CONTE NOIR.

Dans le treizième siècle, le comte de Belmonte (dans le Montferrat),

conçut un amour violent pour la fille d'un de ses serfs. Elle se nommait

Abélina. Il devait jouir sur elle du droit de seigneur; mais on ne se

pressait pas de la marier, et sa flamme impatiente s'offensait de ces

lenteurs.

Un jour, il rencontra à la chasse la jeune Abélina qui gardait les

troupeaux de son père; il lui demanda pourquoi on ne lui donnait pas

un époux?--«Vous en êtes la cause, Monseigneur, répondit-elle. Les

jeunes-gens ne peuvent plus souffrir le déshonneur et la honte du droit

que vous avez de passer avec leurs femmes la première nuit des noces; et

nos parens ne veulent pas non plus nous marier, jusqu'à ce que le droit

de cuissage soit aboli».

Le seigneur de Belmonte cacha son dépit, et fit dire au père de la jeune

fille qu'il demandait à le voir.

Le vieux Cecco (c'est le nom du père d'Abélina), se hâta de se rendre au

château. La nuit arrive, et contre son usage, Cecco ne rentre pas à la

maison. Minuit sonne; Cecco n'est pas revenu; serait-il mort?....» Au

moment où sa femme et sa fille commençaient à perdre toute espérance,

une ombre d'une grandeur démesurée apparaît sans bruit au milieu de la

chambre: les deux femmes épouvantées osent à peine lever les yeux. Le

fantôme s'approche et leur dit: «Je suis l'âme de votre Cecco».

»--O mon père! s'écrie Abélina, quel barbare vous a ôté la vie?»

»--Le tyran de Belmonte vient de m'assassiner, répondit le fantôme, et

tu es la cause innocente de ma mort. J'allai, comme tu m'en apportais

l'ordre, au château du monstre. Plût au ciel que je n'en eusse jamais

trouvé l'entrée! Mais je ne pouvais échapper à ses mains cruelles.

Aussitôt qu'on m'eût introduit dans une chambre un peu sombre, je mis

le pied sur une bascule qui s'enfonça; je tombai dans un puits profond,

garni de fers tranchans: j'y laissai bientôt la vie, et j'ai franchi les

portes de la redoutable éternité. J'attends ma sentence; je vais être

jugé sur mes oeuvres; mais je compte sur la clémence ineffable de mon

Dieu, et ma conscience est pure. Si tu chéris ton père, si tu pleures

sa mort, ô ma fille! songes à me venger, et à délivrer ton pays. Et toi,

femme bien aimée, sèche tes larmes, demeure en paix. Les jours sereins

s'avancent, la tyrannie va tomber......»

»Alors l'ombre devint éclatante de lumière et disparut au milieu d'un

nuage, ne laissant de traces de son apparition que l'empreinte de la

main qu'elle avait posé sur le dos d'une chaise.»

La prophétie du spectre s'accomplit; car peu de tems après, les paysans

de Belmonte s'étant révoltés, tuèrent leur seigneur, détruisirent le

village et fondèrent librement la petite ville de Nice de la Paille.

Infernaliana Anecdotes, petits romans, nouvelles et contes sur les revenans, les spectres, les démons et les vampires · 第 23 / 50 题