Cela veut dire: «Vous êtes libre. Ramassez vos frusques!»

Je passe par les formalités et les grilles. Enfin, me voilà

dehors!

Tous les camarades aussi--moins Rock! Mais tous ceux de ma

fournée ont échappé! Enfoncés, les juges!

Mais, hélas! mon nom a été prononcé parmi ceux des arrêtés. Mon

titre de républicain, mes relations avec les chefs du complot,

tout mon passé de 1851 a été mis dans les journaux, et quand je me

présente pour mes leçons, les visages sont glacés.

Je suis de la _canaille_, à présent.

On me règle, on me paye, et c'est fini.

Ma clientèle est morte. Il n'y a plus même de leçons à deux

francs, ni à vingt sous.

26

Journaliste

«Vingtras, pourquoi ne te fais-tu pas journaliste?»

J'ai essayé.

Je suis parvenu à avoir ce que j'ai rêvé si longtemps, une place

de _teneur de copie._

On me trouve bien vieux, bien fort, pour ce métier de moutard.

On n'a besoin que d'un gamin pour prendre l'article et le lire au

correcteur pendant que celui-ci, suivant sur l'épreuve, voit s'il

n'a rien laissé passer et si l'imprimé correspond phrase par

phrase, mot par mot au manuscrit.

Je suis forcé de cacher mon âge et on me regarde comme un

phénomène.

«Il n'a donc pas d'autre état? Il est donc bien pauvre?»

Oui, je suis bien pauvre; non, je n'ai pas d'autre état. J'ai

obtenu la place par un ancien maître d'études de Nantes qui est

l'ami d'enfance du rédacteur en chef. Il est un peu fier de me

prouver son influence, et heureux aussi (c'est un brave homme) de

m'aider à gagner quelques sous.

J'ai trente francs par mois, c'est mon chiffre! Dans le

journalisme ou l'enseignement, je vaux trente francs, pas un sou

de plus.

Ma mère avait raison de dire que j'étais un maladroit. Je fais mal

mon métier.

Je confonds les articles, je mêle les feuillets.

Je lis trop vite--quelquefois trop lentement. Le correcteur est

un homme laid, chagrin, un vieux _fruit sec_, qui me traite comme

un mauvais apprenti.

J'ai une grosse voix, malheureusement, et il m'échappe des éclats

qui sonnent, comme de la tôle battue, tout d'un coup dans le

silence de l'imprimerie.

On se retourne, on rit, on crie: «Pas si fort, le teneur de

copie!»

Puis j'ai des distractions qui me font oublier de lire des membres

de phrases tout entiers; et c'est à recommencer; à la grande

colère du correcteur, à la grande fureur souvent de l'écrivain à

qui je fais dire des bêtises, et qui vient le soir se fâcher tout

haut: «Si c'est un crétin, qu'on le jette dehors!»

Les rédacteurs vont, viennent, je veux voir leur visage, savoir

leur nom. Un grand, roux, avec un signe sur la joue, qui a de si

longues jambes, et qui tutoie tout le monde, c'est Nadar. Et

celui-ci, encore un roux, mais rond, boulot, le teint d'un

Normand, favoris de sable et d'anjou joints en pelure d'oignon, A.

Guéroult, et d'autres!

Je ne fais pas l'affaire décidément.

On me met à la porte après treize jours et on prend un gamin de

douze ans, qui n'a pas une voix de trombone et qui ne se donne pas

de torticolis à dévisager les auteurs.

J'ai été tellement ridicule avec ma timidité, mes rougeurs, mes

explosions de voix, ce torticolis, que je n'ose pas passer de deux

mois dans la rue Coq-Héron. J'ai bien débuté dans les imprimeries!

Le bachelier · 第 59 / 86 题