CHAPITRE VI.

De l'Imprimerie des Aveugles, à l'usage des Clairvoyans.

Si nous avons été assez heureux pour imaginer les moyens de rendre

l'Imprimerie utile aux Aveugles pour leur propre usage, si c'est à nous

qu'ils doivent l'avantage de posséder désormais des bibliotheques, & de

prendre dans des livres faits exprès pour eux les notions des Lettres,

des Langues, de l'Histoire, de la Géographie, des Mathématiques, de la

Musique &c, nous ne sommes pas les premiers qui ayons osé tenter de leur

faire coucher leurs idées sur le papier au moyen des Lettres

Typographiques. Nous avons vu entre les mains de Mademois. Paradis[11]

une Lettre imprimée par elle en caractère de Cicéro, & en langue

Almande, pleine des sentimens les plus délicats & les mieux peints. Cet

essai nous a fait naître l'idée d'appliquer les Aveugles à l'imprimerie

pour le service des Clairvoyans; elle nous a réussi pour tous les genres

d'ouvrages grossiers & courans comme on peut en juger par les différens

modèles qu'ils ont exécutés & qui se trouvent à la fin de cet ouvrage.

D'après nos procédés, les Aveugles formés à notre Institution, composent

une planche d'Imprimerie du genre de ces modèles, avec d'autant plus de

facilité qu'étant presque toujours de la même teneur, il suffit de leur

en écrire la matière avec une plume de fer dont le bec n'est pas fendu,

ou avec le manche d'un canif, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut,

Chapitre 3.

Après avoir exercé l'aveugle sur les différentes parties de l'Art

Typographique, à la manière des Clairvoyans, il s'en est trouvé peu dans

lesquelles il n'ait pas réussi. Nous l'avons vu successivement composer,

justifier, imposer, tremper le papier, toucher, tirer &c.[12] Nous en

appellons d'ailleurs aux juges compétans en cette matière, & nous

renvoyons nos Lecteurs aux rapport de MM. les Imprimeurs, qui suit celui

de l'Académie des Sciences.

Essai sur l'éducation des aveugles · 第 12 / 42 题