SECTION I. — DE LA FAMILLE

_Haut-Sénégal-Niger

(Soudan Français)_

[Décoration]

PREMIÈRE SÉRIE

* * * * *

TOME I

~SOUS PRESSE :~

DEUXIÈME SÉRIE

_Géographie économique_

(Voies de communication. — Faune sauvage. — Productions forestières. —

Productions agricoles. — Elevage des bovidés et des ovidés. — Elevage

des équidés. — Industries indigènes. — La question des mines d’or. —

Commerce intérieur. — Commerce extérieur. — La politique économique à

suivre).

Par JACQUES MENIAUD

_Ouvrage illustré de nombreuses photographies et de cartes

documentaires_

[Décoration]

~EN PRÉPARATION :~

TROISIÈME SÉRIE

_Le Territoire militaire du Niger_

Par JULES BRÉVIÉ

_Haut-Sénégal-Niger

(Soudan Français)_

Séries d’études publiées sous la direction

de M. le Gouverneur CLOZEL

[Décoration]

PREMIÈRE SÉRIE

* * * * *

_Le Pays, les Peuples, les Langues,

l’Histoire, les Civilisations_

PAR

MAURICE DELAFOSSE

Administrateur de 1re classe des Colonies

Chargé de cours à l’École Coloniale et à l’École des Langues Orientales

* * * * *

_Préface de M. le Gouverneur CLOZEL_

[Décoration]

_80 illustrations photographiques, 22 cartes dont une carte d’ensemble

au 1 : 5.000.000.

Bibliographie et Index_

[Décoration]

TOME I

Le Pays, les Peuples, les Langues

[Décoration]

PARIS

ÉMILE LAROSE, LIBRAIRE-ÉDITEUR

11, Rue Victor-Cousin, 11

* * * * *

1912

_AVIS AU LECTEUR_

_Durant l’impression du présent ouvrage, quelques modifications ont été

apportées dans l’extension territoriale et l’organisation administrative

de la colonie du Haut-Sénégal-Niger : un arrêté du Gouverneur général de

l’A. O. F., en date du 21 juin 1911, a distrait le cercle de_ Gao _du

Territoire militaire et l’a rattaché à la colonie proprement dite du

Haut-Sénégal-Niger ; un décret du 7 septembre 1911 a placé le_

Territoire militaire du Niger, _ainsi amputé du cercle de Gao, sous le

commandement direct du Gouverneur général de l’A. O. F. ; enfin, pour

des raisons d’hygiène, le chef-lieu du cercle de_ Koury _a été transféré

à_ Dédougou, _à quelque distance au sud de Koury et sur la rive droite

de la Volta Noire._

_Il doit être bien entendu que les limites territoriales et les

statistiques relatives à la population données dans le cours de ce

volume s’appliquent au territoire de la colonie tel qu’il était

constitué avant l’arrêté du 21 juin 1911._

ERRATA DU PREMIER VOLUME

* * * * *

Page 135, ligne 2, _au lieu de : Baoulo, lire : Gaoulo_.

Page 189, note 111, ligne 2, _au lieu de_ : Makhfar, _lire_ :

Maghfar.

Page 395, ligne 30, _au lieu de_ : pas d’adjectifs, _lire_ : peu

d’adjectifs.

Page 414, ligne 4, _au lieu de : mba, lire : ba_.

DELAFOSSE Planche I

[Illustration : _Cliché Manuel_

FIG. 1. — M. CLOZEL, Gouverneur du Haut-Sénégal-Niger.]

PRÉFACE

Lorsque j’ai pris possession du Gouvernement du Haut-Sénégal-Niger au

mois de mai 1908, parmi les documents que j’ai eu à consulter pour

étudier la Colonie nouvelle dont j’étais chargé, figuraient des

monographies de cercles établies par ordre de mon prédécesseur en 1903.

Ces travaux, généralement intéressants, ne correspondaient cependant

plus à la réalité ; les documents de ce genre vieillissent vite dans une

colonie aussi jeune et aussi vivante que le Soudan. De là le projet de

reprendre l’idée de mon prédécesseur et d’obtenir une situation du Haut-

Sénégal-Niger en 1909 ; je la complétais par une enquête analogue à

celle que j’avais entreprise à la Côte d’Ivoire en 1901 sur le droit

coutumier des Indigènes. On trouvera plus loin les deux questionnaires

qui ont servi de base et de cadre à cette consultation.

Il convient tout d’abord de rendre justice à l’empressement et à la

conscience, qu’à la presque unanimité, les commandants de Cercle, civils

ou militaires, mirent à répondre au double questionnaire qui leur avait

été adressé. Je suis heureux de pouvoir les en remercier une fois

encore.

En possession de cette masse vraiment considérable de documents de

valeur un peu inégale, mais presque toujours intéressants, il m’apparut

qu’il y avait mieux à faire que les garder dans nos archives pour les

consulter en cas de besoin.

Mais il ne fallait pas songer à une publication intégrale de tous ces

rapports ; par leur nature même, leur juxtaposition eût abouti à une

quantité de redites de double emploi, dans lesquelles le lecteur perdu

et lassé aurait eu grand peine à trouver les renseignements essentiels

et d’où il n’aurait pu dégager ni vues d’ensemble ni appréciations

nettes. Un travail de refonte et de coordination s’imposait donc.

Après avoir adopté le cadre qui me paraissait le plus convenable pour y

faire entrer le tableau complet de notre Soudan, il restait à trouver

des hommes joignant, au talent d’exposition nécessaire à cette tâche,

une connaissance assez approfondie du pays et de ses habitants pour

corriger les erreurs de détail, situer exactement les faits historiques,

économiques, géographiques qui constituent la vie de peuples nombreux,

en dégager les données générales et les caractéristiques essentielles.

M. Delafosse, ses nombreux travaux antérieurs l’attestent, est de tous

les Français, celui qui connaît le mieux les langues, les traditions,

les coutumes et les mœurs des Indigènes de l’Afrique Occidentale. Si sa

forte culture générale et ses études antérieures l’avaient mieux que

beaucoup d’autres préparé à apprendre, ce n’est pas seulement dans les

livres, mais par seize ans de vie africaine, en contact permanent avec

les hommes et la nature, qu’il a acquis son érudition.

L’Adjoint à l’Intendance Méniaud accomplit son troisième séjour au

Soudan ; il en a dirigé les finances et en a soigneusement étudié les

besoins et les ressources. Préparé par la haute culture que donne

l’Ecole Polytechnique et par les études spéciales que nécessitait son

admission dans l’Intendance, il a de plus, au cours de nombreuses

missions, parcouru la Colonie entière du Sénégal au lac Tchad. Partout

il a examiné sur place les produits du sol, les ressources de toutes

natures, les moyens de transport, la vie économique du pays dans ses

détails et dans son ensemble.

M. Brévié est au Soudan depuis sa sortie de l’Ecole Coloniale ; après

s’être initié à la vie et à l’administration du pays en servant dans les

cercles les plus divers, il est depuis bientôt cinq ans placé à la tête

du bureau politique du Gouvernement. Il y a fait preuve d’un talent

d’exposition et de qualités que jusqu’à ce jour ses chefs hiérarchiques

ont pu seuls apprécier et il y a surtout acquis les connaissances les

plus complètes sur la vie politique et administrative de la Colonie.

C’est à ces trois collaborateurs que reviendra tout le mérite de

l’œuvre ; je ne réclame, en cas de succès, que celui de les avoir

choisis.

*

* *

La tâche était en effet assez vaste et assez complexe pour dépasser la

compétence d’un seul. A la différence de la plupart des Colonies

africaines, dont le passé, aussi vierge que leurs forêts, se réduit à

l’historique de l’effort des Explorateurs Européens pour les pénétrer,

le Soudan a une histoire. Histoire peu connue, imparfaitement

documentée, mais réelle, et susceptible de prendre forme et de

récompenser le labeur de celui qui en débrouillera les obscurités et les

incertitudes.

Aux temps de la Grèce, de Carthage, des anciennes dynasties Egyptiennes,

le Soudan est en relations commerciales avec la Méditerranée, berceau

des civilisations antiques. Ces caravanes d’autrefois avaient à

traverser un Sahara très probablement moins stérile et moins

inhospitalier que celui d’à présent.

Le Soudan a été effleuré par la conquête arabe ; de ses confins

mystérieux sont sortis les Almoravides qui ont conquis le Maghreb et

l’Espagne ; il a vu se fonder et disparaître de grands empires noirs ;

des armées marocaines ont envahi et dominé pendant plus d’un siècle

certaines de ses provinces. Enfin le récit de la conquête française

commencée en 1880, terminée d’hier, reste encore à faire. Il a manqué à

cette épopée, mal connue et mal jugée parce que trop près de nous, son

Bernal Diaz et son Heredia.

On y admirerait tout d’abord la continuité des desseins et de l’effort,

depuis les plans lointains tracés avec une si remarquable prévision par

les Bouët-Willaumez et les Faidherbe, jusqu’à la série ininterrompue des

expéditions militaires commencées par les Brière de l’Isle et les

Borgnis-Desbordes, continuées par Frey, Galliéni, Humbert, Archinard,

Combe, Audéoud, de Trentinian, Gouraud... j’en passe et des meilleurs.

On y verrait les entreprises de la témérité la plus folle, conduites

avec la plus froide intrépidité, justifier par leur succès les théories

philosophiques les plus osées sur la force de la volonté. Le Général

Combe dans les campagnes contre Samory, le Général Archinard à Nioro,

Ouossébougou et Dienné, le Général Audéoud à Sikasso ont renouvelé les

exploits des Cortez et des Pizarre, ceux plus récents d’autres Français,

Francis Garnier et ses quelques compagnons lors de la première conquête

du Tonkin.

A côté des chefs et des combats les plus connus, que d’héroïsmes

obscurs, que de fatigues et de souffrances : le climat, les fièvres, les

privations, l’ennui des lointains exils, l’inaction déprimante pendant

les saisons mauvaises ! La douleur paraît inséparable de tout

enfantement humain ; ainsi se justifie une fois encore le vers du

poète :

... _Tantæ mollis erat romanam condere gentem_.

De tous ces périls, les plus allègrement affrontés ont toujours été ceux

des combats. Il semble que la guerre possède une vertu propre et

singulière, au moins au point de vue esthétique et moral, puisque des

hommes que j’ai connus d’ailleurs assez ordinaires, vulgaires parfois,

nos simples soldats noirs eux-mêmes, lorsqu’ils succombent les armes à

la main, savent mourir en beauté, avec une noblesse stoïque, une pureté

d’attitude toutes classiques.

*

* *

Parmi ces soldats, beaucoup furent des organisateurs et des

administrateurs excellents. La Colonie se meut encore dans les cadres

administratifs tracés par les Généraux Archinard et de Trentinian. Il

serait injuste cependant d’oublier le Gouverneur Grodet, dont les

circulaires et instructions, en matière financière surtout, n’ont rien

perdu de leur valeur. Les polémiques, aujourd’hui oubliées, auxquelles

avait donné lieu son passage au Gouvernement du Soudan ont fait trop

négliger cette partie solide et inattaquable de son œuvre.

De 1900 à 1908, mon prédécesseur immédiat, le Gouverneur Général Ponty,

a travaillé avec l’esprit le plus averti, le sens pratique le plus

juste, au développement de la jeune Colonie. De l’ensemble de son œuvre

deux faits se détachent avec un relief tout particulier et perpétueront

longtemps encore le souvenir de son Gouvernement : la libération des

captifs et la création du centre administratif de Koulouba.

Si tout le monde était d’accord pour la répression énergique de la

traite, la suppression immédiate de la captivité faisait hésiter les

meilleurs esprits. Toutes les sociétés indigènes dans toutes les

Colonies du groupe admettaient l’esclavage ; son existence se trouvait

ainsi intimement liée à la vie économique et sociale du pays tout

entier. La suppression brusque d’un rouage aussi essentiel de

l’existence de nos sujets païens ou musulmans pouvait à bon droit passer

pour un saut dans l’inconnu comportant les plus fâcheuses conséquences

pour la tranquillité et pour la prospérité de nos Colonies. On pouvait

se trouver d’autant plus encouragé à procéder progressivement que la

question d’humanité ne se posait généralement pas comme on le croyait en

France. C’était en effet une grossière erreur que d’envisager la

captivité africaine à travers les souvenirs du roman de Mrs Beecher

Stowe. Les malheurs du vertueux oncle Tom n’avaient rien de commun avec

la vie des captifs africains en Afrique. Celle-ci n’était vraiment pas

très dure et leur condition n’était en général pas beaucoup plus pénible

que celle des hommes libres. La traite rigoureusement supprimée, il

paraissait plus sage de laisser agir le temps en procédant à des

libérations partielles toutes les fois qu’un incident quelconque les

aurait motivées.

Le Gouverneur Ponty eut le mérite de n’admettre aucun de ces

atermoiements. Dès que le Gouverneur Général Roume eut décidé la

suppression complète et absolue de l’esclavage, il y procéda résolument.

Et non seulement les troubles soulevés par cette libération de plus de

300.000 captifs en moins de deux ans ont été tout à fait insignifiants,

mais encore la prospérité du pays s’en est trouvée accrue. Les anciens

maîtres, dépossédés de leurs esclaves, se sont mis eux-mêmes au travail,

et les captifs libérés en ont fait autant de leur côté, et, sûrs de

conserver désormais tout le fruit de leur labeur, ils ont déployé une

activité beaucoup plus grande que par le passé. Ce succès d’une mesure

si discutée et si discutable fait le plus grand honneur à M. le

Gouverneur Général Ponty.

L’idée d’installer le chef-lieu de la Colonie à Koulouba appartient à M.

le Général de Trentinian. Cet homme d’un esprit si vif et si clairvoyant

a eu assez souvent, pendant son passage au Gouvernement du Soudan, le

tort d’avoir raison quelques années trop tôt. Beaucoup de ses projets

repris par ses successeurs ont abouti ou sont en train d’aboutir

actuellement ; d’autres attendent encore une réalisation qu’ils

trouveront, sans doute, dans un avenir plus ou moins rapproché.

Il était évident pour le Général de Trentinian et pour quiconque voulait

bien se donner la peine d’étudier une carte du Soudan Français que

Kayes, base d’opérations obligée lors de la conquête, ville du transit

et port de la Colonie sur le Sénégal, était beaucoup trop excentrique

pour en rester la capitale politique. La température y est en outre

particulièrement chaude et pénible pendant presque toute l’année. Le

haut Sénégal, dont Kayes et Médine sont les villes principales, est de

plus un assez pauvre pays : des chaînes de collines rocheuses et

stériles, des plateaux de latérite ne laissent de terres vraiment

fertiles que dans les vallées assez étroites arrosées par les divers

cours d’eau qui forment le bassin supérieur du Sénégal. La population

n’y est ni très dense ni très riche. Enfin le décret du 17 octobre 1899

qui rattachait à la Colonie du Sénégal le cercle de Bakel, à la Guinée

les cercles du Haut-Niger les plus rapprochés de Kayes, accentuait

encore la position excentrique de cette ville et reportait plus

évidemment sur le Niger moyen l’axe de la Colonie.

Le climat de la vallée du Niger beaucoup moins pénible pour les

Européens que celui du Haut-Sénégal, le fleuve lui-même, voie d’accès

naturelle vers Tombouctou et Niamey à laquelle venaient aboutir toutes

les routes terrestres de l’immense plateau encerclé par la boucle du

Niger, tout militait en faveur d’un transfert du chef-lieu. Le Général

de Trentinian ébaucha le mouvement en installant sur les collines de

Kati à 12 kilomètres de Bamako la portion principale des troupes. Déjà

il indiquait comme emplacement de la capitale future le plateau de

Koulouba (point « F »), qui domine de 161 mètres la plaine où sont

construits le village et le poste de Bamako. Sur un plateau voisin d’une

altitude un peu supérieure (point « G »), devait s’élever l’hôpital

central de la Colonie. Avant de quitter le Soudan, le Général faisait

bâtir à Koulouba une petite maison, modeste jalon de la cité future.

En 1903, le Gouverneur Général Roume, se rendant à Tombouctou, visitait

le point F et le point G ; séduit par la vue admirable que l’on avait du

haut de ces plateaux rocheux, véritables falaises qui dominent le fleuve

et la vallée du Niger, appréciant les avantages multiples qu’ils

présentaient au point de vue de l’aération et de la salubrité, il

sanctionnait de sa haute autorité les projets du Général de Trentinian.

Libre d’agir, le Gouverneur Ponty, secondé par le Commandant Digue et le

capitaine Lepoivre du corps du Génie, se mit immédiatement à l’œuvre. En

moins de cinq ans il faisait édifier à Koulouba la plus belle et la plus

réussie des capitales coloniales que l’on puisse trouver en Afrique

Occidentale, aussi bien dans les Colonies étrangères, anglaises ou

allemandes, que dans les Colonies françaises.

Arrivé à Kayes le 10 mai 1908 lorsque les travaux étaient à peu près

terminés, j’y transportais dix jours après le siège du Gouvernement.

L’hôpital du point G est en construction depuis l’an dernier et pourra

sans doute fonctionner dès les premiers jours de 1912.

Des machines élévatoires et des conduites d’eau pourvoient sur ces deux

points à toutes les nécessités de l’hygiène et du confort modernes ;

Bamako-Koulouba et l’hôpital seront l’année prochaine éclairés à la

lumière électrique. A Koulouba s’élèvent le Gouvernement, l’hôtel du

Secrétaire Général, trois grands bâtiments affectés au Trésor, aux

Archives et aux divers bureaux. Toutes ces constructions, d’un style

hispano-mauresque un peu lourd mais admirablement approprié au climat,

constituent un ensemble qui ne manque ni d’harmonie ni d’une certaine

majesté. Vingt-cinq maisons, plus petites mais toutes bien aérées et

pourvues de larges vérandahs, abritent l’imprimerie du Gouvernement et

les fonctionnaires employés à l’administration centrale de la Colonie.

C’est à Koulouba également que sont installés le chef du service des

Travaux Publics avec ses bureaux, le directeur de l’Agriculture et le

chef du Service Zootechnique.

A Bamako sont venus s’établir, dans les bâtiments construits depuis

1909, la direction du chemin de fer de Kayes au Niger, une justice de

paix à compétence étendue, le service des Domaines, la direction des

Postes et Télégraphes. Les deux villes, distantes de 1.500 mètres à vol

d’oiseau, de 5 kilomètres par la route carrossable qui relie Bamako dans

la plaine à Koulouba sur la montagne, sont destinées à se réunir dans un

avenir assez rapproché, probablement lorsque le railway Thiès-Kayes

achevé aura donné au Haut-Sénégal-Niger le débouché sûr et permanent sur

la mer qui a manqué jusqu’à ce jour à son développement économique.

L’organisation centrale qui fonctionne à Koulouba depuis deux ans est,

ainsi que je l’ai dit, encore celle créée par les Généraux Archinard et

de Trentinian. L’arrêté local du 19 juin 1908 dont on trouvera plus loin

le texte a uniquement pour but de préciser et de mettre au point les

attributions de chacun.

Le Gouverneur, assisté de son Cabinet et de son bureau militaire, a sous

sa direction immédiate les quatre bureaux du Gouvernement : Affaires

Politiques, Affaires Economiques, Finances et Matériel. Le Secrétaire

Général a dans ses attributions particulières le service de ces deux

derniers bureaux ; c’est lui qui présente leur travail à la signature du

Gouverneur, tandis que les chefs des premier et deuxième bureaux

rapportent directement les affaires qui leur sont confiées. C’est là le

travail quotidien. De plus les chefs des services techniques : Chemin de

fer de Kayes au Niger et Navigation, Travaux Publics, Postes et

Télégraphes, Agriculture etc., ont, chaque semaine, leur jour de

conférence avec le chef de la Colonie.

9.000 kilomètres de lignes télégraphiques mettent le chef-lieu en

communication avec les vingt-neuf cercles de la Colonie. Ce sont :

Kayes, Bafoulabé, Kita, Bamako, Nioro, Goumbou, Sokolo, la résidence de

Kiffa, Satadougou, Bougouni, Sikasso, Bobo-Dioulasso, Gaoua, Ségou,

Koutiala, San, Dienné, Mopti, l’Issa-Ber ou Niafounké, Bandiagara,

Ouahigouya, Koury, Ouagadougou ou le Mossi, Dori, Fada-N’Gourma ;

auxquels, depuis le 1er janvier 1911, sont venus s’ajouter l’ancienne

région de Tombouctou et les pays de la rive droite du Niger détachés du

Territoire Militaire pour être placés sous les ordres directs du

Gouverneur, avec toutefois une organisation spéciale (arrêtés du 22 juin

1910) que comportent encore les circonstances et formant les cercles de

Tombouctou-sédentaires et de Tombouctou-nomades, du Gourma et de Say.

Le Territoire Militaire, avec son budget spécial et son autonomie

relative, s’étend désormais du Niger au lac Tchad et comprend une marche

semi-saharienne longue d’environ 1.500 kilomètres et servant de trait

d’union entre l’Afrique Equatoriale et l’Afrique Occidentale françaises.

A cette même date du 1er janvier 1911 le chef-lieu en a été transporté

de Niamey à Zinder, à peu près à son centre géographique, d’où le

Colonel Commandant le territoire peut exercer une action plus efficace

sur les sept cercles qui relèvent de son autorité : Gao, Niamey,

Madaoua, Zinder, N’Guigmi, Agadez, Bilma. Une ligne télégraphique de 800

kilomètres relie déjà Niamey à Zinder et se raccorde par Tombouctou-Gao

et par Dori au réseau général de la Colonie. En 1911 elle sera continuée

jusqu’à N’Guigmi, et, après entente avec le Gouverneur Général de

l’Afrique Equatoriale Française, prolongée jusqu’à Mao, le poste le plus

voisin de la Colonie congolaise.

De par sa situation semi-désertique, ses obligations militaires de

protection contre les nomades sahariens, les prix de transport

considérables qui grèvent son administration, le Territoire Militaire du

Niger ne peut vivre et s’organiser avec les 1.200.000 francs environ que

lui rapportent ses taxes locales. Une subvention variable (elle est de

300.000 francs en 1911), allouée par le budget du Haut-Sénégal-Niger,

vient chaque année suppléer à l’insuffisance de ses ressources. Le

Gouverneur de la Colonie dirige et contrôle l’administration du

Territoire Militaire et y exerce son autorité par l’intermédiaire du

Colonel Commandant.

Telle est dans son ensemble l’organisation qui permet, avec à peine 500

officiers ou fonctionnaires français et une force armée d’environ 4.500

noirs tout compris, troupes régulières, milices et gardes-cercles, de

faire régner l’ordre et la sécurité parmi 5.000.000 d’indigènes épars

sur un territoire qui, de la Falémé au Tchad, mesure plus de 2.800

kilomètres et qui, du Nord au Sud, en y comprenant la zone saharienne

dont la police nous incombe, en a rarement moins de 1.300. Nous y

percevons, en additionnant les trois budgets qui fonctionnent dans la

Colonie, budget local, budget annexe du Territoire Militaire, budget

annexe du chemin de fer, près de 12 millions de revenus, sans parler des

recettes douanières qui appartiennent au budget général.

Nous assurons, en dehors du maintien de l’ordre, condition nécessaire de

tout progrès, l’exécution des travaux utiles au développement économique

du pays, l’assistance médicale aux indigènes, la diffusion de

l’instruction parmi les populations primitives dont la tutelle nous est

confiée.

On admettra, si l’on envisage l’étendue et la multiplicité de la tâche,

que nous n’abusons pas du fonctionnarisme ; encore serait-il possible

d’alléger sensiblement les effectifs employés au chef-lieu, si les

bureaux de Dakar et de Paris, conformant un peu plus leurs actes aux

beaux discours que l’on prononce périodiquement en France sur la

décentralisation, voulaient bien faire leur tutelle moins étroite et

exiger par suite un peu moins de papiers qui ne sont pas tous d’une

utilité évidente. Mon expérience de Gouverneur Colonial n’est pas très

vieille, mais elle me permet de constater que le nombre de rapports, de

pièces comptables et de documents de toutes natures à fournir au

Gouvernement Général ou au Ministère a triplé depuis moins de dix ans.

Si le développement rapide de nos jeunes colonies d’Afrique peut dans

une certaine mesure justifier partie de cet accroissement, il ne saurait

être invoqué pour la totalité. Il est à craindre même que cet excès de

sollicitude ne paralyse à la longue les progrès de nos possessions

africaines ; il a déjà pour résultat de retarder de une ou plusieurs

années la solution de nombre d’affaires, l’exécution de nombreux

travaux, sans que les avantages de ce contrôle inquiet apparaissent bien

clairement dans la plupart des cas. Mais ce n’est point ici la place

d’étudier les réformes à apporter à notre administration coloniale.

*

* *

La deuxième série de cette publication, consacrée à la situation

économique de la Colonie, démontrera, je l’espère, que l’héroïsme de nos

soldats, le labeur de nos fonctionnaires, l’effort de nos commerçants,

n’ont pas été prodigués à une œuvre vaine.

Le Soudan Français n’est certes point un Eldorado, s’il est encore des

Eldorado de par le monde. Là comme ailleurs, si nous voulons récolter,

il faut cultiver notre jardin. Mais si, en bien des points de cette

vaste Colonie, la terre d’Afrique se montre hostile et ingrate, elle est

déjà assez féconde pour nous permettre d’augurer un florissant avenir.

Le nombre et la diversité des produits exploitables, conséquence de

l’étendue du pays et de la variété de ses aspects, assurent à cette

prospérité des bases solides. Je dis « exploitables » et non

« exploités » ; jusqu’à ce jour, un seul, le caoutchouc, l’a été

sérieusement ; deux ou trois autres (arachides, laines, coton, richesses

minières, bétail) commencent à peine à l’être. Enfin nous avons le

Niger.

La vallée du Niger Moyen est, de tous les pays d’Afrique que je connais,

celui dont l’avenir agricole me paraît le plus vaste et le plus certain.

Lorsqu’il y a une quinzaine d’années, au lendemain de la conquête de

Tombouctou, de jeunes officiers enthousiastes ont comparé le Niger au

Nil, beaucoup, dont j’étais, ont souri de ce qui leur paraissait une

exagération excusable mais tout de même un peu forte. Depuis j’ai vu et

je crois, ou du moins je comprends.

La vallée du Niger Moyen, de Sansanding à Tombouctou, avec ses vastes

inondations périodiques, ses bras multiples, ses lacs formant

réservoirs, est sans doute aussi fertile et certainement beaucoup plus

étendue que le Delta du Nil. Seulement c’est un Nil tout neuf, auquel il

manque 3.000 ou 4.000 ans de civilisation antique sans parler des

travaux modernes. Qu’elle puisse devenir un des greniers du monde, c’est

probable. Mais ce grenier est à 1.800 kilomètres du port le plus proche

et il n’en peut pas sortir grand chose parce que les moyens de transport

sont coûteux et encore bien imparfaits.

Cependant la civilisation moderne dispose de moyens mécaniques qui

manquaient au monde antique. Le chemin de fer de la Guinée est

aujourd’hui achevé, le Thiès-Kayes le sera dans peu d’années. Ce jour-

là, malgré l’élévation forcée des tarifs de nos railways africains, bien

des choses deviendront possibles qui ne le sont pas aujourd’hui. Il ne

faudra sans doute pas 3.000 ans à nos ingénieurs pour étudier les crues

du Niger, les canaliser, les diriger et leur faire donner leur maximum

de rendement utile. Mais les hommes ne manqueront-ils pas à cette

tâche ? Et par là j’entends les indigènes formant le gros de la troupe

industrielle et agricole dont nous fournirons les cadres, troupe

indispensable à la mise en valeur de toutes ces richesses latentes. Au

Soudan, sur les rives du fleuve surtout, la population est sans doute

moins clairsemée que dans la plupart des autres régions de l’Afrique

intertropicale ; mais combien insuffisante encore. Ce n’est pas

impunément que ces pays ont traversé des siècles de guerres intestines

et de barbarie. Et par là nous sommes ramenés à la question indigène qui

domine toutes les autres. Je l’écrivais déjà en 1902 : « On ne saurait

trop redire que, dans l’Afrique Occidentale Française, l’indigène est la

base de toute prospérité, le pivot de tout progrès. »

Au Soudan règne la paix française ; les guerres intestines, les

pillages, les massacres ont définitivement cessé, mais l’œuvre

d’assistance est à peine ébauchée ; nous faisons déjà plus de 100.000

vaccinations par an, mais c’est 500.000 que nous devons faire pour

lutter contre la variole. Et nous avons d’autres fléaux à combattre pour

conserver à nos races indigènes toute leur vitalité et toute leur

puissance d’accroissement. C’est là le devoir prescrit à l’heure

présente plus encore par notre intérêt que par l’humanité. Les

possibilités de richesses existent : plus nous aurons d’hommes pour les

mettre en valeur, plus nous serons riches, et mieux nous aurons

travaillé à la grandeur et à la force de la France.

Koulouba, le 1er janvier 1911.

CLOZEL.

DOCUMENTS ANNEXES

=I. — Arrêté du Lieutenant-Gouverneur fixant la répartition et les

attributions des différents bureaux et services du Gouvernement du Haut-

Sénégal-Niger.=

_Le Gouverneur des Colonies, lieutenant-gouverneur du Haut-Sénégal-

Niger, officier de la légion d’honneur,_

Vu le décret du 18 octobre 1904, portant réorganisation du Gouvernement

Général de l’Afrique occidentale française,

Arrête :

L’organisation des Services de Direction au Gouvernement du Haut-

Sénégal-Niger comprend sous l’autorité directe du Gouverneur :

Le Cabinet du Gouverneur,

Le Bureau Militaire,

Le Bureau des Affaires Politiques (1er bureau),

Le Bureau des Affaires économiques (2e bureau),

Le Secrétariat Général du Gouvernement.

Il existe en outre un Secrétariat particulier auprès du Gouverneur.

=Attributions des différents bureaux.=

_Cabinet_

Ouverture, enregistrement et répartition des dépêches et télégrammes

entre les différents bureaux du Gouvernement.

Enregistrement au départ des dépêches à destination du Gouverneur

Général et du contrôle financier.

Chiffre : établissement des chiffres, instructions relatives à leur

emploi.

Chiffrage et déchiffrage des télégrammes officiels.

Personnel, tenue des dossiers du personnel, nominations, mutations.

Mise en route du personnel civil.

Bibliothèque, souscriptions.

Archives. Classement et conservation des originaux des actes du

Gouverneur Général et du Gouverneur de la Colonie.

Classement et conservation de la correspondance avec le Gouverneur

Général et le Directeur du Contrôle financier.

Délivrance des états de service des anciens fonctionnaires et agents.

Légalisation des actes établis dans la Colonie.

Conseil d’administration et Conseil du Contentieux.

Journal officiel de la Colonie.

_Bureau militaire._

Administration du personnel hors cadres, désignations, mutations, mise

en route, relève.

Transmissions des rapports d’opérations militaires.

Justice militaire, conseils de guerre.

Officiers de réserve et réservistes européens.

Réservistes indigènes.

Administration des brigades de garde indigène et de la milice.

Recrutement, habillement, armement, administration.

Inspection des gardes.

Recrutement et inspections des goums.

Anciens tirailleurs et méharistes (masses, décorations, pensions).

Service géographique, centralisation des rapports géographiques, cartes,

levers et itinéraires de la Colonie.

Etablissement des cartes d’ensemble de la Colonie.

Observations astronomiques.

Observations pluviométriques, étiage du Sénégal et du Niger.

_Bureau des affaires politiques._

Affaires Politiques.

Justice.

Instruction publique.

Postes et Télégraphes, circulaires et notifications relatives aux

modifications des services maritimes postaux, approvisionnements en

figurines, cartes, lettres et enveloppes. Communications avec le Bureau

de Berne.

Missions, centralisation des documents politiques, ethnographiques, etc.

autres que les renseignements géographiques ou d’ordre économique et

financier.

Assistance médicale indigène et services d’hygiène.

Successions vacantes, administration de la curatelle aux successions et

biens vacants. Recherches dans l’intérêt des familles.

Villages de refuge, secours aux indigents.

Conventions écrites passées entre indigènes.

Statistiques diverses autres que les statistiques douanières et celles

ressortissant aux affaires commerciales.

_Bureau des affaires économiques._

Affaires d’ordre économique et commercial.

Affaires domaniales, application du régime foncier, concessions urbaines

et rurales.

Mines, questions d’ordre administratif et contentieux.

Législation commerciale.

Colonisation, main-d’œuvre, crédit.

Centralisation de tous les renseignements agricoles et de la

correspondance concernant le service de l’agriculture.

Autrucheries, bergeries.

Stations agronomiques et jardins d’essais, établissements hippiques,

missions agricoles et économiques diverses.

Relations avec l’Office Colonial. Participation aux expositions.

Etudes avec le Secrétaire Général des questions relatives :

1o Aux patentes, taxe de colportage, oussourou, droits de marché et

taxes imposées au commerce, droits de bac, taxe des Decauville, etc.

2o Aux tarifs du chemin de fer et de la navigation ;

3o Aux poids et mesures, monnaies ;

4o Aux relations avec les Chambres de commerce ;

5o Aux questions douanières.

_Secrétariat Général._

Le Secrétariat Général comprend, sous l’autorité directe du Secrétaire

Général, deux bureaux :

Bureau des finances ;

Bureau du matériel.

=Attributions.=

_Bureau des finances._

Administration du budget local et du budget annexe du Territoire

Militaire du Niger.

Centralisation de tous les renseignements et de la correspondance

concernant la préparation, l’exécution et le contrôle des deux budgets.

Contrôle de l’administration du chemin de fer de Kayes au Niger ;

centralisation de tous les renseignements et de la correspondance

concernant ce service.

Administration des fonds d’emprunt et du budget général.

Centralisation de tous les renseignements et de la correspondance

concernant les travaux effectués sur les deux budgets.

Contrôle financier des services d’exploitation ;

Postes et Télégraphes ;

Service de navigation du Niger ;

Service de navigation sur le Sénégal ;

Decauville de Kayes et Bamako ;

Imprimerie.

Centralisation des renseignements et de la correspondance concernant ces

services.

Contrôle des régies financières, Douanes, Enregistrement ; questions

relatives à l’organisation et au fonctionnement du service du Trésor.

Comptabilité des dépenses engagées, relations avec le Directeur du

contrôle financier.

_Bureau du matériel._

Réalisation des approvisionnements nécessaires aux différents services

et postes de la Colonie.

Préparation des marchés et commandes, recettes des fournitures.

Comptabilité-matières, questions générales de comptabilité-matières ;

préparation des instructions qui s’y rapportent, pour les différents

postes et services.

Vérification et centralisation de la comptabilité des mouvements des

approvisionnements en magasin et de la comptabilité du matériel en

service.

Examen des procès-verbaux de recensement, de prise de service, de

condamnation, de perte et tous autres documents produits à la charge ou

à la décharge des gestionnaires et des dépositaires comptables.

Etablissement des comptes généraux du matériel.

Mouvements du matériel, expédition et réexpédition entre les différents

postes et services, établissement des réquisitions, comptabilité du

matériel en cours de transport.

Liquidation des dépenses de fournitures, de transports (chemin de fer,

navigation Niger et Sénégal), des cessions diverses et des baux.

Toutes les commandes, projets de marchés doivent être revêtues du visa

du bureau des Finances (comptabilité des dépenses engagées).

Le Secrétaire Général, en outre de la Direction des bureaux des Finances

et du Matériel, est chargé de la présentation au Conseil

d’Administration des affaires de la Colonie. Le chef du bureau des

affaires économiques doit étudier avec lui les questions de fiscalité et

de tarification intéressant le commerce de la Colonie.

La correspondance afférente à ces questions préparée par le 2e Bureau

doit également porter le timbre du Secrétariat Général.

Il peut être, par délégation du Gouverneur, chargé de l’ordonnancement

et de la signature des pièces comptables.

_Inspections et services divers._

A. — L’Inspecteur des écoles est le conseil technique du Gouverneur. Il

peut être consulté sur toutes les questions d’organisation du service de

l’Enseignement, il donne son avis sur les demandes et les rapports des

Commandants de Cercle qui lui sont transmis, et propose au Gouverneur

toutes mesures qu’il juge utiles pour le progrès de l’Enseignement dans

la Colonie. Il procède, sur l’ordre et d’après les instructions du

Gouverneur, à des inspections dans le but d’assurer le contrôle

permanent du Gouvernement sur le fonctionnement du service de

l’Enseignement dans la Colonie.

B. — Le Chef du service de santé est le conseil technique du Gouverneur

en ce qui touche à l’organisation et au fonctionnement de l’assistance

médicale, du service des épidémies, de la vaccine, du laboratoire

bactériologique.

C. — Le Chef du service de l’Agriculture est le conseil technique du

Gouverneur ; il peut être consulté sur toutes les questions

d’organisation du service de l’Agriculture. Il donne son avis sur les

demandes et les rapports des commandants de cercle qui lui sont transmis

et propose au Gouverneur toutes mesures qu’il juge utiles pour le

développement de l’agriculture dans la Colonie. Il procède, sur l’ordre

et d’après les instructions du Gouverneur, à des inspections des

stations agronomiques, jardins d’essais, bergeries, autrucheries, dans

le but d’assurer le contrôle permanent du Gouvernement sur le

fonctionnement du service de l’Agriculture dans la Colonie.

D. — Un vétérinaire hors cadres est chargé, dans les mêmes conditions du

Service Zootechnique de la Colonie.

E. — Le Chef du service des Travaux Publics est chargé :

1o De l’étude et de la direction des travaux publics entrepris sur les

fonds du budget local. Il peut être appelé à étudier et diriger

l’exécution des travaux publics entrepris dans la Colonie sur des

ressources étrangères au budget local (budget général ou fonds

d’emprunt).

2o Du service des Mines (questions d’ordre technique). Il est en même

temps le conseil technique du Gouverneur pour les différents services

d’exploitation de la Colonie (Chemin de fer, Navigation) et en ce qui

concerne particulièrement les approvisionnements et travaux.

La correspondance et les rapports concernant les Inspections et Services

divers sont centralisés par les Bureaux du Gouvernement :

Inspection des Ecoles et Service de Santé : au 1er Bureau.

Service de l’Agriculture et Service Zootechnique : au 2e Bureau.

Service des Travaux Publics : au Secrétariat Général.

Bamako, le 19 juin 1908.

Signé : CLOZEL.

=II. — Circulaire relative à l’étude des coutumes indigènes=

_Le Gouverneur des Colonies, Lieutenant-Gouverneur du Haut-Sénégal-

Niger, à MM. les Administrateurs et Commandants de Cercles du Haut-

Sénégal-Niger et à M. le Commandant du Territoire militaire du Niger._

Messieurs,

Le décret du 10 novembre 1903, portant réorganisation du Service de la

Justice dans les Colonies du Gouvernement général de l’Afrique

occidentale française, a eu pour but essentiel d’unifier

l’Administration de la Justice soumise autrefois à des régimes variant

avec les divisions administratives de notre grande possession ouest-

africaine et de garantir aux indigènes, sous notre contrôle et notre

direction, en tout ce qui n’est pas contraire à nos principes essentiels

d’humanité et de civilisation, le maintien de leurs coutumes, fondement

d’un droit privé approprié à leur mentalité et à leur état social.

Dans ses instructions du 25 avril 1905, relatives à l’application de

l’article 75 de ce décret, qui synthétise en quelques lignes l’objectif

dominant du législateur, M. le Gouverneur général Roume s’exprime ainsi

qu’il suit :

« J’appelle tout particulièrement votre attention sur les dispositions

de l’article 75 aux termes desquelles la Justice indigène appliquera en

toute matière les coutumes locales en tout ce qu’elles n’ont pas de

contraire aux principes de la civilisation française.

« Les tribunaux indigènes auront à juger soit suivant les règles plus ou

moins modifiées par l’usage de la loi coranique, rite malékite, acceptée

en fait dans une grande partie de nos territoires, soit d’après les

traditions locales dans les régions qui n’ont point encore subi

l’influence musulmane.

« Nous ne pouvons, en effet, imposer à nos sujets les dispositions de

notre droit français manifestement incompatibles avec leur état social.

Mais nous ne saurions davantage tolérer le maintien, à l’abri de notre

autorité, de certaines coutumes contraires à nos principes d’humanité et

au droit naturel.

« Dans les matières civiles, les coutumes ne sont pas les mêmes dans

toute l’étendue de nos territoires. Variables suivant les régions, il

arrive même qu’au sein de groupements indigènes, unis cependant par une

communauté d’origine ou de langage, les coutumes changent de village à

village. Il y aura donc lieu de veiller à ce que, à l’abri de cette trop

grande diversité, quelquefois difficile à contrôler, les tribunaux

indigènes ne se livrent point à l’arbitraire.

« Notre ferme intention de respecter les coutumes ne saurait nous créer

l’obligation de les soustraire à l’action du progrès, d’empêcher leur

régularisation ou leur amélioration. Avec le concours des tribunaux

indigènes eux-mêmes, il sera possible d’amener peu à peu une

classification rationnelle, une généralisation des usages compatible

avec la condition sociale des habitants et de rendre ces usages de plus

en plus conformes, non point à nos doctrines juridiques métropolitaines

qui peuvent être opposées, mais aux principes fondamentaux du droit

naturel, source première de toutes les législations.

« Vous devrez donc, dans l’exercice de vos attributions judiciaires,

étudier avec la plus grande attention les cas d’application des coutumes

indigènes.

« Dans ce but, vous comparerez entre eux les usages divers qui, pour

varier au premier coup d’œil dans leurs détails, n’en doivent pas moins

présenter à l’examen réfléchi des points communs permettant de

déterminer un caractère général.

« Vous vous attacherez, par conséquent, à les grouper méthodiquement, à

les formuler avec précision, à leur donner la clarté qui leur manque

trop souvent. Ces travaux serviront plus tard à la rédaction d’un

coutumier général qui deviendra la règle des tribunaux indigènes pour

les matières civiles.

« Un questionnaire détaillé vous sera ultérieurement adressé pour

faciliter le classement méthodique et rationnel de vos observations. »

Vous avez eu tout le temps nécessaire, durant les cinq années qui se

sont écoulées depuis l’envoi de ces instructions, de vous familiariser

avec les dispositions les plus communes des divers droits coutumiers

dont l’application était soumise à votre contrôle, d’en noter les

particularités propres à chaque groupement ethnique et de faire toutes

remarques utiles de nature à vous faciliter le travail de classification

et de coordination qui vous était demandé.

Le moment me paraît venu de profiter des connaissances que vous avez pu

ainsi acquérir et de l’expérience des questions indigènes que la

majorité d’entre vous possède, pour réaliser l’œuvre de codification

projetée par M. le Gouverneur général Roume et dont l’intérêt capital,

tant au point de vue de la tâche des magistrats trop souvent

inexpérimentés ou dépendants de certaines influences locales, que des

garanties qui en résulteront pour les justiciables, ne saurait vous

échapper.

En vue de mener à bien une œuvre aussi complexe que délicate, j’ai

décidé d’en confier la réalisation à une commission qui sera chargée de

centraliser vos travaux, de les coordonner et par comparaison,

rapprochement ou adaptation, d’élaborer pour chaque groupe indigène de

la Colonie le coutumier qui devra lui être applicable.

Cette commission, dont je désignerai ultérieurement les membres, se

réunira aussitôt après la réception des rapports que vous aurez à

établir en vous conformant aux indications tracées par le questionnaire

que je joins à cette circulaire.

Ce questionnaire qui comprend deux parties : _I. Droit civil._ — _II.

Droit criminel_, vous indique les sujets essentiels que vous devrez vous

attacher à exposer et au besoin à élucider.

Mais votre contribution à l’œuvre dont je poursuis l’accomplissement

n’est pas nécessairement limitée au développement des questions soumises

à votre examen attentif. Si, au point de vue spécial qui va occuper

votre activité, vous avez, en dehors des points précisés par le canevas

ci-joint, des communications intéressantes à me faire sur les

institutions et usages particuliers des indigènes habitant vos cercles

respectifs, je les accueillerai volontiers.

Je n’ai pas besoin de vous dire, Messieurs, que je compte entièrement

sur le zèle et le dévouement qui vous sont habituels pour mener à bien

l’œuvre entreprise, dont la réussite ne peut dépendre que du soin et de

l’exactitude que vous aurez apportés dans vos travaux.

J’ajoute, pour terminer, que je désire que vos rapports me parviennent

avant le 1er juin prochain et que je ne manquerai pas, lors de

l’établissement périodique des propositions pour l’avancement et autres

récompenses, de me souvenir de ceux d’entre vous qui se seront le plus

particulièrement distingués dans l’œuvre de progrès et d’amélioration

sociale à laquelle je vous convie.

Bamako, le 12 janvier 1909.

CLOZEL.

* * * * *

QUESTIONNAIRE

PREMIÈRE PARTIE

=DROIT CIVIL=

SECTION I. — DE LA FAMILLE

_Organisation de la famille._ — Cette organisation est-elle basée sur

les principes admis par les peuples civilisés ? Définition de la

parenté : s’établit-elle par tige paternelle, par tige maternelle ou par

les deux ? De l’alliance. Des degrés de parenté et d’alliance au point

de vue de leurs effets, notamment en ce qui concerne : 1o les droits de

tutelle et en particulier les apports d’oncle à neveu ; 2o les

empêchements au mariage.

Note sur l’organisation de la tribu et sur ses rapports avec

l’institution analogue qu’on remarque, à l’origine des civilisations

(genos, gens, clan, horde, etc.). Eléments constitutifs de la tribu.

Droits et devoirs de ses membres. Organisation politique et

administrative des groupes indigènes avant notre occupation. Etat

actuel. Evolution en cours. Modifications à apporter.

Haut-Sénégal-Niger (Soudan français), Tome 1 (de 3): le pays, les peuples, les langues · 第 1 / 14 章