André leur écrivit sur l'heure. A Djénane, il disait: "Ne plus vous
revoir,--ou mieux ne plus entendre votre voix, car je ne vous ai
jamais vue,--et cela parce que vous m'avez fait une gentille
déclaration d'amitié intellectuelle! Quel enfantillage! J'en reçois bien
d'autres, allez, et ça ne m'émotionne pas du tout." Il tenait de prendre
la chose en badinage et de se confirmer dans un rôle de vieil ami, très
aîné, un peu paternel. Dans le fond, il était inquiet des résolutions
extrêmes que cette petite âme fière et obstinée était capable de
prendre; il ne s'y fiait pas, et sentait d'ailleurs qu'elle lui était
déjà très chère, que ne plus la revoir assombrirait tout son été.
Dans sa lettre, il réclamait aussi la suite de l'histoire promise, et,
en finissant, contait, pour l'acquit de sa conscience, comment par
hasard il les avait toutes les trois "identifiées".
Le surlendemain elles répondirent:
"Que vous nous ayez identifiées, est un malheur: ces amies dont vous ne
connaîtrez jamais le visage, vous intéressent-elles encore, maintenant
que leur petit mystère est usé, percé à jour?...
La suite de mon histoire: cela, rien de plus facile, vous l'aurez.
Nous revoir, André, c'est moins simple: laissez-moi réfléchir...