier sur les genoux, faisait des
chiffres.
L'escorte qui devait les conduire rue Medina attendait.
Le vieillard jeta un coup d'oeil sur son fils.
--Voyons, lui dit-il, lève-toi, André. Tu as toujours été paresseux, mon
enfant; il faudra te corriger.
--Oui, répondit André en ouvrant les yeux et en disant bonjour de la
tête à son père; seulement, je doute que Dieu m'en laisse le temps.
--Quand tu étais enfant, reprit mélancoliquement le vieillard, et que ta
mère t'avait appelé deux ou trois fois, quoique éveillé par elle, tu ne
pouvais te décider à quitter ton lit. J'étais parfois obligé de monter
moi-même et de te forcer à te lever.
--Je vous promets, mon père, dit en se levant et en commençant de
s'habiller le jeune homme, que, si je me réveille après-demain, je me
lèverai tout de suite.
Le vieillard se leva à son tour, et, avec un soupir:
--Ta pauvre mère! dit-il, elle a bien fait de mourir!
André alla à son père, et, sans dire une parole, l'embrassa tendrement.