LE SERMONNAIRE DES PARISIENNES

Aux nombreux auditeurs et aux auditrices plus nombreuses encore des

conférences données, le mois dernier, à la salle de la Société de

Géographie, par Mgr Bolo, le médaillon, exposé en ce moment au Salon et

dû au sculpteur Doisy, que nous reproduisons ici, rappellera de

saisissante manière les traits de l'éminent prélat dont les rudes

sermons savent si spirituellement châtier les frivolités ou les erreurs

de la vie mondaine. Il est des visages dont la ressemblance ne saurait

être mieux rendue que par le relief, dur et vigoureux, du métal: ce

profil nettement tracé, d'une si fine et s, ardente expression, porte

l'accent de la vie.

[Illustration: Médaillon de Mgr Bolo, par Doisy.]

Depuis deux ans qu'il s'est attaché à traiter pour les Parisiennes, en

des séries de causeries placées à pareille époque, des sujets de morale

auxquels ne conviendrait point la majesté de la chaire, Mgr Bolo a vu

s'accroître son auditoire féminin, empressé à subir les rigueurs

persuasives de son éloquence. De: même que Mme de Sévigné aimait à

entendre Bourdaloue, «qui frappe toujours comme un sourd, disant les

vérités à bride abattue», nos contemporaines se plaisent à écouter la

parole du conférencier qui les charme en les gourmandant. Après avoir,

la première fois, parlé des «Jeunes filles d'aujourd'hui», puis des

«Mariages de demain», Mgr Bolo avait pris comme sujets, cette année,

«l'Empire des Salons» et «la Morale des Salons». Ce lui fut matière à

retracer, en termes particulièrement heureux, toute l'histoire des

salons littéraires, qui sont, dans le domaine de l'esprit, «une sorte de

Champagne délimitée et de première zone où s'élabore notre fin et clair

langage, ce langage fluide, doré, pétillant, dont la vivacité explose en

des mots qui sautent comme des bouchons». Si l'ancienne conversation

française--celle qui était en honneur à l'Hôtel de Rambouillet--fut

abondamment louée par le prédicateur, nos réunions mondaines de

maintenant provoquèrent ses sévérités. Mgr Bolo blâme les potins, les

commérages, redoute l'influence des «théâtrières»--entendez les femmes

de théâtre--accuse le bridge et la musique... C'est un sermonnaire

ardent, impétueux. Mais il séduit, jusque dans ses plus vives

remontrances. Il est le critique le, moins indulgent de notre

temps,--qui ne lui ménage pas les éloges.

[Illustration: Un légionnaire lit les prières funèbres devant les

cercueils des morts de Nekhila.--_Phot. Georges Ancelm._]

L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913 · 第 17 / 40 题